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Qegh Plakti
Rang : Argent
Héritière au service du clan Diners
...Charogne. Qegh ouvrit la bouche, mais Redi l’arrêta en ajoutant soudainement :
-Pas de mots moches.
Qegh s’arrêta :
-Comment ça pas de mots moches ?
-C’est mon jeu. C’est moi qui décide.
-OK, princesse…
Redi sourit en lui envoyant un coup de coude, pendant que Qegh se replongeait dans ses réflexions. Cha… cha...cha….
-Chaton.
Redi hocha la tête et réfléchit à son tour à un mot commençant par « ton ». Elles avaient couru avec les autres pour voir ce qui avait provoqué l’explosion, juste pour se retrouver bloqué par une chaîne de surveillants. Le directeur avait fini par les disperser en les informant que c’était les Cinq qui faisaient des expériences. Qegh avait passablement trouvé injuste en sachant que n’importe quel autre héritier aurait probablement était sérieusement puni.
Redi s’arrêta en apercevant Elférad.
-Salut.
L’héritier d’or lui rendit son salut. Qegh fit un effort pour ne pas regarder ses anciens héritiers d’argent. Lyert est mort. Ce n’est pas Lyert. Elle se concentra sur le visage d’Elférad. Le clan Diners avait sagement attendu l’évolution de la situation chez les Juéllits pour savoir que faire de leur alliance. Quand ils avaient appris la décision que les garçons avaient prise, il fut bien évidemment convenu que le mariage entre Lyert et Qegh serait annulé. Les deux clans n’en choisirent pas moins de rester allié.
-On a pas encore eu vraiment le temps de parler. Si tu as besoin de quelque chose, n’hésite pas.
Elférad se contenta de hocher la tête. Il n’est pas content de cette situation. Qegh pouvait comprendre. Les trois adolescents n’avaient sûrement pas demandé l’avis de l’héritier d’or avant de prendre cette décision. Faire cela, c’était comme s’ils l’avaient obligé à les reprendre à l’école. Ses parents avaient sans doute préféré qu’il revienne avec trois esclaves que seul.
-Ils ont été formé ?
Elférad secoua la tête :
-Non. Ils sont volontaires, alors mes parents ont estimé qu’ils savaient ce qu’ils avaient à faire.
Qegh connaissait le traitement donné aux personnes destiné à devenir esclaves. Les tortures pour leur faire oublier ce qu’ils avaient été. La jeune fille fut soulagé que les garçons n’aient pas eu à en passer par là. Redi continuait :
-Ils ont été renommé ?
Elférad haussa les épaules. De toute évidence, il n’avait pas envie de parler, mais il répondit néanmoins :
-J’en sais rien. Vide, Néant et… Rien.
Comme Redi ouvrait la bouche pour poser une autre question, Qegh intervint :
-Je crois que l’on devrait rentrer. Il commence à y avoir du vent.
Le groupe rentra dans leur dortoir et Elférad en profita pour s’éclipser. Redi le regarda s’éloigner en faisant la moue :
-Eh bah, il est pas bavard.
-Je crois qu’il a autre chose à penser.
-Oui, mais on est allié au bout d’un moment, il faudra bien qu’il s’en remette qu’on en discute.
Qegh retint un soupir tandis que Redi se remettait en route vers la salle commune :
-Tu crois que c’était quoi ces expériences ?
Qegh fronça les sourcils sous la réflexion :
-Je ne sais pas.
-En tout cas, c’est dégueulasse qu’ils aient le droit de faire ce genre de chose.
Qegh pouffa :
-Si ça se trouve, on a le droit aussi. C’est juste qu’on a jamais essayé.
Redi éclata de rire et Qegh trouva sa réaction exagérée. Les deux héritières s’installèrent dans la salle commune réservée à leur classe, mais pendant que Redi se plongeait dans un livre, Qegh regardait passé l’heure. Elle attendit patiemment une heure, puis, encore trente minutes. Pour être sûr. Enfin, la jeune fille se leva pour rejoindre sa chambre, sans prendre la peine d’en informer son héritière d’or. Dans son sac, elle récupéra un petite appareil qu’elle se glissa dans l’oreille, puis ressortit. L’héritière d’argent retourna sur le lieu de l’explosion. Avant d’entrer dans le bois, elle activa son appareil et ferma les yeux. Qegh put entendre les surveillants qui discutaient au-devant d’elle. De toute évidence, ils faisaient une dernière ronde avant de définitivement abandonner l’endroit. L’héritière d’argent grimpa à un arbre et s’y dissimula en attendant que l’endroit soit définitivement désert. Elle vit des héritiers curieux passer sous son arbre, mais les entendit se faire attraper par les surveillants ensuite. S’ils ne se décident pas à arrêter de se pointer, les surveillants vont continuer à tourner et ça ne va pas m’aider. Cependant, Qegh entendit les surveillants raccompagner les héritiers aux abords des bois après les avoir averti de ne pas revenir et s’éloigner eux-même une fois la voie dégagée. Qegh attendit encore plusieurs minutes. Pour être sûr. Puis, elle sauta au bas de son perchoir. A pas rapides et silencieux, elle avança jusqu’à la clairière où avait eu lieu l’explosion. La jeune fille en fit le tour plusieurs fois, traversant en tous sens sans qu’elle ne trouve ce qu’elle pensait trouver. Finalement, Qegh retourna dans un arbre pour observer le sol de haut et confirmer ce qu’elle avait déjà découvert. Il n’y a pas de cratère. C’est pas possible. Une explosion de cette force, il devrait y avoir quelque chose. Sauf si les Cinq expérimentent une explosion qui n’a pas lieu au sol ?… dans les airs ? Il y aurait eu des résidus par terre quand même… Elle observa de nouveau le sol avec attention, mais ne put rien voir marquant la chute de quelconque objets ou poudre. Qegh s’adossa au tronc et ferma les yeux. Repense à ce qu’il s’est passé.
Elles sortaient du petit-déjeuner lorsqu’elles avaient entendu l’explosion. Elles s’étaient mises à courir dans ce sens, poussaient par la curiosité. Cependant, elles n’étaient pas les premières sur les lieux et les surveillants déjà en place. Malgré tout, Qegh avait pu voir les premiers héritiers arrivaient sur les lieux être interrogés dans la clairière. Il avait sans doute paru évident pour le directeur que ceux-ci avaient plus de chance d’être les coupables de l’événement. Deux avaient particulièrement marqué l’esprit de Qegh. L’un portait un violon à sa ceinture, l’autre une flûte et les deux mettaient tout en œuvre pour garder le directeur sur place. De là où elle était, l’héritière d’argent n’avait pas pu entendre ce qu’ils se disaient, mais à présent que cela lui revenait… ces deux-là étaient louches. Vraiment louches. Mais si on croit ce que le directeur à dit, c’est les Cinq… ou il s’est passé autre chose ? Chez les premiers années ? Qegh n’hésita pas longtemps. Après une dernière vérification de la clairière, pour être sûr, elle partit à la recherche des premiers années. Cela ne la dérangeait pas tellement de ne rien avoir trouver concernant l’explosion pour l’instant. Il lui faudrait sans doute s’attarder sur les Cinq à un moment ou un autre, mais elle rechignait toujours à le faire. Pour l’instant, m’intéresser aux premiers années me fait une bonne diversion. Le truc, en plus, c’est que je ne sais pas combien d’espion sont actuellement en train d’espionner les Cinq… il en faut bien pour s’occuper d’autre chose. Elle fit tous les bâtiments de fond en comble sans les trouver. C’est pas vrai, ils sont quand même pas dehors avec ce froid… si ? Sans trop y croire, l’héritière d’argent fit le tour des jardins et des cours avant de les découvrir assis à même le sol près du bâtiment d’accueil. C’est une blague. Qegh soupira, résolut à rester malgré le temps. Elle s’approcha autant qu’elle pouvait se le permettre, s’assit au pied d’un arbre, hors de vue des garçons, actionna son appareil et ferma les yeux :
-… le compte est bon. Tu crois qu’on aurait dû demander plus ?
