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Chapitre 6

-Mais...t'arrêtes oui ?!

Noré se redressa. Elle n'aurait su dire combien de temps elle était restée là. L'adolescente avait du s'endormir. Le garde assis s'amusait à présent à envoyer les cartes sur le casque de son collègue. Celui-ci garda la pose mais continua de râler. Le premier rit :

-Ne bouge pas. Je te décapite.

Là, le garde réagit et menaça son compagnon de sa lance. Noré se demanda si elle allait assister à un massacre, tout en se disant que ce serait quand même dommage pour lui de mourir à cause d'un jeu de carte. Mais à cet instant, la jeune fille entendit la porte s'ouvrir. Le garde reprit sa position, tandis que le second se levait d'un bond, sembla chercher quelque chose au sol pendant quelques secondes, puis y renonça. Il reprit sa place, se tenant bien droit. Trois hommes descendirent les marches. Celui qui se tenait devant observa les deux chevaliers et s'avança vers celui de droite :

-Alors Meratir, on a encore perdu sa lance ?

Le dit Meratir ne répondit pas. L'homme claqua des doigts vers l'autre garde :

-Teruret, les clefs.

Le garde réagit aussitôt et ouvrit la grille. L'homme se planta dans l'encadrement de la porte et lança à Noré :

-Debout ! L'empereur veut te voir.

Sa première réaction fut la surprise, puis l'inquiétude et, finalement, elle répliqua d'une petite voix :

-A oui ? Mais je suis bien ici, moi.

Nouveau claquement de doigt et les deux hommes qui l'accompagnaient entrèrent dans la cellule. Noré se recroquevilla sur elle-même. Ils la saisirent chacun par un bras et la tirèrent, mais la jeune fille croisa les jambes et se pencha en arrière. Elle observa les deux hommes, bien décidée à ne pas leur facilité la tâche. Surtout si la jeune fille avait deviné juste et que c'était l'empereur à l'origine de toute cette histoire. Voulait-il accomplir le sacrifice maintenant ? Ils essayèrent de la tirer à nouveau et ne réussir qu'à la traîner sur quelques centimètres. Finalement, ils la saisirent sous les aisselles et la soulevèrent. L'adolescente poussa un petit cri surpris et décroisa les jambes dans l'espoir de freiner leur avancée, mais elle ne pouvait atteindre le sol.

-Vous êtes très fort, c'est impressionnant.

Elle espérait bien réussir à cacher sa peur. L'idée de se retrouver face à l'empereur la terrorisée. Ils la reposèrent au bas des marches et elle fit la moue.Noé avait espéré être porté jusque chez l'empereur, au moins cela aurait évité à ses jambes de se dérober. Ils reprirent le même chemin que plus tôt, sans qu'elle ne réussisse à mieux se repérer, coincée qu'elle était entre les deux hommes. Ils sortirent de la tour et la lumière du jour lui fit plisser les yeux. Malgré tout ce qui l'attendait, la jeune fille ressentit une certaine excitation en voyant qu'ils se dirigeaient vers la tour centrale, le sentiment de se rapprocher du fameux Lyan. Soudain, Noré se demanda comment elle pouvait faire pour le reconnaître. Si cela se trouvait, elle le croiserait dans un couloir sans le savoir. Peut-être n'était-il même pas dans la tour centrale. L'adolescente fit la grimace et soupira :

-Je suis douée pour me plomber le moral.

Ses gardes échangèrent un regard mais ne firent aucun commentaire. Elle posa les yeux sur le lac, ressentant un mélange d'inquiétude et de curiosité envers la bête qui l'habitait. Les deux chevaliers marchaient à grands pas et Noré avait du mal à les suivre. Elle n'était pas aussi pressée qu'eux de voir l'empereur. Ils pénétrèrent dans la tour principale et la jeune fille eut un mouvement de recul. Tout était bleu, le sol, les murs, les escaliers, les rambardes, tous dans un bleu ciel reposant. Elle ne savait trop qu'en penser et on ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir. Elle fut poussée vers un escalier en colimaçon, situait au centre du hall où ils se trouvaient. Des gens marchaient à toute vitesse et dans tous les sens, sans leur prêter la moindre attention. A chaque étage, des paliers desservaient plusieurs portes. Noré cessa vite de compter les marches, trop concentrée à conserver son souffle.

