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Un décret de l'empereur Daron, voilà ce que c'était. Noré ne put lire que par bribe le contenu, cachait par les spectateurs du premier rang. Elle comprit qu'en raison de la guerre en préparation, les Siniens étaient priés de rentrer en Sinia. Cela concernait aussi bien ceux qui venaient d'arriver que ceux qui étaient établi en Métane depuis des années. Ceux qui avaient des familles, des amis, un travail, qu'importe, s'ils portaient la marque, ils seraient renvoyés sans ménagement. Des contrôles pouvaient être effectué n'importe quand et l'expulsion pouvait se faire par la force. La jeune fille saisissait très bien ce qu'ils entendaient par contrôle et passa sa main derrière son oreille comme si elle pouvait faire disparaître le petit triangle, sa marque Sinienne.
-Il ne faut pas que tu te fasses prendre.
-Je le sais bien.
Son ton avait été un peu plus sec qu'elle ne l'avait voulu, mais cette annonce ajoutait une difficulté supplémentaire dont elle se serait bien passé. Xilanos ne sembla pas se formaliser de sa réaction et l'entraîna hors de la foule.
-On doit se concentrer sur notre premier but. Entrez au siège et trouvez Lyan.
Elle hocha la tête, tout en observant les gardes. Ceux-ci ne quittait pas l'Aurien des yeux. C'était compréhensible. Avec ses cheveux et ses yeux, il ne passait pas inaperçu. Heureusement, la fée restait caché sous sa chemise, ce qui évitait un autre sujet d'attention. Malgré tout, cela l'inquiétait et l'adolescente pressa le bras de son compagnon pour lui désigner les gardes :
-Il vaudrait mieux que l'on ne traîne pas dans le coin.
-Je sais. On va suivre la muraille, voir si il y a une brèche où un endroit que l'on pourrait escalader.
-Une brèche, au siège de la Métane, tu plaisantes ?
-Ça nous occupera et nous serons hors de vue des gardes.
Il la saisit par le col et l'emmena au pied de l'immense mur. Ils partirent sur la gauche et s'arrêtèrent après avoir passé le tournant.
-C'est pas bon.
A cet instant, Noré se rendit compte combien il semblait préoccupé. Elle tenta de le rassurer :
-Ce n'est pas si grave. Ils ne doivent pas voir des Auriens tous les jours, c'est tout.
-C'est pire. Les Auriens n'ont pas le droit d'être en Métane.
Elle ne cacha pas sa surprise :
-Comment ça ?
Tout en parlant, ils longeaient le mur d'enceinte qui, apparemment, les menait droit dans la mer. Ils continuaient malgré tout à avancer.
-Les Auriens et les Alianis font partis de ces peuples dangereux qui auraient du être envoyés en Terres Sanglantes.
-Dangereux ? Pardon, mais je ne vois pas en quoi. Vous pouvez être redoutable au combat, mais pas plus que d'autres.
Noré n'eut pas besoin de voir son visage pour savoir qu'elle l'avait vexé. Il était toujours si fier des Auriens et de son rang et elle venait de le rabaisser au même niveau que n'importe qui, sans vraiment le vouloir. L'adolescent lui répondit tout de même :
-Les pierres. Ils savent, ou du moins devine, que l'on peut se déplacer n'importe où, même s'ils ignorent comment. Le siège n'est pas en sécurité temps que l'on peut voyager ainsi.
-Mais vous n'avez jamais tenté d'entrer au siège avant.
-Non, mais ils sont paranoïaques.
Ils étaient au bord de l'eau et regardaient le mur qui s'y enfonçait.
-On continue ?