-On devra tenter la prochaine fois.
Qegh fronça les sourcils. Aiguë pour une voix de garçon.
-On s’en sort mieux qu’on le pensait.
-Pas sûr.
-Pourquoi ?
-Un pressentiment.
Qegh entendit l’héritier d’or se relever :
-C’est pas bon, ça. C’est à cause du gars en jupe ?
-Son héritière d’argent. Elle a eut l’air surprise quand on a donné le montant.
-C’était énorme.
-Justement non. Je crois qu’elle s’attendait à plus.
Qegh se redressa en coupant son appareil. Indilk ? A moins qu’un autre garçon ne porte des jupes. Elle se dirigea vers les premiers années :
-Excusez-moi.
L’héritier d’argent se leva d’un bond et son héritier d’or s’approcha de lui pour faire face à la jeune fille. Qegh demanda avec un sourire avenant :
-Hey, Indilk m’a dit que vous étiez sur le lieu de l’explosion, c’est vrai ?
Les premiers années continuèrent de l’observer avec méfiance. Qegh les observa avec attention, mais ne nota aucune réaction qui trahissait qu’ils connaissaient Indilk. Soit ce n’était pas Indilk, soit il a donné un faux nom. Elle joua la perplexité :
-Vous n’y étiez pas ?
L’héritier d’or hocha la tête :
-Si, pourquoi ?
Elle soupira de soulagement :
-J’ai eu peur qu’il se soit encore foutu de ma gueule. Mais du coup, c’était comment ? Vous avez vu le cratère ? Il paraît que c’est les Cinq qui ont fait ça. Vous avez vu les deux autres explosions aussi ?
L’héritier d’or fronça les sourcils :
-Pourquoi ça t’intéresse ?
Qegh prit une expression fascinée :
-J’adore les explosions. Mais les surveillants nous ont empêché d’approcher. Mais Indilk…
-C’est qui ce Indilk ?
Qegh eut l’air surprise :
-Bah Indilk... je pensais que vous le connaissiez vu qu’il m’a dit…
-On le connaît pas. C’est qui ?
-Un héritier d’or en jupe, qui porte du vernis, les yeux totalement noirs. Son blason est un renard en pleine course.
L’héritier d’argent murmura à l’oreille de son ami qui demanda :
-Il a dit quoi exactement ?
Qegh avait noté la crispation, le souffle retenu. C’était bien Indilk ?
-Qu’il savait que deux premiers années de sa connaissance avaient pu se rendre sur les lieux. L’héritier d’or avec un violon et l’héritier d’argent avec une flûte.
Les garçons s’entre-regardèrent avant de s’entretenir à voix basse. Finalement, l’héritier d’or annonça de but en blanc :
-OK, salut.
Qegh fut prise au dépourvu, mais n’oublia pas de terminer son rôle :
-Mais attendez ! Vous ne m’avez pas parlé des explosions !
Ils l’ignorèrent ce qui permit à la jeune fille de repartir sans se soucier d’eux, vers les dortoirs. Sortant un livre de son sac, elle actionna son appareil, s’installa au bas des marches du dortoir et se décontracta en attendant. Qegh ne pouvait pas vraiment distinguer les discussions dans les chambres, mais elle avait reconnu les voix d’Indilk et Matharia. Il y a quelqu’un avec eux. Malgré sa concentration, la jeune fille ne réussit pas à reconnaître la voix.
Il lui fallut attendre deux bonnes heures à observer discrètement les allées et venues avant que le trio ne sorte de la chambre. Lorsqu’elle vit passer le propriétaire de la voix inconnues, Qegh eut le souffle coupé. Le Troisième ? Qu’est-ce qu’il fout avec le Troisième ? Oh, mais il est dans l’union… attends, non, c’est Elférad… Qegh prit le temps de se souvenir de la rumeur qui avait couru à la fin de l’année dernière. Non, c’était bien Elférad… mais alors, comment Indilk s’est retrouvé avec le Troisième ? Le trio ne prononçait pas un mot en marchant ce qui empêcha Qegh d’en savoir plus. Elle hésita un instant à les suivre, mais y renonça, doutant que le Troisième ne s’y laisse prendre. Bon, je verrais ce soir. Qegh alla retrouver son héritière d’or qui discutait avec des amies de son ancienne classe et l’accompagna pour le reste de la journée.
A la nuit tombée, Qegh attendit une bonne heure après la fermeture des portes avant de se préparer. Installée sous ses couvertures, Redi leva les yeux de son livre :
-Tu y vas déjà ?
Qegh enfila une veste sans blason ni broderie :
-Oui. On ne sait jamais.
-Tu crois vraiment qu’il peut y avoir quelque chose d’intéressant dès le premier soir ?
-Je ne le saurai pas si je n’y vais pas.
L’héritière d’argent se gardait bien de faire par de ses découvertes à la jeune fille. Après avoir replacé l’appareil dans son oreille, Qegh passa un fin collier de métal autour de son cou. Celui-ci s’étendit par couche pour recouvrir toute sa tête. Après avoir vérifié qu’aucun cheveux ne dépassés, elle enfila des gants noirs au contact glacé, puis se dirigea vers la porte :
-Souhaite-moi bonne chance.
-Bonne chance.
Redi ne prit pas la peine de lever le regard de son livre pendant que Qegh manipulait le mécanisme de la serrure. Une fois que la porte s’ouvrit, l’héritière d’argent attendit d’être sûr qu’il n’y avait personne dans les environs avant de sortir. Elle veilla à reverrouiller la chambre avant de partir.
Plus la jeune fille approchait de l’arbre aux espions, plus elle discernait la présence d’autres adolescents. Qegh tendit le bras vers le sol. En présence du métal qui y était caché, la zone protégée ouvrit un passage lui permettant d’accéder à l’arbre. L’énorme machine en forme de chêne contenait des milliers de cachette dans son tronc. Invisibles à ceux qui n’étaient pas dans la zone, les espions tournaient à la recherche d’une mission intéressante.