Ils s'arrêtèrent enfin. L'adolescente ne sentait plus ses jambes et se fit la réflexion que sous leurs armures, les chevaliers devaient être en sueur. Une seule porte se présentait à eux. Ils la passèrent et entrèrent dans un couloir immense bordé de colonne et éclairé par des lustres gigantesques pendus au plafond. Tout restant dans le même ton bleu.

-Là, ça fait quand même manque d'imagination...et un peu prétentieux aussi.

Un des gardes lui colla une tape à l'arrière du crâne comme l'aurait fais Titian. Noré grimaça. Ce n'était pas vraiment le moment de penser à lui. Sur le mur de droite, apparut une porte monumentale qu'ils franchirent. Lorsqu'ils entrèrent, elle se sentit déçu. La jeune fille s'attendait à des tables infinis, des draperies, peut-être même une cheminée, mais la pièce était vide. Aucun meuble, aucune décoration. Hormis une estrade en arc de cercle sur sa droite, avec au bout un rectangle de métal, servant sans doute de pupitre. Trois fenêtre sur sa gauche, un homme se tenait devant l'une d'elle. Il se retourna en les entendant entrer et sourit en se frottant les mains :

-Ah...enfin, nous nous rencontrons.

Il observa l'adolescente quelques temps avant de poursuivre :

-Sais-tu qui je suis ?

Elle jugea qu'il était inutile de gaspiller sa salive pour une question à laquelle il répondrait de toute façon. Voyant qu'elle se taisait, l'homme se rengorgea et dit :

-Je suis l'empereur Daron.

Noré ne réagit pas, alors il poursuivit :

-Et tu es...

-Déçu.

L'homme se tut, coupé dans son élan. L'adolescente se l'était longuement imaginée. Grand, puissant, le regard dur ou un vieillard plein de noblesse et rusé. Mais cet homme là était de taille moyenne, entre deux âges et banal. Sa peur s'était évaporée si tôt qu'elle avait croisé son regard. Il se rengorgea encore, se racla la gorge et reprit :

-Je disais donc, que tu es...

-Une fille.

-Silence !

Le garde lui envoya une baffe, avec le dos de sa main, sur la tempe. Elle tangua un peu avant de retrouver son équilibre. L'empereur souriait toujours :

-Tu es celle qui nous sauvera tous.

-Ouah.

Le garde allait la refrapper, mais l'empereur l'empêcha d'un geste. Il s'approcha :

-Nous avons failli te perdre, tu sais. Heureusement que le garde a fouillé ton sac et a eu la bonne idée de me montrer ceci.

Il sortit le bracelet de sa poche. Noré ne put réprimer un frisson.

-Sais-tu ce que représente ce bracelet ?

-Le poids du monde ? Un destin pourri ? L'enfer ?

Elle reçut une nouvelle baffe. L'empereur ricana :

-Tu ne t'es jamais demandé pourquoi le capitaine te trouvais toujours ? Ce bracelet est lié à une carte qui permet de le localiser où qu'il soit.

-Ceci explique cela. Je n'ai plus de question, je peux rentrer chez moi ?

Elle était terrifiée, mais faisait de son mieux pour le cacher. L'adolescente disait tout ce qui lui passait par la tête, d'une voix qui lui semblait étrangère, dans le seul but de gagner du temps. Daron l'ignora, monta sur l'estrade et se plaça devant le pupitre de métal :

-Sais-tu ce que c'est ?

Elle reconnut la teinte bleutée de l'objet :

-Une invention des sorcières je suppose.

-Exactement et lorsque l'on place le bracelet dessus...

