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Ils s'étaient assis sur une plate-forme, l'un à côté de l'autre, à observer les étoiles qui les entouraient.
-C'est normal que je n'ai pas faim ? Ni soif ?
Dililou qui tournait la couronne entre ses mains :
-C'est normal. C'est comme tout le reste. Tu ne sentiras rien, temps que tu seras avec moi.
La petite Léonie réfléchit un instant avant de dire :
-Et si je me fais mal ? Je ne sens rien ?
Le porteur secoua la tête :
-Je crains que non. Tu auras mal.
-Comment ça se fait ?
Dililou haussa les épaules :
-Je ne sais pas. C'est comme ça. Tous les êtres du petit peuple sont comme ça.
Léonie réfléchit à nouveau :
-Est-ce que cela veut dire que je vais rétrécir ?
Le lutin lui jeta un regard surpris :
-Pourquoi veux-tu rétrécir ?
-Je ne veux pas. Mais si je ne sens pas la faim, le froid, comme toi. Est-ce que ça ne veux pas dire que je deviens comme toi ?
Le bonhomme fit vigoureusement « non » de la tête :
-Tu restes comme tu es.
Léonie poussa un soupir de soulagement :
-Ouf. J'ai eu peur. Si j'avais fini aussi petite que toi, je crois bien qu'on n'arriverait jamais à avoir tous ces morceaux.
Dililou sauta sur son épaule :
-En parlant de ça, ils vaudraient mieux se remettre en route.
La fillette se leva d'un bond en lançant :
-Oui, chef !
Ils s'engagèrent dans un nouvel escalier. Ils n'en avaient pas descendu la moitié, qu'un duvet blanc commença à les entourer.
-C'est un nuage ?
Dililou acquiesça :
-On dirait.
Ils continuèrent leur descente avec plus de précautions. Arriva le moment où la petite Léonie ne distingua plus rien, pas même la marche juste devant elle. Elle prit le parti de continuer en progressant assise.
-C'est normal, tu crois ?
Le lutin avoua son ignorance :
-Je l'ignore.
Il attendit un peu avant d'ajouter :
-J'espère juste que rien ne se cache dans le coin.
Léonie jeta des regards inquiets autour d'elle, s'attendant à voir surgir un autre monstre de la brume.
-ça ne me rassure pas du tout ce que tu dis là.
Dililou s'excusa et la fillette essaya de descendre plus vite. Quand elle fut certaine d'avoir atteint le sol, elle se redressa :
-Et maintenant ?
Dililou pointa une direction :
-Par là, mais...
Léonie termina la phrase avec une grimace :
-Mais on n'y voit rien.
La brume laiteuse les cernait, rendant le monde invisible. La fillette garda les yeux au sol pour tenter d'apercevoir où elle mettait les pieds. Le petit porteur fit remarquer :
-On n'est pas prêt d'y arriver à cette allure.
Léonie s'agaça :
-Tu veux qu'on inverse ? Tu marches et tu me portes ?
Le lutin secoua la tête en rougissant :
-Non, non. Je disais juste ça comme ça.
Elle tourna la tête pour répliquer et poussa un cri en se sentant tomber. La chute ne fut pas grande et elle se redressa avec surprise au fond d'un trou.
-Ouf, heureusement que c'est pas bien haut.
La fillette se releva pour grimper le bord quand la terre se mit à trembler. Dililou se tapit contre son cou :
-On devrait peut-être attendre ici, non ?
La petite Léonie s'était aplatie contre le sol, attendant de voir ce qui provoquait ce tremblement. Le lutin continua :
-Ou peut-être que l'on devrait se mettre à courir.
Cette fois, la fillette répliqua :
-Ah non, plus de course. On ne sait même pas ce que c'est.
Dililou se redressa :
-Tu as raison. Je vais voir.
Léonie ouvrit des yeux ronds :
-Tu y vas ?
Le porteur rajouta d'une petite voix :
-Juste sur le bord. Pour voir un peu mieux.
Il finit de grimper et se tint debout juste à côté du trou. Comme il restait sans rien dire, Léonie demanda :
-Alors ? Tu vois quelque chose ?
Toujours sans réponse, elle insista :
-Dililou ? Réponds.
Le lutin finit par se pencher vers elle pour répondre :
-On dirait des pas, tu ne crois pas ?
La fillette écouta avec attention :
-Oui, je crois que tu as raison.
Ils écoutèrent encore un moment avant que Léonie ne demande :
-Des pas de quoi tu crois ?
Dililou redescendit la rejoindre en disant :
-Quelque chose de gros.
-On fait quoi ?
Le porteur revint sur son épaule :
-Je crois que ça vient par ici. Je propose qu'on le laisse passer et qu'on voit après.
Léonie continua :
-D'accord, mais s'il nous trouve ?
-C'est pas méchant si ça se trouve.