Qegh se dirigea vers une porte dissimulée dans le tronc. Elle y posa la main et l’entrée se dégagea. Celle-ci laissait voir une cache contenant de grands livres et des stylos. Qegh saisit celui qui était posé au centre. En l’ouvrant, elle lut ce qui était inscrit. Ce qui ne tenait pas à grand-chose, puisque cela contenait les informations diverses recueillit depuis le début de l’année. Deux espions avaient déjà écrit ce qu’ils avaient relevé concernant les explosions. Comme elle, ils avaient eu connaissance de l’absence de cratère et que les Cinq en étaient la cause. Cependant, un autre esion avait ajouté qu’il avait surpris la discussion entre le Troisième et le directeur, près du bureau de celui-ci. Ce qui interpella Qegh fut qu’il était précisé que Onfionne était accompagné d’une héritière d’argent. A la description du blason, Qegh sut qu’il s’agissait de Matharia. Si elle l’accompagnait déjà, cela veut dire qu’’Indilk et elle sont au courant des expériences ? Mais pourquoi les premiers années alors ? Clairement, ils essayaient d’empêcher le directeur de partir à ce moment-là… mais pourquoi le garder sur les lieux de l’explosion ? Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu faire en sorte qu’il n’en approche pas justement ? En relisant ce qui était marqué, elle vit qu’Onfionne avait également cherché à faire revenir le directeur dans les bois. … une diversion ? Pourquoi ? Ils étaient près de son bureau, cela veut dire que le directeur voulait rentrer, l’incident était clos ? Ils l’ont fait repartir pour ne pas qu’il entre dans son bureau ? Qegh relut encore une fois pour être certaine d’avoir tout enregistré, puis elle prit un stylo pour ajouter que le Troisième semblait impliqué avec un garçon de sa classe et que celui-ci avait soudoyé des premiers années pour un but encore obscur. Tandis qu’elle écrivait, l’héritière d’argent ‘empêcher de ruminer. Les Cinq font des expériences, Indilk paye des premiers années puis traîne avec le Troisième ?… il s’est passé autre chose ou c’est moi ? Dans le bureau ?. Il est de mèche avec les Cinq ou juste le Troisième ? Comment il s’est retrouvé avec le Troisième ? Je tourne en rond là, non ? Qegh se secoua en renonçant à y réfléchir de peur de s’embrouiller, rangea livre et crayon et ferma la porte.
Qegh se décida à jeter un œil aux missions. Elle s’étonna de voir qu’il y avait déjà au moins six espions présents et déjà une vingtaine de cachette marquaient utilisé par une petite lumière rouge. L’adolescente en choisit une au hasard et y posa sa main gantée. La lampe passa au vert et s’ouvrit. L’héritière d’argent se saisit du papier pour le lire. Elle secoua la tête en lisant une demande de renseignement. La jeune fille éprouvait rarement de l’intérêt pour les missions qui ne concernait pas sa classe. Qegh allait replacer le papier quand un garçon lui tapota l’épaule. Il lui signa la phrase demandant le contenu du papier. Qegh lui répondit de la même manière. Bien que le masque modifié leurs voix, les espions préféraient généralement parler par signes. L’adolescent se montra intéressé, alors elle lui donna la mission et retourna à sa recherche.
La jeune fille cherchait quelque chose en particulier, mais elle ne trouva rien qui y fasse allusion. Elle enregistrait tout de même les blasons, noms et clans fourni dans les notes car il était essentiel d’essayer d’avoir une vue générale des relations entre les héritiers. Cette fois-ci, elle ne s’attarda pas.
Quand Qegh rejoignit sa chambre, Redi ne dormait toujours pas. L’héritière d’or ne fut pas vraiment étonnée de la voir revenir si tôt :
-Il n’y avait pas grand-chose ?
Qegh retira veste, masque et gants :
-Non, pas tellement.
Redi se redressa sur un coude :
-Vraiment ? Même pas sur l’explosion ?
Après avoir rangé ses affaires dans une poche cachée d’une de ses valise, l’héritière d’argent se dirigea vers la salle de bain :
-Non, rien.
Redi se recoucha, déçue :
-Oh. Tu cherchais quelque chose en particulier ?
Qegh reparut en pyjama et alla se coucher :
-Je cherchais s’il y avait une mission nous concernant. Après ce qu’il s’est passé en fin d’année.
Redi éteignit sa lampe de chevet :
-Il n’y a pas de preuve. Te prends pas la tête.
Qegh fixa le plafond dans l’obscurité :
-Je ne crois pas que ça le retiendra bien longtemps.
-Je crois que si.
Réalisant qu’il ne servait à rien de continuer cette discussion, l’héritière d’argent resta silencieuse jusqu’à ce qu’elle s’endormit.
Les jours qui suivirent tendirent à lui faire croire que Redi avait raison. C’était le calme plat. Aucune mission ne semblait liée à son clan. Malgré tout, Qegh resta sur ses gardes. Il lui paraissait impossible que leur action de l’année précédente n’ait aucune retombé.
Finalement, cela arriva un début d’après-midi, alors que la classe se rassemblait peu à peu devant la salle, après le repas. Qegh baillait à s’en décrocher la mâchoire quand elle vit Cyrastès débouler dans le couloir. Ah, voilà. Je le savais. L’adolescent approchait d’un pas furieux vers la classe et, sitôt qu’il aperçut Redi, cracha :
-Approche, sale pute.
Qegh se plaça devant son héritière d’or, scrutant le jeune homme. Poing serré. Cous de poing ? Le garçon arma son bras. Gagné. Elle donna une forte frappe sur le bras pour le dévier de sa trajectoire. La jeune fille utilisa le tranchant de son autre main pour viser la gorge de l’héritier d’or. Celui-ci se baissa pour l’éviter, mais elle revint au moment où il se redressait. Cyrastès réussit à saisir le bras avant que la main ne touche sa mâchoire.
Le jeune homme n’esquissa aucune autre attaque, se contentant de tenir le bras, en regardant par-dessus l’épaule de Qegh. Celle-ci ne fit pas le moindre mouvement pour voir ce qui l’avait interpellé. C’est peut-être une feinte. Elle resta concentrée sur l’attitude du garçon, prête à discerner la moindre tension des muscles qui présagerait une nouvelle attaque.
-Je veux juste lui parler.
Il ne s’adressait pas à l’héritière d’argent, mais bien à quelqu’un derrière elle. C’est Elférad qui prit la parole :
-D’où l’attaque ?
Cyrastès baissa les yeux sur Qegh. Ils se jaugèrent une seconde, puis, réalisant que l’autre n’avait pas l’intention de feinter, ils s’écartèrent. Elférad et ses esclaves s’étaient rapprochés de Redi. Cyrastès s’adressa à l’héritier d’or :
-Je n’ai rien contre toi. C’est elle mon problème.
Elférad pencha la tête sur le côté :
-Nos clans sont alliés, donc tu comprends que je ne peux pas tellement laissé passer ça. Sauf si Redi me dit de ne pas m’en mêler, bien évidemment.
Il se tourna vers la jeune fille qui ne quittait pas Cyrastès du regard. Celui-ci lâcha :
-Elle a tué ma fiancée. C’est un motif suffisant pour un coup de poing, tu ne crois pas ?
Redi intervint :
-Je n’ai tué personne.
-Je veux un duel.
L’héritière d’or insista :
-Je n’ai tué personne.
Le regard d’Elférad passait de l’un à l’autre, attendant pour agir. Qegh était restée devant son amie, prête à bloquer de nouveau l’adolescent en cas de besoin. Si le garçon avait pu retrouver un minimum de calme avec l’apparition d’Elférad, il tremblait maintenant de rage :
-Je sais que c’est toi. Elle m’avait raconté les tensions entre vous, tout au long de l’année.
Elférad fronça les sourcils :
-Et tu n’agis que maintenant ?
Cyrastès fusillait Redi du regard :
-Parce que je n’ai pas de preuve.
L’héritière d’or eut un sourire mesquin :
-Alors…
Il la coupa de suite en criant :
-On m’accuse de l’avoir tué !
Redi prit un air moqueur :
-C’est peut-être le cas, qu’est-ce qu’on en sait ?