Pour toute réponse, Xilanos pénétra dans la mer et elle le suivit. Ses bottes s'emplir d'eau froide, lui arrachant un frisson, mais la jeune fille ne s'en préoccupa pas plus. Lorsqu'ils atteignirent le coin, l'eau leur arrivait juste au-dessus des genoux, quelques vaguelettes malignes leur léchaient la taille. Le mur restait infranchissable et Noré allait proposer à son compagnon de faire demi-tour quand une forme sombre sous la surface attira son attention. Son cœur s'arrêta de battre, persuadée un instant qu'il s'agissait d'une créature. Puis l'adolescente se rendit compte que le mouvement qu'elle percevait était celui des vagues jouant avec l'ombre. A présent intriguée, elle s'approcha et s'arrêta au bord de la forme. Xilanos vint à son côté et commenta :
-On dirait un immense ravin.
La faille était si profonde qu'ils n'en voyaient pas le fond. Noré demanda :
-Ça ne devrait pas se reboucher avec le sable ?
Xilanos s'accroupit dans l'eau glacée avec autant de facilité que s'il était au sec. Elle ne l'imita pas, grimaçant déjà en imaginant le froid envelopper son corps. Il tata la paroi de l'étrange ravin :
-On dirait du métal. Du métal de sorcière.
Noré tenta de distinguer quelque chose à travers le liquide, sans y parvenir. Le garçon pointa la muraille du doigt :
-Regarde ça.
Elle observa le pan de mur qu'il désignait et distingua ce qui ressemblait à une immense porte de métal qui donnait sur la fissure.
-On dirait une porte d'entrée pour quelque chose.
Il se releva :
-Ou une sortie.
La jeune fille renchérit :
-Une sortie pour quelque chose de particulièrement énorme, vu la taille de ce trou.
-On devrait peut-être s'en aller.
-Je le crois aussi.
Ils s'éloignèrent avec un calme feint, ne pouvant empêcher leur regard de revenir vers l'étrange porte et ce qui se caché derrière. Noré retrouva le rivage avec soulagement. Ils restèrent sur place, au bord de l'eau, à l'abri des regards des soldats et au soleil qui les réchauffait. Ils avaient besoin de réfléchir à leur prochaine action, ils ne pouvaient pas se cacher là éternellement.
-Je suppose qu'il est inutile qu'on continue à faire le tour de l'enceinte.
Les bras croisés, la tête penché, Xilanos était en pleine réflexion. Il hocha la tête :
-J'avais espéré qu'une idée me viendrait, mais là, je dois avouer que je ne sais pas comment on va s'y prendre.
Après un instant, il frappa dans ses mains en annonçant :
-Bon, il ne reste plus que la porte.
-La porte ? La grande avec les gardes devant, cette porte ?
-Oui.
Noré y réfléchit quelques secondes et dit :
-On devrait peut-être attendre que des gens sortent. Peut-être que Lyan sortira.
-Tu ne le connais même pas. Tu vas demander le nom de tous les passants ?
-Si ça nous évite de devoir explorer tout les bâtiments avec la garde à nos trousses.
-C'est toujours mieux que d'attendre là. Et si Lyan ne sortait jamais ?
-C'est qu'il est plus fort que je ne le pensais.
-Cela pourrait prendre des jours et on en a pas. La guerre n'a jamais été aussi proche et tu ne veux pas retrouver ton amie le plus tôt possible ?
-Touché.
«-lors, on attend que les portes s'ouvrent et on fonce.
Noré sourit, amusée :
-Un plan digne de Titian.
Xilanos plissa les yeux cherchant à discerner si elle se moquait de lui. Comme ce n'était visiblement pas le cas, son visage se voila de tristesse durant une fraction de seconde avant de retourner là d'où ils venaient. Ils se glissèrent entre les maisons pour rester hors de vue des gardes. Il devait s'être écoulé quelques minutes depuis qu'ils étaient partis, pourtant les chevaliers semblaient toujours agités.
Collé contre le mur d'une maison, le corps penchait pour pouvoir voir la porte sans être vu, Xilanos lâcha un juron :
-C'est pas bon signe.
-Ce n'est pas forcément parce qu'ils t'ont vu. Ils se questionnent peut-être sur les contrôles.
