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La petite Léonie fit tourner la petite couronne entre ses mains :
-Elle est bientôt finie ?
Dililou haussa la tête :
-ça dépend.
La fillette fronça les sourcils :
-ça dépend de quoi ?
Le garçon se pencha :
-De la façon dont on la regarde.
Léonie y réfléchit quelques secondes avant de le fixer :
-Tu prends plaisir à raconter n'importe quoi ou bien ?
Au lieu de répondre, le petit porteur s'exclama :
-On est en Grèce !
Il pointa un bâtiment au multiples colonnes blanches. La fillette battit des paupières :
-C'est évident.
-Tu es déjà allé en Grèce ?
Elle secoua la tête :
-Non, mais tu es tellement content.
Dililou rougit :
-J'aime bien la Grèce, il y a la mer.
Léonie allait répliquer qu'à son avis, la mer ne se trouvait pas qu'en Grèce quand un vent violent manqua de la faire trébucher. Elle se trouvait aux abords d'une falaise et son regard tomba sur les eaux noires qui se fracassaient contre la roche. La fillette s'écarta bien vite, le cœur battant. Encore en proie à la frayeur, elle reprocha au garçon :
-Tu aurais pu me dire que l'on était si près du bord.
Le petit bonhomme battit des paupières :
-Ce n'était pas si haut.
Léonie revint vers le bâtiment et passa entre les colonnes sculptées :
-C'est abandonné, non ?
Dililou hocha la tête :
-Probablement.
Les murs à demi-effondrés, le toit absent et les sculptures en miettes qui jonchaient le sol appuyaient cette idée. L'inquiétude saisit Léonie sous les ombres menaçantes. Seules grondaient les eaux au bas des falaises.
-Alors ? C'est par où ?
Dililou observa la couronne :
-Derrière.
Léonie se retourna. Au fond, se trouvait une statue monumentale décapitée. La fillette se sentit intimidée :
-Là-bas ?
Dililou acquiesça. Elle inspira profondément et s'avança à petit pas vers l'énorme sculpture.
-Tu entends ?
Léonie sursauta quand Dililou brisa soudain le silence pesant.
-Me fais pas peur comme ça.
Elle s'aperçut que le porteur n'était plus sur son épaule. Elle fit un tour sur elle-même pour savoir où il était passé.
-Dililou ?
Léonie jeta un regard vers la statue, hésita et choisit de partir à la recherche du garçon avant de tenter de trouver la couronne. Elle retourna à l'extérieur en appelant le petit porteur. Finalement, elle le retrouva un peu plus loin le nez en l'air :
-Qu’est-ce que tu fabriques ? On a autre chose à faire.
Dililou pointa le doigt vers le ciel. Léonie suivit la direction indiquée et resta bouche-bée devant le spectacle qui s'offrait à leurs yeux.
D'énormes nuages noirs s'approchaient avec lenteur. Des éclairs faisaient éclater leur pâle lueur blanche, rendant visible ce qui se cachait à l'intérieur de la masse. Des hennissements furieux retentirent. Léonie se demandait si cela venait des nuages. A cet instant, un nouveau flash lumineux découpa dans la masse obscure une forme de cheval ailé. La créature semblait lutter contre des oiseaux énormes.
-Qu'est-ce que c'est que ça ?
Dililou murmura, fasciné par le combat qui se déroulait dans les cieux :
-Pégase.
-Tu connais ?
Un nouvel hennissement furieux mêlé au tonnerre noya la réponse du garçon. Léonie tressaillit, s'empara du petit porteur et courut se réfugier dans le vieux temple.
-Qu'est-ce que tu fais ?
La fillette répondit à son ami sans un regard en arrière :
-On va se cacher, parce qu'avec la chance qu'on a, il y a forcément un moment où ça va nous tomber dessus.
Elle avait presque atteint le refuge de pierre quand un violent coup de vent l'empêcha d'avancer. Quand il s’apaisa, la fillette repris son souffle, éberlué :
-C'était quoi ça ?
Dililou continuait de suivre les nuages du regard :
-Je crois que ça vient d'eux.