Qegh leva les yeux au ciel. Son héritière d’or n’était pas du genre à remuer le couteau dans la plaie. Son truc s’était plutôt de le retirer pour le replanter et creuser autant que possible. Comme Cyrastès avançait sur elle, Qegh et Elférad le bloquèrent. Celui-ci demanda :
-Tu ne veux pas expliquer la situation ? Si ça se trouve, on peut trouver une entente.
Cyrastès se redressa pour répondre d’un ton faussement calme et moqueur :
-Mais bien sûr, elle n’a qu’à avouer le meurtre pour m’innocenter.
Elférad se tourna vers Redi qui sourit avant de répondre :
-Je ne sais pas…
Devinant où cela aller en venir, Qegh lui donna un léger coup de coude dans le ventre. L’héritière d’or encaissa en essayant de reprendre son sérieux :
-Bien sûr que l’on peut en discuter.
Cyrastès ricana :
-Tu te fous déjà de ma gueule.
Elférad fit remarquer :
-Vu que tu n’as aucune preuve de sa culpabilité, on peut partir du principe qu’elle est innocente.
-C’est la seule qui avait une raison de la tuer.
L’héritier du clan Juéllit en profita pour demander :
-Alors, justement. Est-ce que tu peux revenir à l’origine de toute l’histoire ?
-Leurs clans étaient ennemis. Elles se sont cherchées toute l’année, si bien qu’à la fin, ma fiancée a décidé de chercher un moyen de la tuer.
Elférad fit doucement remarqué :
-Si elle l’a tué en légitime défense…
Cyrastès l’arrêta d’un geste impératif de la main :
-Elle n’a pas eu le temps de mettre son plan à l’œuvre…
Elférad le coupa à son tour :
-Mais si Redi a eu vent de ce plan, tu ne peux pas lui en vouloir d’avoir essayé de l’avorter avant exécution.
L’héritière d’or ne put s’empêcher de lever la main pour qu’on lui prête attention :
-Par contre, je n’ai tué personne. Je ne sais pas si ça vous intéresse, mais j’ai le sentiment que ça peut être important.
Cyrastès grinça des dents :
-Ce n’est pas le problème. On m’a convoqué tout à l’heure. Le directeur m’a informé qu’on m’accusait de son meurtre. J’ai quelques jours pour prouver mon innocence.
Elférad croisa les bras :
-Donc, tu veux un duel.
-Si je l’emporte, Redi doit avouer.
La jeune fille leva la main :
-Alors, par contre, je veux bien. Mais je n’ai tué personne. Je n’ai rien à avouer.
Cyrastès lui jeta un regard noir :
-Arrête de te foutre pas de ma gueule.
Qegh ne tenait pas à intervenir dans une discussion entre trois héritiers d’or, mais elle soutenait Elférad de toutes ses pensées. Si quelqu’un peut éviter que la situation ne s’envenime, c’est lui. Dans le même temps, elle suppliait Redi de se taire.
-Qui t’as accusé de l’avoir tué ?
Cyrastès soupira d’exaspération, mettant les mains dans ses poches avant de répondre à Elférad :
-Je l’ignore. Pour commencer, je veux prouver mon innocence afin d’éviter de me faire virer.
-Peut-être que tu devrais commencer par ça au contraire. Parce que si tu perds le duel, qu’est-ce qu’il se passe ?
Redi se pencha en avant :
-Il faudra que tu avoue l’avoir tué.
Qegh s’efforça de respirer calmement. L’héritière d’argent ignorait si cela venait du masque ou de la fureur, mais l’œil droit de Cyrastès semblait particulièrement brillant. Elférad opinait de la tête :
-Elle n’a pas tort. Tu pourrais très bien être coupable, pour autant que je sache.
Non, Elférad, là, ça n’aide pas. Qegh chercha du regard un soutien extérieur, mais la majorité de leur camarade ne leur prêté pas attention. Ceux qui semblait montrer un peu d’intérêt ne voyait clairement pas de nécessité à intervenir. Elle allait abandonner quand elle aperçut Meb. Pour le coup, celui-ci semblait fasciné par le spectacle. Pourquoi ? La jeune fille se retint de s’envoyer une baffe. Évidemment, idiote, ils sont ennemis. Un allié potentiel de plus pour son héritière d’or. L’information ne lui était venu que tardivement l’année dernière et elle n’avait pas eu le temps d’en faire quoique ce soit. Entre temps, elle n’y avait plus pensé. Mais bon, là, je ne peux pas lui demander d’intervenir de but en blanc. Je me souviens qu’il n’apprécie pas tellement qu’on l’implique dans des histoires.
Cyrastès n’avait clairement pas remarquer la présence du jeune homme qui se tenait en retrait. S’il savait qu’il était là, peut-être qu’il se sentirait cerné et partirait. Qegh leva les yeux sur l’héritier d’or pour le jauger. Non, je ne pense pas que ça suffira, mais ça lui mettrait un coup de pression. Pendant ce temps-là, Elférad avait reprit :
-Il doit bien y avoir un autre moyen de prouver ton innocence. Des témoins, des amis… ?
Il fixa un regard interrogateur sur le garçon à demi-masqué qui se perdit dans ses réflexions. Qegh se mordilla la lèvre un moment avant de se décider à agir. Désolé Meb, mais nécessité fait loi. Faisant comme si elle venait juste de remarquer la présence des héritiers du clan Evarla, l’adolescente sourit en leur faisant un signe de la main :
-Hey, Citseko, tu reprends le combat au couteau cette année ? On pourra à nouveau s’entraîner ensemble.
Les trois héritiers d’or se tournèrent vers le duo. Meb jeta un regard désapprobateur à son héritier d’argent comme si cela avait été de sa faute qu’on les remarque. Fidèle à lui-même, Citseko se tenait un pas en arrière. Il s’inclina profondément pour saluer les héritiers d’or, puis se tint silencieux, les yeux au sol.
-J’ai un témoin.
Qegh fronça les sourcils en entendant Cyrastès. Vraiment ? Le jeune homme s’avançait déjà vers Meb.
-J’aimerais t’emprunter Météore. Il était là lorsque ma fiancée a tenté de me convaincre de rejoindre son plan.
Meb était de marbre :
-Et alors ?
-Il peut témoigner que j’étais contre l’idée. Il peut aussi raconter comment j’étais après sa mort.
Qegh suivait la discussion avec attention tout comme Redi et Elférad. Meb répondit froidement :
-Cela n’a rien à voir avec nous. Débrouille-toi sans lui.
Cyrastès gardait son calme :
-Meb, il ne s’agit pas de nos clans là. Il peut prouver mon innocence.
-J’en ai rien à faire.
Le regard de Cyrastès s’égara un instant vers Citseko, mais revint aussitôt sur Meb. Merde, s’il s’était directement adressé à Citseko, on pouvait être sur que Meb aurait pété un plomb. Au lieu de cela, les deux adolescents montraient une parfaite maîtrise d’eux-même. Qegh gronda de frustration. Une démonstration plus explosive, un comportement plus effronté de Cyrastès, lui aurait permis de lancer l’idée d’une alliance. Cependant, s’ils ne se montraient pas plus agressif, la menace n’étant pas flagrante, Meb ne penserait pas nécessaire d’avoir de nouveaux alliés.
-Vraiment ? Tu vas laisser un innocent se faire virer ?
-On a qu’à demander à Citseko ce qu’il en pense.
Ils se tournèrent vers l’héritier d’argent qui releva la tête. Il croisa le regard de Cyrastès le temps de suggérer :
-Tu devrais trouver quelqu’un d’autre. Je suis sûr de ne pas être le seul témoin.