Il n'était pas convaincu et, à vrai dire, elle non plus. Si comme l'adolescent l'avait dit, les Auriens vivaient illégalement en Métane, les gardes étaient sans aucun doute en train de mettre des mesures en place pour attraper celui-ci. Noré s'inquiéta :
-On ne devrait pas rester là.
-Il faut voir Lyan. Si tu as un autre moyen, je t'écoute.
Xilanos avait raison et aucune idée lumineuse ne lui vint à l'esprit. Il insista avec ironie :
Alors, des suggestions ? Un plan ?
-Non.
-Alors, on attends.
La jeune fille soupira et se pencha pour voir ce que pouvait faire les gardes. Ils discutaient avec un troisième qui fut bientôt renvoyé à l'intérieur de l'enceinte. L'adolescente sentit la main de l'Aurien se crisper sur son bras lorsque la porte s'ouvrit. Elle se prépara à s'élancer. Une tension pesa sur sa poitrine, rendant sa respiration difficile, mais Noré ne tremblait pas. Bien campée sur ses jambes, prête à courir. Il n'y eut pas de course. La porte s'ouvrit à peine pour laisser entrer le garde et les deux autres se tenaient juste devant la mince ouverture.
Pas cette fois.
Xilanos relâcha son bras, déçu et la jeune fille se rendit compte qu'elle aussi. Sans ces fichus gardes, ils seraient déjà à la recherche de Lyan. Plus tôt ils le trouveraient, plus tôt elle retrouverait Soria. Ils se redressèrent, côte à côte contre le mur, attendant une prochaine occasion.
-Au final, ton plan n'est pas si différent du mien. On attend que les portes s'ouvrent, toi pour entrer, moi pour qu'ils sortent.
Elle réussit à lui décrocher un sourire :
-On doit manquer d'imagination.
Noré l'observa alors qu'il fixait le ciel, la tête appuyée contre le mur. Le garçon finit par tourner le visage vers elle et la dévisagea. L'adolescente lui sourit et sans qu'elle s'y attende, il déclara :
-Tu me caches des choses, Noré, n'est-ce pas ?
Elle n'hésita pas avant de répondre. Il valait mieux jouer la franchise, après tout, il risquait sa vie autant qu'elle.
-Oui.
-Concernant le bracelet ? Il manque forcément quelque chose, car je ne vois pas comment un objet aussi simple empêcherait une guerre.
-Oui.
Xilanos sembla attendre la suite, mais elle n'ajouta rien et il se remit à fixer et le ciel. Au bout de quelques minutes qui parurent interminables, l'adolescente en eut assez de rester debout et s'accroupit. L'Aurien finit par faire quelque pas, jetant des coups d'oeil régulier vers la porte. Noré le surprit observant une mèche de ses cheveux entre ses doigts.
-A quoi tu penses ?
-Je me demande s'ils sont au siège.
-Qui donc ?
-Les fileurs.
Noré chercha dans sa mémoire si elle avait déjà entendu ce nom et allé avouer son ignorance lorsque les portes s'ouvrirent. Instantanément, ils reprirent leur ancienne posture. Noré se prépara à s'élancer et quand les deux portes furent suffisamment ouvertes et que les deux gardes s'en tinrent écartés, elle bondit en avant. Mais Xilanos la saisit par le col et la ramena contre le mur, lui arrachant un cri douloureux :
-Mais qu'est ce que tu fais ?!
Le jeune homme ne répondit pas. Il observait trois hommes en armure qui venaient de franchir la porte. Tous trois chevauchaient des chevaux à têtes et ailes d'aigles.
-Ce sont eux. Quel crétin ! J'aurais dût y penser plus tôt.
-Les fileurs, c'est ça ? C'est de eux dont tu parlais ?
-On s'en va.
-Quoi ?!