Léonie remarqua que le combat aérien s'approchait à grande vitesse. Elle se remit à courir, mais un nouveau vent se leva, violent, puissant. La fillette tenta d'avancer sans succès. Dililou avait toute les difficultés du monde à rester agrippé au pyjama. Ça va bien se calmer, pensa Léonie. Pourtant, le vent forcit encore. Si bien que le petit porteur finit par s'envoler dans un cri. La fillette chercha à le rattraper, tendant le bras, le vent dans le dos. Elle courrait, ses pieds touchant à peine le sol. Léonie quitta un instant, la silhouette minuscule qui s'éloignait encore pour apercevoir le bord de la falaise. Elle tenta de freiner, mais le vent la poussait si fort qu'elle ne tarda pas à se retrouver au-dessus du vide.
Dans un cri d'effroi, elle vit les vagues en contrebas et ferma les yeux de toutes ses forces. Seulement, au lieu de tomber, il lui sembla bien qu'elle s'élevait. Osant ouvrir les paupières, elle vit qu'en effet la mer était encore loin dessous.
Un nouveau coup de vent la fit tourbillonner. Les secousses la poussèrent à nouveau à fermer les yeux pour éviter des hauts le cœur. Quand elle fut à nouveau stable, elle tenta un regard alentours.
Il s'avéra que les vents l'emportaient dans la direction de la masse obscure. Ce n'était pas exactement l'endroit où elle souhaitait se rendre et la fillette essaya de faire dévier sa course.
-Léonie !
Le petit cri de Dililou lui parvint assez difficilement. La fillette tendit l'oreille pour le repérer, car l'obscurité du ciel le rendait impossible à distinguer. Une nouvelle bourrasque la propulsa à travers les nuages. Elle se crispa, entoura sa tête de ses bras, craignant d'entrer en collision d'un volatile ou pire, du cheval. Comme rien ne se passait, elle ouvrit timidement les yeux.
Léonie resta ébahie. Elle était dans un espace gigantesque, cernée d'immenses nuages ténébreux parfois illuminés d'éclairs. Se souvenant qu'elle avait besoin d'air pour respirer, elle inspira profondément et fit naviguer son regard pour voir ce qui l'entourait. La lutte entre le cheval ailé et les énormes volatiles se déroulaient à à peine quelques mètres d'elle.
Pégase se débattait à grands coups d'ailes et de pattes. Des traces ensanglantées tachaient son beau pelage blanc. Léonie détourna la tête pour tenter de trouver Dililou quand le vent changea de sens et la précipita au cœur même du combat. A nouveau, elle se recroquevilla, bras autour de la tête et fermant les yeux de toutes ses forces en espérant éviter d'être blessée.
Un violent choc dans son dos lui arracha un cri de surprise. Éjectée vers l'avant, elle atterrit contre l'encolure du cheval. Elle s’agrippa aux crins de l'animal qui s'agitait furieusement. Léonie finit par réussir à escalader pour se retrouver sur le dos de Pégase. Aplatie contre l'animal, les mains emmêlées dans la crinière, la fillette ferma à nouveau les yeux en attendant que ça passe. Elle était secouée dans tous les sens dans un ballet sans fin et elle aurait été incapable de savoir où se trouvait le ciel et où se trouvait la terre. Brusquement, elle sentit le cheval se retourner et ses jambes battirent le vide. Refusant d'ouvrir les yeux, les mains toujours emprisonnées dans la crinière, elle geignit de frayeur. Quand l'animal se remit droit, elle atterrit brutalement sur le dos du cheval, le souffle coupé.
On lui tira les cheveux :
-Il faut sortir de là !
Léonie ne cacha pas sa surprise :
-Dililou ? Comment t'es arrivé là ?
Le porteur, agrippé aux cheveux de la fillette, dût crier pour se faire entendre :
-Un coup de vent.
Elle hocha la tête en songeant que c'était logique.
-Comment tu veux faire ?
Dililou analysa la situation. Pégase semblait en difficulté, incapable de se dégager des assauts de ses agresseurs. Léonie se baissa soudain pour éviter un des volatiles qui tentait de planter ses serres dans une des ailes du cheval.
-Si tu as une idée Dililou, ce serait bien de le dire maintenant !
Le bonhomme souffla sur sa main qui devint luminescente et l'envoya sèchement vers l'arrière. Un choc frappa la croupe du cheval qui s'élança malgré ses opposants qui lui bloquaient le passage. Léonie poussa un cri en voyant le bouillon d'ailes, de becs et de serres vers lequel ils se dirigeaient. Crispée sur ses prises, Léonie baissa la tête, le porteur toujours agrippé à ses cheveux. Elle sentit, avec horreur, les plumes et la puanteur des volatiles qui l’assiégeait.