Qegh tilta trouvant la formulation étrange. T’es peut-être juste parano… vu que personne ne réagit, ce doit être ça. Dans tous les cas, Cyrastès fit un pas en arrière, comprenant qu’il ne servait à rien d’insister. Meb avait l’air satisfait de la réponse de son héritier d’argent.
Cependant, lorsque Cyrastès se détourna pour partir, Qegh crut bien qu’il ralentissait un peu en passant devant Nsoah. Ils se connaissent ? Elle fouilla dans sa mémoire sans se souvenir de les avoir déjà vu ensemble. Redi passant soudain près d’elle, retint son attention. Qegh lui attrapa le bras à temps alors qu’elle s’avançait vers Meb :
-Qu’est-ce que tu fais ?
L’héritière d’or lui sourit :
-Je vais nous faire un nouvel allié en deux temps trois mouvements, regarde ça.
Qegh resserra son emprise comme elle essayait encore de le rejoindre.
-Non, c’est pas un bon plan.
Redi fronça les sourcils :
-Pourquoi pas ? Vu les circonstances, il devrait être assez facile à convaincre.
L’héritière d’argent ricana :
-Non, crois-moi. Il n’est pas du genre à se mêler des histoires des autres et, pour l’instant, la seule chose qu’il sait de toi, c’est que tu vas lui apporter des problèmes.
-C’est l’occasion de lui montrer qu’il a tort.
Qegh ne la lâcha pas.
-Attendons de voir si le problème Cyrastès se règle. Il sera plus disposé à parler après, crois-moi.
Redi hésita encore un temps et Qegh fut soulagée de voir arriver leur enseignant, mettant un terme à la situation. Comme elles s’installaient en classe, son héritière d’or lui glissa à l’oreille :
-Garde un œil sur Cyrastès. Je veux savoir s’il réussira à s’innocenter.
Qegh hocha la tête en ajoutant :
-Je joue le drapeau blanc ? Je l’aide en le surveillant.
-M’étonnerais qu’il accepte, mais tu peux tenter. Faire preuve de bonne volonté peut détourner les soupçons.
C’est ce que je pense aussi. La jeune fille passa les heures de cours à se demander comment découvrir le numéro de chambre ou la classe de Cyrastès. Refusant à gambader au hasard ou d’attendre la nuit pour contacter les autres espions, elle devait trouver un moyen sûr et rapide. Qegh rêvassait en mordillant son crayon quand son regard tomba sur Nsoah. Pourquoi il a ralenti ? Est-ce qu’ils se connaissent vraiment ? L’héritière d’argent lâcha son crayon quand la lumière se fit dans son esprit. Citseko était dans la chambre de Nsoah l’année dernière. Cyrastès a dû le rencontrer à cette époque-là. Et s’ils traînaient ensemble, Nsoah est peut-être le témoin dont il parlait. Les yeux verrons de Qegh se dirigèrent alors vers Citseko, comprenant que la formulation étrange n’était qu’un moyen pour l’héritier d’argent de rappeler à Cyrastès que Nsoah pouvait l’aider. Le petit sacripant. Qegh sourit en découvrant Citseko sous un nouveau jour. Me rapprocher de lui pourrait être intéressant. Surtout si on doit convaincre Meb de s’allier à nous ensuite.
Quelques minutes avant la sonnerie, Qegh rangea discrètement ses affaires afin de ne pas perdre de temps une fois le cours fini. Nsoah n’eut pas le temps d’atteindre le couloir que l’héritière d’argent l’avait déjà rejoint :
-Salut.
Le grand garçon eut un mouvement de recul avant de répondre, les yeux au sol :
-Salut.
-Qu’est-ce que tu veux ?
Tahiya poussa son cousin dehors en posant la question. Qegh sourit :
-Je voulais discuter. En fait, j’ai une question à poser.
-Cool.
Les deux adolescents s’éloignaient déjà quand Qegh réalisa que Tahiya l’avait complètement ignoré. Sans se démonter, l’héritière d’argent leur courut après :
-Attendez moi. J’ai juste une question.
Elle marcha à leur hauteur avec difficulté, dû aux grandes enjambées des cousins.
-Nsoah. Tu connais Cyrastès ?
L’héritier d’argent eut un sourire :
-Je l’aime bien.
-Tu le connais alors ?
Tahiya lui saisit l’épaule pour l’écarter du garçon :
-Qu’est-ce que ça peut te faire ?
Qegh se laissa faire, sachant qu’il ne valait mieux pas se mettre l’héritière d’or sur le dos :
-En fait, j’aurais besoin d’aide.
-C’est dommage.
-Vous ne voulez pas savoir pourquoi ?
Tahiya répliqua mystérieusement :
-Il n’aime pas tes couleurs.
-Quoi ?
Ils accélérèrent encore le pas et Qegh choisit de les laisser partir. Pousser encore n’aurait fait que lui attirer l’animosité de l’héritière d’or. Passons à la suite alors. La jeune fille se rendit dans la cours. Si les choses n’ont pas trop changé, il devrait être… sur le terrain arrangé pour les jeux, elle ne tarda pas à retrouver Meb accompagné de ses amis. Citseko était assis au sol, au bordure du terrain, pour faire ses devoirs. Qegh vint s’asseoir près de lui :
-Tu fais quoi ?
L’adolescent lui montra la couverture de son livre.
-Politique. C’est un exercice facile ? J’ai même pas encore regardé.
Elle sortit ses affaires et regarda la liste des devoirs :
-Je pourrais t’emprunter ton livre après ?
En levant la tête, l’héritière d’argent vit le regard tricolore qui la scrutait :
-Qu’est-ce qu’il y a ?
Finalement, Citseko eut un demi-sourire :
-Rien.
Il plaça le livre entre eux. Il se doute de quelque chose. Pendant un temps, elle travailla sérieusement, puis, la jeune fille fit remarquer :
-Il joue combien de temps exactement ?
-Pardon ?
-Meb. Il compte commencer ses devoirs quand ?
Citseko montra le cahier :
-Je lui commence. Ça ira.
Qegh en resta bouche bée :
-T’es sérieux ?
Le garçon opina du chef :
-Bien sûr, pourquoi ?
-Pas moyen que je me tape les devoirs de Redi. Ça va pas, non ?
Citseko eut un demi-sourire :
-Vraiment ? Même pas si ça l’aide ?
Elle considéra la chose pendant cinq secondes :
-Non, sûrement pas.
-Même pas si elle te l’ordonne ?
Citseko quitta son cahier des yeux pour dévisager Qegh qui ne savait que répondre. Au final, elle lâcha :
-Non, je ne crois pas. En même temps, je ne vois pas pourquoi elle me le demanderait.
L’héritier d’argent eut un nouveau demi-sourire et retourna à ses devoirs. Cependant, il demanda doucement :
-Dis, concernant Cyrastès…
Qegh se retint de sourire et prit un air de curiosité :
-Oui ?
Le garçon releva la tête :
-Est-ce que ton héritière d’or a vraiment tué sa fiancée ?
-Non, c’est pas elle. Ils sont alliés depuis longtemps ?
Elle a engagé quelqu’un pour le faire. Citseko tourna la tête dans la direction de Meb et ses trois amis, mais il ne répondit pas et répliqua à la place :
-Il ne voudra pas être allié avec vous.
-Pourquoi pas ?