Xilanos ignora ses questions et passa le tournant de la rue sans l'attendre. Noré s'attarda sur les trois hommes, comme si en les fixant, elle pouvait trouver la réponse à ses interrogations. Un vent étrange lui frappa le visage. Se protégeant de la poussière de son bras, la jeune fille vit l'une des créatures prendre son envol, lourdement. Les deux autres restèrent sagement sur place. Noré se pressa vers le coin où l'Aurien avait disparu de sa vue, en lançant :
-Attend! Il en manque un.
Brusquement, Xilanos jaillit, volant dans les airs. Il alla s'écraser contre un mur et s'écroula, inconscient. L'homme en armure apparut. L'adolescente s'interposa, il était évident que la lutte ne la mènerait à rien. Aussi, elle dit la première chose qui lui passait par la tête :
-Attendez ! On ne veut pas de problème, on allait partir.
La jeune fille chercha à capter le regard de l'homme, mais il était invisible sous son caque. D'un claquement de doigt, il fit approcher sa créature. Noré reconnut un hippogriffe d'après les descriptions que lui en avait fait sa mère. Il s'avança et la renifla. L'adolescente le regarda faire avec appréhension, le bec d'aigle n'étant qu'à quelque centimètre de son visage. Elle imaginait facilement l'effet qu'un de ces coup pouvait avoir. Quand la créature eut fini son examen, elle reprit sa place derrière l'homme qui dit :
-N'interfère pas avec le travail des fileurs. Une humaine ne devrait pas s'attarder avec un Aurien.
-Pourquoi ? Il n'a rien fais de mal. Qu'est-ce que vous lui voulez ?
-Tu ne connais pas les fileurs ?
Noré ne répondit pas. La question et la surprise perceptibles dans la voix de l'homme avaient eu un effet déclencheur. Elle se rendit compte qu'elle venait de se trahir. La simple notion de fileur aurait sans doute provoqué une autre réaction chez une Métanienne. L'affiche, les contrôles, l'expulsion par la force, toutes ces pensées se bousculèrent. L'homme s'avança à grands pas et la jeune fille chercha à esquiver sa poigne, sans y parvenir. Le fileur lui saisit la tête pour la tourner de force. Il souleva les cheveux derrière l'oreille et aperçu le triangle :
-Tu vas devoir intégrer un groupe d'évacuation.
-Sûrement pas.
Elle se dégagea de l'emprise de l'homme lui abandonnant une poignée de cheveux et recula de plusieurs pas pour rester hors de sa portée, se frottant vigoureusement le cuir chevelu.
-C'est la loi. Ne te complique pas la vie.
Il fit un geste dans sa direction, quand, soudain, une flèche vint ricocher contre l'armure. Noré avait senti le projectile sifflait à son oreille et avait fait volte-face d'un bond. Xilanos avait encore un genoux à terre, mais visait à nouveau l'homme d'une nouvelle flèche. Celui-ci rit :
-Depuis le temps, mon grand, tu devrais savoir qu'une flèche ne peut rien contre nos armures.
L'Aurien ricana :
-Va dire ça à ton pigeon.
Et il tira sur l'hippogriffe. La flèche traversa le flanc de l'animal qui hurla. Tandis que le fileur lui tournait le dos pour jauger l'état de la créature, l'Aurien jeta son arc en gardant une flèche en main. Il se jeta sur l'homme, mais celui-ci l'entendant arriver, lui fit face à temps et sortit son épée. Xilanos fit un bond en arrière à temps pour éviter le coup. La fée jaillit de sous sa chemise et se mit à harceler l'hippogriffe. Voletant autour, griffant, mordant et jouant avec La jeune fille se mit à tituber, tendant la main vers Xilanos qui luttait à arme inégale. Elle devait l'aider, cherchant à tâtons le poignard à sa ceinture, elle tenta de voir l'homme qui l'avait frappé. Sa vue se brouillait, le monde tournait, un nouveau coup l'atteignit à la tempe et elle s'écroula.
