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Léonie admira avec quelle vitesse ses vêtements avaient séché. Ils s'étaient installés sur la plate-forme pour se reposer un instant, et voilà que l'eau avait disparu.
-Regarde, Dililou ! C'est tout sec.
Le petit porteur lui sourit :
-Évidemment. C'est pour que tu te sentes bien.
La fillette ouvrit des yeux ronds :
-C'est vrai ? C'est un sol magique ?
Dililou sembla réfléchir à la formulation, mais finit par dire :
-En quelque sorte, oui. Imagine que le roi du petit peuple vienne se faire couronner et que la moitié de ses invités soient affamés ou trempés.
Léonie imagina la scène et dû admettre que cette assemblée aurait triste mine. Puis, elle demanda :
-Donc, je n'ai pas faim grâce au sol magique ?
Le petit porteur pencha la tête d'un côté et de l'autre avant de dire :
-En quelque sorte.
La fillette se contenta de cette réponse et se pencha au-dessus de Dililou :
-Qu'est-ce que tu fais ?
Son ami lui montra la couronne, presque reconstituée :
-J'essayais de voir combien de morceaux il manque.
Léonie observa la couronne minuscule :
-Et ? Tu penses qu'il reste combien de morceau ?
Le porteur fit tourner l'objet dans ses mains :
-Je dirais quatre ou cinq. Peut-être moins, si c'est des gros morceaux.
La fillette compléta :
-Peut-être plus, si c'est des petits.
Dililou acquiesça. Ils restèrent à observer la couronne quand Léonie demanda :
-Qu'est-ce qui va arriver quand elle sera complète ?
Le garçon répondit :
-Eh bien. Je te ramènerais chez toi et j'apporterais la couronne au roi.
Il se redressa avec fierté.
-Je pourrais raconter l'histoire à mes parents ?
Dililou secoua la tête :
-Non, tu ne t'en souviendras plus quand tu seras pleinement dans le monde humain.
Léonie fit la moue :
-C'est nul.
Le petit porteur se leva :
-Mais, c'est comme ça. Allez, on repart.
La fillette bondit sur ses pieds :
-Oui, en route.
Dililou grimpa sur son épaule et ils se dirigèrent vers un nouvel escalier.
Cette fois, ils débouchèrent dans un petit village. Léonie avança de quelques pas, puis se figea en entendant un bruit de verre brisé.
-C'est quoi ça ?
Dililou tendait l'oreille :
-Je crois que quelqu'un a brisé une vitre.
La fillette alla se cacher derrière une maison.
-On fait quoi ? C'est encore un truc qui va nous attaquer, non ?
Le porteur avoua son ignorance :
-Je ne sais pas trop.
Ils restèrent cachés à écouter. Les bruits se poursuivaient, puis il y eut un cri joyeux. Léonie se pencha pour tenter d'apercevoir quelque chose.
-On devrait allé voir.
Elle baissas un regard perplexe sur Dililou :
-Allez voir ?
Le garçon lui montra la couronne.
-Elle nous dit d'aller par là, c'est ça ?
Il hocha timidement la tête. La fillette soupira, jeta encore un coup d’œil dans la rue avant de sortir de sa cachette. Le bruit venait d'une petite rue parallèle. Quand elle la rejoignit, veillant à rester hors de vue, Léonie aperçut un garçon qui courait en riant et jetant des pierre dans les vitres des maisons.
-Pourquoi il fait ça ?
Dililou haussa les épaules, n'ayant aucune réponse à donner. Ils observèrent le cirque du mauvais garçon un moment avant que Léonie ne demande encore :
-Comment ça se fait que personne ne se réveille ?
Le porteur répondit :
-Parce qu'on est pas dans le monde humain. Le temps est figé.
La fillette acquiesça :
-D'accord, mais pourquoi, lui, il peut courir, alors ?
Dililou ouvrit la bouche, la referma, puis l'ouvrit à nouveau pour dire :
-Je ne sais pas trop.
L'enfant continuait son manège, effrayant les poules d'un poulailler, jetant des pierres à un chat errant. Léonie ne comprenait vraiment pas ce qu'il trouvait de drôle dans tout ça. Pour aider Dililou, elle supposa :
-Il a peut-être un lutin avec lui, lui aussi.
Le petit porteur posa ses poings sur les hanches :
-Tu crois vraiment que l'on pourrait s'acoquiner avec un garnement pareil ?
La fillette sourit :
-Je ne sais pas. Peut-être qu'il y a des méchants lutins qui s'amusent avec les méchants garçons.