Citseko ne répondit pas. Pourtant, notant son air triste, Qegh demanda avec une sincère inquiétude :
-Je suis désolée de me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais il y a quelque chose qui ne va pas entre vous ?
L’héritier d’argent baissa les yeux, poussant la jeune fille à insister :
-C’est par rapport à l’année dernière ? Parce que tu parlais à Cyrastès ?
Il hocha la tête :
-Je l’ai trahi.
Lui ?! Pas possible.
-Tu lui as révélé des choses importantes à Cyrastès ?!
Citseko fut choqué :
-Quoi ? Non, bien sûr que non !
Qegh se défendit :
-Excuse-moi, mais tu viens de dire que tu l’avais trahi.
-Oui, j’ai parlé à Cyrastès alors qu’il me l’avait interdit.
L’héritière d’argent resta bouche bée un instant avant de se ressaisir :
-Et ?
-Et quoi ?
-Bah, c’est tout ? Il fait la gueule parce que t’as pas été sage ?
Citseko garda son sérieux :
-Il a été puni à cause de ça.
-Puni comment ?
-Il aurait voulu un autre héritier d’argent. Mais ses parents l’ont obligé à me reprendre pour montrer qu’il peut me contrôler.
Qegh soupira :
-En même temps, pourquoi tu as tout raconté à ses parents.
Citseko se défendit :
-Non, non, je n’ai rien dis.
La jeune fille ne suivait plus :
-Si tu n’as rien dis, comment ses parents ont su que tu avais parlé à Cyrastès ?
L’héritier d’argent serra les lèvres. Cela permit à Qegh de deviner la suite :
-Meb l’a dit à ses parents ? Il va pas bien ? Il s’est plombé tout seul.
Citseko planta son regard dans le sien :
-Ce ne serait pas arrivé si je n’avait pas parlé à Cyrastès.
L’héritière d’argent n’était pas d’accord. Bien sûr, Citseko avait désobéi, mais de là à parler de trahison… Qegh le croyait sans difficulté lorsqu’il disait n’avoir rien partager de compromettant avec Cyrastès.
-Non, mais sérieusement, pourquoi il a tout raconté à ses parents ?
Citseko garda le silence lui faisant comprendre qu’elle en demandé trop. Qegh frissonna et estimant qu’elle n’obtiendrait rien de plus, la jeune fille se leva après avoir rangé ses affaires :
-Bon, je vais rentré. Il commence à faire froid. Salut.
-Salut.
La nuit venue, Qegh se rendit à l’arbre aux espions, à la recherche d’une quelconque menace qui pourrait peser sur son clan. Cyrastès avait certainement les moyens d’engager un espion. Surtout s’il est maintenant accusé de meurtre. Il va mettre les bouchées double. Pour lui venir en aide, l’adolescente s’était décidée à rechercher la personne qui l’avait accusé. Elle avait passé la journée à réfléchir à l’identité de cette personne et la seule idée qui lui était venu à l’esprit ne lui plaisait guère.
Qegh navigua entre les différents espions et les billets dissimulés dans le tronc. Personne n’avait d’informations sur Cyrastès ou ses agissements. Bon, il ne semble pas avoir prit de mesure pour l’instant. Passons au coupable. Elle s’arrêta devant la porte cachée pour accéder aux livres d’informations. La jeune fille lut avec plus d’attention le début de celui de cette nouvelle année. C’est ainsi qu’elle put découvrir qu’une héritière d’or portant le blason de son clan s’était rendu dans le bureau du directeur. Merde, j’avais raison.
Qegh retourna dans sa chambre, veilla à verrouiller de nouveau la porte, rangea masque et gants et réveilla brutalement son héritière d’or :
-Tu as dénoncé Cyrastès.
-Quoi ?
Les yeux à peine ouverts, Redi la dévisageait sans comprendre.
-Tu as dit au directeur que Cyrastès avait tué sa fiancée.
Sans paniqué, la jeune fille s’étira et se redressa :
-C’est quoi le problème ?
-Le problème c’est que les choses s’étaient calmées et que tu ravives le feu.
-Qegh, réfléchis.
Le ton employé lui hérissa le poil, mais l’espionne choisit d’attendre la suite.
-Cyrastès allait enquêter de toute façon. Il fallait bine le bloquer. Là, je pense qu’il va être occupé un moment.
Qegh n’en croyait pas ses oreilles :
-Mais il n’aurait rien trouvé.
-Que tu crois. Rien ne le prouve.
-Combien même il y avait forcément un autre moyen. Là, tu le rediriges vers nous.
Redi commença à s’énerver :
-Oh, t’aurais préféré que je dise que c’était toi ?
-J’aurais préféré que tu ne dises rien du tout. Tu crois que le directeur va soupçonner qui, une fois que Cyrastès aura prouvé son innocence ?
L’héritière d’or haussa les épaules.
-Il va soupçonner la personne qui l’a accusé un beau matin, comme ça.
Redi la fusilla du regard :
-Eh bin je compte sur toi dans ce cas.
Une flopée d’arguments lui traversa l’esprit, mais elle savait que son héritière d’or n’était plus disposée à la discussion. D’ailleurs, celle-ci se recoucha pour se rendormir.
Le lendemain, Qegh patienta jusqu’au moment du petit-déjeuner pour relancer le sujet. Avec plus de calme et de tact, elle relança la discussion :
-Tu voulais faire quoi exactement en allant dénoncer Cyrastès ?
Redi sourit, satisfaite qu’on lui donne l’occasion de s’expliquer :
-Je voulais l’occuper le temps que l’on trouve de nouveaux alliés. Il aurait continué à enquêter sur le meurtre de sa fiancée de toute façon, ce qui l’aurait mené à nous à un moment ou un autre.
Il va surtout finir par se douter que c’est toi qui l’a accusé et après ça, on sera vraiment dans la merde. Le laisser galérer à trouver un coupable nous aurait laissé plus de temps. Cette fois, elle se garda de partager ses arguments. Après un hochement de tête, Qegh recommença à manger son petit-déjeuner. Cependant, elle commença à réfléchir sur la suite des événements. Une alliance avec Meb lui paraissait le plus évident et le plus urgent. Mais maintenant qu’il a vu qu’on était en brouille direct avec Cyrastès, il ne voudra pas s’en mêler… encore un point en moins pour ton plan, Redi. Elle finit par conclure que le seul moyen pour que Meb réagisse était de faire en sorte de raviver son animosité contre Cyrastès. Le moyen le plus évident pour ça, c’est Citseko. S’il recommence à côtoyer Cyrastès, Meb sera obligé d’intervenir pour faire ses preuves à ses parents. Et là, une nouvelle alliance lui paraîtra sans doute un grand avantage… mais il faut qu’on se fasse oublié en attendant.
Qegh se reconcentra sur les explosions. Les autres espions ne semblaient pas y avoir attaché trop d’importance, ce qui pouvait s’expliquer simplement par le fait qu’ils évitaient de se mêler des affaires des Cinq. Qegh, elle-même, aurait, en temps normal, également regardé ailleurs, seulement, l’implication d’Indilk la rendait curieuse. Seulement, elle ignorait comment s’y prendre pour enquêter sur les Cinq.
A la nuit tombée, elle s’équipa et se rendit dans le dortoir des troisième années. J’y suis… je fais quoi maintenant ? Tout en réfléchissant, Qegh grimpa les marches en actionnant son oreillette. A chaque étage, elle chercha à entendre s’il se passait quelque chose d’intéressant dans les chambres des Cinq. Sans surprise, l’espionne ne perçut rien que des respirations apaisées et quelques ronflements.