La jeune fille entendit d'abord les pleurs. Puis, Noré réussit à ouvrir les yeux. La luminosité du ciel accentua son mal de crâne. Elle posa sa main à l'horizontale sur son front pour se faire de l'ombre et se redressa. Des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards étaient assis à même le sol autour d'elle. Ils étaient près d'une fontaine. Des gardes leur tournaient le dos et se tenaient placés à une égal distance autour d'eux. L'adolescente se leva, tangua un peu sous la douleur, puis tenta de passer entre deux des hommes. Celui à sa gauche lui cria :
-On ne passe pas ! Retourne avec les évacués.
N'ayant pas encore repris tous ses esprits, elle obéit docilement. Noré cherchait ce qu'elle faisait là, ne se souvenant plus de rien. Pourtant, la jeune fille ressentait une urgence, elle devait se dépêcher, le temps pressé. Ses souvenirs restèrent embrouillés. Le coup avait du être rude. Le coup, on l'avait frappé. Elle se souvint soudain. Xilanos combattait dans la ruelle. La jeune fille fit un tour sur elle-même, le cherchant des yeux. Comme il n'y avait pas trace de lui, elle s'approcha d'une des femmes assises qui pleurait.
-Excusez-moi.
La femme sursauta, s'essuya les yeux et les posa sur l'adolescente.
-Vous êtes tous des Siniens ?
Son interlocuteur hocha la tête :
-Mais mon mari est Métanien, alors...
Elle ne finit pas sa phrase et refondit en larme. Peut-être était-ce pour cela que Xilanos n'était pas là. Il était Métanien, lui. Noré revint se mettre à côté du garde, prenant soin de ne pas dépasser la limite invisible qu'ils semblaient marqué :
-Excusez-moi. Vous savez comment j'ai atterri ici ?
L'homme répondit sans la regarder :
-Les fileurs vous ont amené.
-Ils n'ont pas amené un garçon avec moi ?
-Non.
Noré jeta un regard sur les alentours. Elle ne savait pas où elle était, mais grâce à la tour qui dominait les bâtiments, la jeune fille savait au moins qu'elle n'avait pas quitté la ville du siège.
-Je pourrais faire un tour ? Il faut que je retrouve mon ami.
-Non.
-Vous pouvez me faire accompagner si vous préférez.
-Vous ne devez pas quitter cette place.
-Mais il pourrait être blessé.
-C'est non. Les évacués qui sortent du cercle seront envoyés en prison, en attente de l'évacuation.
-Ah, quand même.
Noré fixa les Siniens d'un air perdu et devina vite qu'ils ne lui seraient d'aucun secours. Elle avait peur pour son compagnon et, l'air de rien, commençait à paniquer. Il lui suffirait de courir droit devant jusqu'à la tour et de revenir. En quoi ça leur posait problème ? La jeune fille se moquait bien d'être évacué temps que Xilanos allait bien. N'ayant pas d'autre choix, elle inspira et demanda :
-Cette armure est lourde ?
-Pardon ?
-Au moins vous ne portez pas de casque, ce doit être plus facile pour respirer.
-Retournez vous asseoir.
-Je me demandais si vous étiez fort à la course, c'est pour ça. Si votre armure est lourde, ça doit beaucoup vous ralentir.
Et Noré prit ses jambes à son cou. Le garde resta quelques secondes interdit, avant de crier :
-Évasion !
Elle lâcha entre deux souffles :
-Tout de suite les grands mots.
L'adolescente bifurqua dans plusieurs rues, pour tenter de semer ses poursuivants, se rapprochant de la tour. Enfin, elle atteignit la porte et retrouva la rue où Xilanos et le fileur avaient combattu. Elle s'y engouffra sans ralentir, cherchant du regard un indice sur ce qui avait pu advenir de l'Aurien. Ce que l'adolescente vit la fit stopper net. Regardant fixement le sol, elle ne fit pas attention aux gardes qui arrivés. Ils la saisirent par les bras, ne voyant pas qu'elle n'avait plus la force de courir. Noré cligna des yeux, espérant que ce qui était au sol disparaisse, mais rien y fit. Quand les gardes la forcèrent à faire demi-tour, la jeune fille sortit de sa torpeur. Elle voulut prendre la direction de la place qu'elle avait quitté, mais les gardes la ramenèrent violemment dans une autre direction. L'adolescente restât un instant perplexe, se demandant où on l'emmenait. Puis, elle se souvint du décret et murmura :
-Oui, c'est vrai. La prison.