Elle observa Dililou en attendant qu'il la contredise, mais il n'en fit rien. Léonie ouvrit des yeux ronds :
-Il y a vraiment des méchants lutins ?
Le petit porteur fit un geste vague de la main :
-Pas le temps d'en discuter. j''essaie de comprendre comment celui-là peux...
En parlant, il jeta des regards aux alentours et s'arrêta en levant les yeux vers les toits.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Léonie leva la tête à son tour, cherchant ce qu'il regardait.
-S'il peut bouger, c'est qu'il y a en effet une créature avec lui et je crois que je l'ai trouvé.
Il pointa le doigt vers un des toits et la fillette suivit la direction indiquée. Une longue silhouette encapuchonnée se tenait debout sur l'une des maisons.
-Qu'est-ce que c'est ?
Dililou se recroquevilla contre son cou :
-Je ne voudrais pas être pessimiste, mais je crois qu'il s'agit du Coco.
Léonie pouffa :
-Coco ? C'est rigolo.
Le garçon secoua vigoureusement la tête :
-Pas vraiment. Il emporte et mange les méchants enfants.
La fillette revint à l'enfant qui continuait de s'amuser sans se rendre compte qu'on l’observait.
-Il ne sait pas qu'il est là ?
Dililou répondit :
-Je ne pense pas ou il aurait arrêté de rigoler depuis un moment.
-On ne va pas le laisser se faire manger quand même ?
Le petit porteur semblait très concentré :
-Il faudrait que je le fasse repasser dans le monde humain, mais si le Coco continue de le surveiller, il ne me laissera pas faire.
Il hésita avant d'ajouter :
-Il faudrait que tu fasses diversion.
Léonie fronça les sourcils :
-Comment ça diversion ?
D'une petite voix, Dililou expliqua :
-Il faut que tu attires l'attention du Coco pendant que je fais sortir le garçon.
La fillette sursauta :
-Que j'attire l'attention de ce truc-là ?!
Elle pointa le Coco du doigt et Dililou hocha la tête :
-Oui, pas longtemps. Promis.
Léonie grimaça :
-J'ai pas très envie de faire ça.
Le porteur lui tapota la joue en espérant la rassurer :
-Vraiment pas longtemps.
Elle s'accroupit en gémissant :
-Pas envie.
Le garçon continuait de s'amuser comme si de rien n'était et Léonie ne voyait toujours pas ce qu'il y avait de drôle. Elle inspira profondément avant de céder :
-Je fais comment exactement ?
Dililou réfléchit une seconde avant de dire :
-Tu n'as qu'à faire comme lui.
Léonie plissa les yeux avec mauvaise humeur :
-J'ai pas tellement envie de rigoler moi.
Le petit porteur compatit :
-Je sais, mais c'est la seule solution.
Une nouvelle inspiration et Léonie bondit sur ses pieds :
-OK, c'est parti.
Dililou leva les pouces en l'air tandis qu'elle s'aventurait dans la rue. Les yeux sur la silhouette, elle saisit une pierre et la lança, sans conviction, contre une barrière. Cela ne provoqua aucun dégât, mais Léonie ne réussit pas à se convaincre de recommencer. Non, il faut que je trouve un autre moyen d'attirer son attention.
Plus loin, le garçon venait d'apercevoir Dililou qui lui faisait des signes. Le Coco bougea, alors, avançant à la maison suivante. Léonie prit une autre pierre et visa la créature. Le projectile atterrit sur le toit et la créature tourna la tête. La fillette fit un signe hésitant de la main, mais le Coco revint au garçon, alors la fillette lui jeta une seconde pierre.
Cette fois, la créature bondit au sol pour avancer vers elle. Léonie prit ses jambes à son cou, non sans remarquer du coin de l’œil, une petite lueur bleutée au pied d'une porte. Elle tourna rapidement, ramassa le morceau de couronne, bien contente que personne n'ait eu l'idée de le lui prendre cette fois et reprit sa course en zigzaguant entre les maisons.
Elle commençait à fatiguer quand elle se rendit compte que le Coco ne la suivait plus. Il tourna sur lui-même, semblant perdu, s'immobilisa, puis disparu. Léonie resta sans bouger, serrant le morceau dans sa main. Quand Dililou la rejoignit, elle poussa un soupir de soulagement :
-Ouf, je me demandais où tu étais.
Le petit porteur retrouva sa place sur son épaule :
-C'est bon. Problème réglé pour le garçon. Maintenant, le morceau...
Elle ouvrit la main et un sourire illumina le visage de son ami :
-Il faut croire que l'on a plus qu'à retrouver l'escalier.
Léonie acquiesça :
-Il faut croire.