C’est au dernier étage que l’inattendu arriva. Malgré son appareil, Qegh ne perçut rien venant de la chambre du Premier. Elle patienta pour être sûr de ne pas se tromper, puis décida d’avancer vers la porte avec précaution. Même l’oreille collé contre le bois, rien ne lui parvint. Là c’est… Qegh leva soudain les yeux en entendant un léger bruit venant de sous le toit. Il doit y avoir l’ancien étage des héritiers d’argent comme dans les dortoirs de première année. Elle passa son regard de la porte au plafond. Le Premier serait en haut ? Plus silencieuse qu’une ombre, Qegh actionna la vision nocturne de son masque et commença à monter. La vieille porte était ouverte. Je monte ? Et je fais quoi si je tombe sur lui ?… c’est aussi l’occasion d’en savoir lus sur les Cinq. Faisant confiance à sa discrétion, l’espionne entra dans le vieux couloir.
Plus aucun son ne lui parvenait, alors elle commença à explorer les différentes chambres dans le silence le plus total. Elle entrait dans une nouvelle pièce quand il lui sembla entendre quelque chose. Ne bougeant plus, s’assurant que son oreillette était au maximum, elle ne put discerner le moindre bruit. Il est forcément dans le coin. Qegh resta immobile encore un peu, pour être sûr, puis elle se redressa et se dirigea doucement vers la porte de la pièce qu’elle avait laissé entrouverte. Il n’y a vraiment rien ? L’espionne recula d’un pas lorsqu’un frisson la parcourut soudainement. On t’observe. Son cœur manqua un battement en voyant la porte s’ouvrir en grand.
Une ombre se tenait là, dans l’embrasure. Paralysée par la surprise, Qegh se trouva incapable d’agir. L’être fit calmement un pas dans la pièce, puis un deuxième. Bouge avant qu’il ne soit trop proche. Sentant qu’elle reprenait possession de son corps, la jeune fille attendit qu’il s’approche encore, qu’il s’éloigne encore de la porte. Grâce à sa vision nocturne, la jeune fille savait qu’il s’agissait d’un homme ne portant pas l’uniforme, mais une tenue décontracté. Une capuche rabaissée sur son visage l’empêchait pourtant de discerner son visage. C’est forcément lui. Elle ne pouvait s’empêcher de penser que quelque chose n’allait pas. Un pressentiment lui signalait qu’un danger la menaçait. Qegh s’élança soudain sur la droite de l’adolescent. Quand celui-ci fit un mouvement pour la bloquer, elle s’écarta brusquement sur la gauche, le passa et atteignit la porte.
L’espionne courut vers la porte menant au couloir de l’étage et fut surprise de la trouver fermer. Calculant rapidement qu’elle n’aurait pas le temps de crocheter la serrure avant d’être rattrapé, elle remonta les quelques marches et fit face au garçon qui se trouvait déjà à moins d’un mètre. Qegh se prépara au combat, mais tenta d’abord d’ouvrir le dialogue :
-Je peux t’aider à quelque chose?
Son mauvais pressentiment ne faisait que s’accentuer et se confirma encore lorsque le garçon lui fonça dessus sans rien dire. La jeune fille choisit de reculer en se tenant en garde. Il ne me voit pas distinctement, c’est une chance. Lorsqu’il leva le poing pour la frapper, Qegh se baissa et se glissa sur sa gauche. Seulement, alors qu’elle avait l’intention de l’attaquer dans le dos, l’espionne sentit qu’une main l’avait saisi au col. Comment… ? Qegh n’eut pas le temps de finir sa pensée qu’elle se retrouva balancé en arrière. Elle glissa le long du couloir avant de se retrouver bloquer par un mur.
Qegh se releva aussitôt et observa la silhouette qui avançait vers elle. Cette fois, la jeune fille n’attendit pas. Elle courut sur lui, s’écarta à nouveau au dernier moment et sauta pour retomber sur l’adolescent. L’héritière s’élevait dans les airs quand il lui saisit la cheville et l’envoya valser de l’autre côté du couloir. Qegh se releva encore, toussant dans la poussière. Il me repère trop vite. C’est pas normal. Rapidement, elle retira la vision nocturne pour tenter de se rappeler l’opacité de l’obscurité qui régnait à l’étage. Non, il ne devrait pas me voir du tout. C’est pas normal. Remettant sa vision en route, Qegh se précipita dans la pièce la plus proche.
Au son des pas précipités du garçon qui courait pour la rejoindre, elle bloqua la porte à l’aide d’un porte-manteau. La jeune fille l’avait à peine calé qu’un morceau de la porte vola dans la pièce sous le coup de l’assaillant. C’est une blague ? Qegh se dirigeait déjà vers la fenêtre qu’elle explosa à l’aide d’un vieux tabouret. En utilisant sa veste, la jeune fille décoinça les derniers gros morceaux de verre qu’elle fit tomber sur le sol. Au fond d’elle, l’espionne avait espéré que l’alarme se déclencherait, mais ne fut pas si étonné qu’il n’en soit rien. Les derniers étages étaient abandonnés depuis si longtemps, les alarmes étaient inutiles. Les coups répétaient dans son dos ne lui retirèrent pas son calme. L’héritière savait qu’un faux pas dans la précipitation pouvait causer sa mort. S’accrochant au bord de la fenêtre, Qegh passa à l’extérieur, portant son regard directement vers le toit. Les pieds sur le rebord, elle fit deux flexions avant de sauter.
Les bras tendus, l’adolescente réussi à agripper la gouttière. A la force de ses bras et appuyant ses pieds contre le mur, Qegh réussit à se hisser. Malheureusement, une poigne de fer lui attrapa la jambe avant qu’elle ne puisse passer sur le toit. Tirée soudain vers le bas, la jeune fille se frappa violemment le menton contre les tuiles. Malgré le choc, elle eut encore assez de présence d’esprit pour se raccrocher à la gouttière avant de tomber. Sous la traction qu’elle subissait, la gouttière commença à faire entendre un bruit sinistre. Réfléchis, réfléchis. Le sang avait envahi sa bouche, s’étant coupé la langue en se cognant au toit. Ses doigts commençaient à être douloureux à cause du métal qui lui entamait les jointures. Je vais lâcher, merde. En repensant à ses deux essais d’attaque dans le couloir, elle n’eut qu’une certitude. Il me faut une arme. Qegh luttait pour se maintenir quand une idée lui vint. Elle serra les dents et lâcha prise.