Ils la menèrent devant les portes du siège. On leur ouvrit et ils la firent entrer. Noré était sans voix. La prison était dans l'enceinte du siège. Des heures bloquées devant et voilà qu'elle y entrait d'un claquement de doigt. La jeune fille était dégoûtée.
Lorsqu'ils furent à l'intérieur, Noré en profita pour observer les alentours. Des jardins immenses, le long de la muraille, suffisamment d'arbres pour que l'on puisse appeler cela des bois. Ils ne se dirigèrent pas vers la tour central, mais vers une des petites à sa gauche. La jeune fille put voir un lac à l'arrière de la tour principale, acculé au mur d'enceinte. Elle remarqua la porte incrusté dans la pierre. Pas de doute, quelque chose était enfermé ici. Avec curiosité, l'adolescente demanda innocemment :
-Il y a quoi dans le lac ?
-Tu ne veux pas savoir.
-Bah si, c'est pour ça que je demande. C'est tout l'intérêt d'une question.
-Tais-toi.
Elle n'insista pas, les prises s'étant faites douloureuses sur ses bras. Visiblement, ils n'aimaient pas tellement ce que renfermer le lac. Ils la firent entrer dans la petite tour, saluant le chevalier qui en gardait la porte. C'était très peu éclairé et, après la luminosité de l'extérieur, Noré mit un certain temps à pouvoir discerner les choses nettement. Mais cela ne sembla pas déranger ses gardes qui ouvrir une porte et la firent descendre sans hésitation. Le sous-sol avait l'air d'un vrai labyrinthe. Les couloirs étaient innombrables et lui semblaient identiques. Une odeur de moisissure la prit à la gorge et l'humidité alourdissait l'atmosphère. Ils l'entraînèrent dans l'un des couloirs au mur de pierre, puis changèrent quatre à cinq fois de direction. Le sol en terre étouffait leurs pas. L'adolescente était perdu au bout de deux minutes et se promit de ne pas tenter de s'évader dans l'immédiat.
Finalement, ils ouvrirent une nouvelle porte. Quelques marches menaient sur un couloir longé de grilles. La pièce était éclairé par de nombreuses torches. Deux soldats qui jouaient aux cartes par terre se relevèrent d'un coup quand le petit groupe entra. L'homme qui tenait le bras droit de Noré lança :
-Voilà de quoi vous faire travailler. Gardez-la.
Il lui prit sa besace, son poignard, la fouilla encore et sortit avec les autres. Les deux gardes restaient avec elle semblaient la fixer sous leur casque. Ils n'avaient pas l'air très sûr de la façon de procéder pour garder quelqu'un. Puis, ils s'entre-regardèrent, haussèrent les épaules, ouvrir la première cellule et la firent entrer. Ensuite, l'un ramassa sa lance et se mit sur la gauche, bien droit, tandis que l'autre alla s'affaler sur la droite. Il ramassa lentement les cartes et s'amusa à les lancer.
Noré alla s'asseoir au fond de la cellule. Au bout de quelques minutes, elle se résolut à essayer de dormir et appuya sa tête contre le mur. Mais dès qu'elle ferma les yeux, la jeune fille revit le sol de la rue et tenta de se rassurer. Après tout cela pouvait être celui du fileur ou de son hippogriffe. Mais rien y faisait. Le cœur battant, les larmes aux yeux, elle ne pouvait pas nier que le sang sur le sol pouvait aussi provenir de Xilanos.