Il s'exécuta. Des centaines de carré apparurent dans les airs, de taille différente. Le regard de Noré se posa sur les plus grands et vit que quelque chose bougeait à l'intérieur. Dans l'un, elle vit Soria. La jeune femme marchait, se battait, parlait sans qu'aucun son ne traverse ses lèvres. Tout ce que Noré l'avait vu faire, défilait en boucle dans ce carré. Elle en regarda un autre et vit Xilanos. Deux autres carré de grande taille attirèrent son attention, car ils portaient une grande croix noir qui cachait presque toute l'image. Mais Noré réussit à apercevoir sa mère et Titian et se sentit mal. L'empereur continuait de parler :

-Plus les carrés sont grands, plus ce sont des personnes que tu apprécies ou haies. Ceux qui ont des bords blancs sont celles que tu aimes, ceux aux bords rouges celles que tu n'aimes pas. Enfin, ceux ayant une croix, ce sont les morts.

Il se tourna vers Noré et dit lentement, comme pour s'assurer qu'elle comprenne bien la situation :

-Le bracelet les a toutes mémorisé depuis le premier jour où tu l'a porté. Tu peux voir que dans la plupart des petits carrés tu ne reconnais pas ces personnes. C'est simplement parce que ce sont des gens que tu as du voir une fois dans ta vie, de simples passants, par exemple.

L'empereur s'attendait, sans doute, à l'impressionner, mais la jeune fille l'écoutait à peine, regardant bouger, tour à tour, Titian et sa mère. Soudain, le nombre de carré diminua. Elle remarqua que ceux qui avaient des bords rouges avaient disparu et se tourna vers l'empereur.

-On va faire un peu de rangement.

Il toucha le rectangle et les carrés se rangèrent de haut en bas par décroissance de taille, les morts étant mis de côté. Noré aperçut le carré avec Fabian et son cœur se serra encore plus. Daron descendit de l'estrade.

-Te rends-tu compte de cet héritage que tu tenais entre tes mains ? Des millions de jeunes filles ont porté ce bracelet. Il a du enregistrer des milliards de personne.

Il levait les yeux au ciel comme s'il vivait quelque chose de merveilleux.

-Je vais t'expliquer comment il fonctionne.

Elle soupira d'ennui.

-Les sorcières le créèrent, lui et le pupitre, au début des temps, quand Sinia et Métane étaient encore deux continents. Les guerres ne cessaient jamais entre ces deux nations. Ces femmes en eurent assez et offrirent ces deux objets à la Métane.

L'empereur marchait de long en large, parlant d'une voix théâtrale. Une question lui venant soudain, Noré leva la main. A nouveau coupé dans son élan, Daron serra les dents :

-Oui ?

-La Sinia n'a pas de pupitre ? Parce que l'on m'avait dit que les échanges se faisaient dans les deux sens.

-J'y viens. Les sorcières ne décidèrent que plus tard d'offrir un pupitre identique à la Sinia.

-Pourquoi plus tard ?

-On l'ignore.

Elle fit la grimace, montrant que la réponse ne la satisfaisait pas. A vrai dire, Daron ne semblait pas savoir grand chose. Mais l'empereur l'ignora :

-Elles dirent aux deux seigneurs à quoi servaient les machines et comment elles fonctionnaient.

-Donc, tout ce bordel, c'était l'idée des sorcières.

-Arrête de m'interrompre !

Le garde lui frappa la tête et un silence s'ensuivit où Daron la fixa avec des yeux furieux :

-Ainsi, commencèrent les sacrifices. Seuls les membres du siège étaient au courant. Encore aujourd'hui, la population ne sait rien de ce qu'ils appellent le lien et l'échange.

Nouveau silence au cours duquel elle pensa qu'après tout, c'était sa seule chance de connaître toute l'histoire. Alors Noré tenta :

-Avec tout ça, vous m'avez toujours pas dit comment fonctionne le bracelet.

-Ah oui, c'est vrai.

Malgré tout, l'adolescente commençait à regretter sa cellule, tandis que l'empereur se relançait :

-Sitôt que le bracelet est passé au poignet d'une jeune fille, il se lie à elle. Ainsi, même si elle l'enlève, il continue à enregistrer les personnes qu'elle croise.