Pégase passa en force et finit par s'extirper de la masse des nuages noirs dans un violent coup d'aile. Libérés enfin de toute l'agitation et la tension, Léonie et Dililou poussèrent un soupir en chœur. Au-dessus d'eux, la toiture étoilée du ciel fini de les apaiser. Ils profitèrent de ce moment d'accalmie pour se reposer en silence. Pégase progressait rapidement malgré ses blessures. Il semblait impatient de mettre autant d'écart que possible entre lui et les volatiles.
Léonie se retint de regarder vers le bas de peur d'avoir le vertige :
-Tu sais où on va ?
Dililou descendit avec précaution de la tête de la fillette pour rejoindre son épaule.
-Je ne sais pas.
-Mais, il faut qu'on trouve le morceau de couronne.
Le petit bonhomme sortit ceux qu'il avait en poche pour voir s'ils brillaient.
-Je crois qu'on s'éloigne.
La fillette n'était pas étonnée :
-Qu'est-ce qu'on va faire alors ?
-Je ne sais pas.
Elle insista :
-Tu ne peux pas lui parler ?
Dililou dit avec une légère surprise :
-Mais, c'est un cheval voyons.
Léonie haussa les épaules :
-On ne sait jamais.
Dililou se racla la gorge avant de parler. Il fit attention à montrer beaucoup de politesse et de déférence, après tout, Pégase n'était pas non plus n'importe quel cheval. Au début, cela ne sembla pas marcher, puis lentement, l'animal tourna.
-ça a marché ?
Le petit bonhomme était crispé :
-Comment veux-tu que je le sache ?
Léonie se retint de balancer le garçon par-dessus bord. Prenant une mine boudeuse, elle tenta de voir si elle pouvait distinguer le temple où ils étaient arrivés. Une autre paire d'aile fini par se faire entendre. Craignant le retour des monstrueux volatiles, Léonie se ratatina en jetant un regard par-dessus son épaule.
Il s'agissait en fait d'un sanglier ailé qui les rejoignait précipitamment.
-Qu'est-ce que c'est que ça ?
Dililou se retourna pour voir ce dont elle parlait :
-C'est Chrysaor, le frère de Pégase.
La fillette se demanda bien comment c'était possible, mais préféra ne pas demander de peur de perdre encore plus de temps. Cependant, elle n'en eu pas besoin car Dililou enchaînait :
-Ils sont nés du sang de la Méduse. Leur père est Poséidon, le dieu de la mer.
Léonie eut un rictus :
-ça m'a l'air bien compliqué. Je propose que l'on revienne à nos histoires de couronne.
-En parlant de ça...
La fillette releva la tête et aperçu la falaise avec son temple :
-Ouah, tu parles vraiment cheval.
Le garçon gronda :
-Pas du tout tu dis n'importe quoi.
Le sanglier les avait rejoint et échangea quelques grondements étranges avec son frère.
-Tu crois qu'il parle de quoi ?
Dililou secoua la tête :
-Je ne sais pas.
-Tu ne parles pas sanglier ?
Le porteur s'agaça :
-Cesse de te moquer.
Léonie éclata de rire. Ils atterrirent peu de temps après. Léonie se laissa tomber à bas de sa monture qu'elle prit le temps de remercier pour le voyage. Le sanglier s'approcha pour lui souffler sur le visage comme s'il cherchait à la reconnaître. Elle lui tapota la truffe :
-Tout doux, on s'en va.
Elle se dirigea sans attendre vers le temple en demandant à Dililou :
-Tu crois qu'il s'est passé quoi pour que les oiseaux l'attaquent ?
-Contente-toi de trouver la couronne au lieu de te mêler des histoires des autres.
Le ton boudeur du garçon la fit sourire :
-Ne sois pas grognon. C'est pas grave si tu ne parles pas le sanglier.
Elle rit sous cape tout en se dirigeant vers la statue qui ne lui semblait plus aussi impressionnante à présent. Il lui fallut quelques minutes, avec un Dililou qui grommelait dans sa barbe, pour trouver le morceau caché au milieu des gravas.
-Et voilà ! Au prochain maintenant.