La fillette pris un air dubitatif :
-Pas méchant ? Ce serait nouveau.
Le lutin prit un air mécontent :
-Tu exagères. On a rencontré plein de créatures gentilles.
Léonie n'était pas convaincue, mais n'ajouta rien. Dans la brume, une ombre commençait à apparaître. Tendus, ils s’aplatirent autant qu'ils purent contre le sol, fixant les déplacements de la nouvelle créature. Il semblait qu'elle marchait lentement, tranquillement. Dililou murmura à l'oreille de la fillette :
-ça n'a pas l'air agressif.
La petite Léonie plissa les yeux pour tenter de voir ce dont il s'agissait. Quoique ce soit, elle n'arrivait pas à reconnaître la silhouette qui se dessinait. Elle ne put que faire remarquer :
-C'est vraiment très gros. Tu vois ce que c'est ?
Dililou se concentra, alors que la créature avançait toujours :
-Pas encore.
Une lueur lui fit baisser les yeux. La couronne dans sa poche brillait fortement.
-Regarde !
Il la sortit pour la montrer à son amie :
-Je crois que la perle est sur ce qui est en train de venir.
Léonie ricana :
-Évidemment.
Cependant, les tremblements se faisaient plus fort et la créature fut bientôt à leur hauteur. Elle passa près d'eux, mais la brume continua de leur gêner la vue. Avant qu'elle ne s'éloigne, Dililou lança :
-Vite, suivons-le.
La fillette finit de s'extraire du trou et se lança à la poursuite de la créature.
-Va plus vite, intima le porteur.
Léonie répliqua :
-Je ne peux pas, je vais encore tomber.
Le lutin dut reconnaître que la brume ne facilitait toujours pas la progression. Ils ne pouvaient se fier qu'à l'ombre qui les devançait. Sentant son pied glisser, Léonie dévia sa route pour éviter une nouvelle chute.
Pourtant, peu à peu, la brume finit par s'éclaircir, puis se dissiper. Devant eux apparut un immense éléphant blanc. Léonie resta bouche-bée un instant, alors que l'animal s'arrêtait. Elle courut en faire le tour, en gardant une bonne distance de sécurité. Lorsqu'elle se trouva en face, elle vit que l'animal avait trois têtes.
-Ouah, c'est quoi ça ?
Le lutin lui envoya une tape sur la joue.
-Aïeuh ! Qu'est-ce que j'ai dit ?
-Aie un peu de respect. Il s'agit d'Airavata, le roi de tous les éléphants.
La fillette observa l'animal avec un œil nouveau :
-Ah, quand même.
-On dit parfois qu'une divinité voyage sur son dos.
Léonie recula, se mettant sur la pointe des pieds pour tenter d'apercevoir si quelqu'un était perché sur le dos de l'animal. Celui-ci barrit soudainement de ses trois trompes. Ce fut si fort que l'enfant se boucha les oreilles, pensant que sa tête allait exploser. Quand le silence retomba, elle demanda :
-Qu'est-ce qu'il fait ?
Le lutin observa encor une instant Airavata qui bougeait ses têtes de droite et de gauche.
-Je crois qu'il cherche quelque chose.
Soudain, Airavata leva ses trompes et un flot de vapeur blanche s'en échappa.
-Oh, alors, c'est lui qui fait la brume.
Dililou haussa les épaules comme si c'était la chose la plus naturelle du monde :
-Évidemment, il peut créer des nuages après tout.
La fillette resta fascinée par le spectacle jusqu'à ce qu'il se remette en marche :
-Il a pas l'air bien, non ?
Le lutin observa l'animal et vit qu'il boitait :
-Non, tu as raison. Peut-être qu'il ne cherche pas quelque chose en fait.
Lorsque l'éléphant leva le pied, ils aperçurent une lueur bleu en dessous.
-Le morceau, laissa échapper Dililou.
-Comment on va faire pour le récupérer ? Demanda Léonie.
L'animal reprit sa route en claudiquant, la brume tombant de nouveau pour les envelopper.
-J'ai une idée !
Léonie sursauta :
-Quoi ? C'est quoi ?
Dililou expliqua :
-Je vais l'immobiliser et tu prends le morceau.
-Tu peux faire ça ?
Il avoua en se tordant les mains :
-Pas longtemps. Il faudra que tu te dépêches.
La fillette battit des paupières, pas très rassurée :
-D'accord.
Elle s'avança vers la patte de l'éléphant qui touchait à peine le sol, puis le lutin prononça des mots incompréhensibles et l'animal ne put reposer la patte pendant quelques secondes. Ce fut suffisant pour que Léonie puisse se glisser dessous, retirer le morceau planté dans la chair de l'animal et reparte.
L'éléphant barrit de contentement et repris sa route d'un pas nonchalant. Quand il fut assez loin, la brume se dissipa à nouveau et les deux amis purent regagner l'escalier sans encombre.