-Et ?

-Et lorsqu'une fille est désignée pour être le sacrifice, elle est menée au siège de l'autre nation...

-Attendez, vous allez me raconter tout le déroulement de la cérémonie, là ?

Le sourire de l'empereur s'agrandit :

-Bien sûr. Tu dois mourir d'envie de savoir ce qui t'attend.

-Pas tellement.

Noré se retint d'ajouter que les mots choisis par l'empereur n'étaient pas vraiment appréciable. Elle voulait savoir comment se débarrasser du bracelet et, finalement, se dit que la solution se trouvait peut-être dans le passé. Le silence les avait de nouveau enveloppé jusqu'à ce qu'un des gardes se résolu à lui remettre une baffe et Daron put reprendre :

-Une fois au siège, un de ces membres est désigné pour s'occuper d'elle pendant un mois. Il est chargé de faire tout ce qu'elle souhaite. Quoiqu'elle veuille manger ou faire, qui qu'elle veuille voir, il doit le réaliser. Mais, elle ne doit pas sortir du siège.

-J'ai donc droit à un mois de rêve. J'aime autant vous dire que la cellule, je ne l'ai pas demandé.

L'empereur eut un regard amusé :

-Malheureusement, vous courir après, nous a fait perdre du temps.

-J'ai compris. Question, vous avez essayé de parlementer avec la Sinia avant de mettre les chevaliers au branle-bas de combat ?

-Lorsque votre mère est partie, elle a détruit la tradition.

-Quel drame.

-Nous l'avons poursuivi, cherché dans toute la Métane.

-Je croyais que vous pouviez la localiser n'importe où ?

-En Métane.

-Ah, vous n'avez pas pensé qu'elle irait en Sinia ? Non ? Ça ne vous est pas venu à l'esprit.

Daron serrait les poings.

-Lorsque nous avons réalisé notre erreur, des recherches ont été faite en Sinia. Et quand nous l'avons trouvé, nous l'avons tué.

Le choc ne vint pas, pas plus que les larmes qu'il semblait espérer. En vérité, Noré s'était toujours doutée que sa mère ne pouvait pas s'être suicidée. Elle ne l'aurait jamais laissé toute seule. En revanche, si l'adolescente ne fut pas assaillit de surprise ou de chagrin, elle ne pensait pas se sentir submerger d'une colère si violente. Elle voulait se jeter sur l'empereur et l'écharper à mains nus. L'adolescente se retint néanmoins, bien consciente que les deux gardes l'arrêteraient avant qu'elle n'ait fais un pas. Elle dut se contenter d'un regard noir, alors que Daron la fixait avec une lueur cruelle dans les yeux. Elle se ressaisit et dit d'une voix mauvaise :

-Mais vous n'avez pas trouvé le bracelet.

-Lorsqu'il est retiré du socle, le pouvoir du bracelet va en diminuant. C'était devenu un simple objet, impossible à trouver.

-Jusqu'à ce que je le porte.

-Exactement. Et grâce à vous, l'espoir renaît.

-Pourquoi vous ne cherchez pas d'autres moyens ?

-Mais parce que les sorcières l'ont décidé ainsi. Nul n'affronte les sorcières.

-Et alors ? Les sorcières d'aujourd'hui ont dut oublier toute cette histoire.

-Mais c'est comme ça !

Il s'était mis à hurler.

-Les adultes et la logique.

Nouvelle baffe. L'empereur s'approcha d'elle :

-Bientôt, tu mourras. Mais avant, il y a une partie de la tradition dont tu n'as certainement jamais entendu parlé.

-Faite-moi rêver.

-Au fil du temps, lorsqu'une fille était choisi pour sacrifice, elle était séparée de sa famille et vivait recluse.

-Pourquoi ?

-Parce que si le bracelet enregistre toutes ces personnes, c'est pour une raison. Avant de quitter ce monde, le sacrifice doit tuer de ses mains, les gens qu'elle aime le plus. Pour toi, nous allons commencé à chercher la Saldrian et l'Aurien.

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