La chute fut courte car elle se retrouva rapidement sur le sol de la pièce. L’adolescente chercha aussitôt au sol, les morceaux de verre qu’elle avait décroché. Qegh réussit à en saisir et le planta sans hésiter dans le bras qui le tenait. Elle fut choquée de voir que son assaillant n’eut aucune réaction. Sa bouche étant visible malgré la capuche, la jeune fille le vit sourire. Sans prendre le temps de la réflexion, Qegh retira le verre du bras et se redressa pour viser la gorge. Le garçon s’écarta à temps, mais elle prit appuie sur ses jambes pour se projeter vers l’avant. Cette fois, l’adolescent lui saisit le poignée lui immobilisant le bras. Qegh lâcha le morceaux de verre pour le rattraper avec sa main libre, mais au moment où elle allait frapper, l’adolescent lui saisit l’autre bras. La jeune fille fit d’abord des efforts pour se dégager, sans succès. Elle entendit un craquement inquiétant dans son bras comme il resserrait son étreinte. Désespérée et à court d’idée, elle sauta, atterrissant sur l’estomac du garçon qui ne fit pas un mouvement. Cependant, Qegh ne s’y attendait pas, elle avait même espéré l’inverse. Avec cet appui, l’espionne put se rejeter en arrière le plus loin qu’elle put, puis, tirant sur ses bras toujours paralysés, elle se projeta un avant. Cette fois, son adversaire lâcha un juron quand leurs crânes se rencontrèrent. Déstabilisé et surpris, il la lâcha, se tenant le nez. Qegh se retrouva au sol, grimaçant de douleur à cause du bras qui avait été serré trop fort. Incapable de le bouger, elle se releva en titubant. C’est là, que l’adolescente réalisa que sa vision nocturne ne marchait plus. Son masque s’étant détérioré avec le choc. Retenant un juron, Qegh sortit de la salle et, reprenant de l’assurance à chaque pas, elle finit par courir vers la porte menant à l’étage inférieur. L’espionne trébucha plusieurs fois dans l’obscurité, mais atteint néanmoins son but avant que son assaillant ne sorte de la pièce.
Qegh fouilla sa ceinture à la recherche de son matériel de crochetage dissimulé dans la doublure. Ne retrouvant pas de sensation dans son bras droit, elle eut des difficultés à retirer les fines tiges et encore plus à s’occuper de la serrure. Soudain, Qegh l’entendit courir dans le couloir et, à ce moment, la panique commença à se faire un chemin dans son esprit. Tremblante, elle n’en finissait plus d’essayer d’ouvrir le dernier obstacle vers un étage habité. Le fait qu’il fasse nuit et que les portes des chambres étaient fermées ne lui vint pas à l’esprit. Pour l’instant, la seule chose dont elle était persuadée, c’était qu’une fois passée la porte, elle serait sauvée.
Qegh sentit les poils de sa nuque se hérisser lorsque la jeune fille pressentit qu’en se retournant, elle le trouverait en haut des marches. Un grincement. Première marche. Un appui. Il saute. Qegh s’accroupit au moment où un poing traversait le bois à quelques centimètres de l’endroit où s’était trouvé sa tête. L’espionne remonta les marches et revint dans le dos de l’adolescent.
Gêné par l’espace étroit où se trouvait les marches, le garçon ne fut pas aussi rapide que précédemment. Qegh referma son bras sur son cou, lui boucha le nez et la bouche de son autre main. La douleur de son bras se propagea, l’empêchant de serrer aussi fort qu’elle l’aurait voulu. L’adolescent se jeta contre le mur et n’eut pas besoin de s’y prendre à deux fois pour la faire lâcher. Sachant qu’elle ne pouvait l’emporter, l’espionne se laissa tomber comme inconsciente. Son adversaire s’écarta, puis ne bougea plus. Qegh se concentrait pour écouter la respiration du garçon, seul moyen qu’elle avait pour le situer. Pourquoi il ne bouge pas ? Toujours au même endroit, ne semblant pas esquisser le moindre mouvement, l’adolescent ne faisait strictement rien. Il va attendre que je me réveille ? Il se doute que je fais semblant ? Cernez par le silence et l’obscurité, Qegh se crut bel et bien à deux doigts de s’endormir si ce n’était que son corps résonnait de douleur. Elle était tombée sur l’escalier, la tête vers le bas. Penchée, son bras blessé mal positionné, le cou tordu, la jeune fille n’en restait pas moins immobile. On va voir lequel craquera le premier. Combien de temps s’écoula-t-il ? Elle n’aurait su le dire.
Finalement, la jeune fille l’entendit bouger. Il s’approche. Elle sentit les doigts de l’adolescent chercher son pouls. Il compte faire quoi en réalisant que je suis vivante ? En même temps, on a qu’à dire que je me suis taper la tête très fort et que c’est pour ça que je ne me réveille toujours pas. Au lieu d’essayer de lui faire reprendre conscience, il sembla chercher à lui retirer son masque. Il ne sait pas que seul le propriétaire peux le faire ? Seulement, l’héritière entendit un petit déclic venant de la main du garçon et, quelques secondes plus tard, son masque glissa de sa tête. Comment... ?! Malgré la surprise, Qegh ne bougea pas. C’est sans doute comme ça qu’il espère me faire réagir. Son coeur battait à tout rompre, étouffant de rage alors que l’adversaire lui retirait ses gants sans difficulté. Il fait trop noir pour qu’il me voit clairement… mais il a su me repérer plus tôt… comment s’il ne me voit pas ? Il m’entendait ? Qegh se déplaçait toujours très silencieusement. Il lui paraissait improbable que l’on puisse la situer par le son.
Elle entendit ensuite une clé tournant dans une serrure, suivit du léger grincement de la porte qui s’ouvrait. Il a la clé ? Comment c’est possible ? Malgré le départ de l’adolescent, l’espionne ne bougea pas. Ce n’est qu’au bout d’une longue minute qu’elle commença à se redresser. La jeune fille grimaça lorsque les marches grincèrent sous ses mouvements. S’arrêtant pour guetter un quelconque retour de l’assaillant, elle se remit debout en serrant les dents sous ses douleurs. Qegh pensait pouvoir affirmer qu’elle ne l’avait pas entendu descendre les marches du dortoir. Si je fonce, directement vers la sortie, je devrais pas avoir de problème. Le malaise qu’elle avait ressenti en présence de l’adolescent était toujours présent. Il n’est pas loin… mais qu’est-ce qu’il fout ? L’héritière sentit une sueur froide lui glisser dans le dos en réalisant qu’il pouvait très bien l’attendre juste de l’autre côté de la porte qui n’était pas complètement refermée. Fonce, c’est tout.
Qegh inspira calmement, avant de repousser la porte d’un coup de pied et s’élancer sur le palier du troisième étage. Un choc soudain dans son dos lui fit perdre l’équilibre. Basculant par dessus la rambarde, elle se raccrocha par réflexe à l’une des barres. Gardant son bras blessé contre son corps, l’héritière d’argent passa un pied entre les barreaux des marches. En grimaçant, elle progressa en utilisant ses deux bras autant que possible pour se raccrocher aux barres de l’escalier. Qegh réussit à repasser la rambarde au prix d’effort surhumain. Sa fatigue commençait à la terrasser et c’est en soufflant fortement qu’elle s’affala sur les marches. L’adolescente leva lentement le regard vers le haut de l’escalier et aperçut son assaillant qui l’observait calmement. Dans un sursaut d’adrénaline, Qegh se remit debout pour dévaler l’escalier. Quand un nouveau choc lui traversa le dos, elle voulut se rattraper au mur, mais une douleur vive traversa son bras, lui arrachant un hurlement. Un nouveau coup acheva de la faire chuter. Déséquilibrée, sa tête tomba lourdement contre la rambarde en bois et c’est inconsciente qu’elle dévala le reste des escaliers.
Voir son héritière d’or à son réveil ne la surpris pas sur le coup. Elle était dans son lit et devrait sans doute se dépêcher pour ne pas être en retard en cours. Cette idée l’aurait d’ordinaire pousser à agir, mais là, sans qu’elle ne s’explique pourquoi, la jeune fille avait peine à bouger son corps. Comment ça se fait ? Redi se pencha en la voyant ouvrir les yeux :
-T’as faim ?
Qegh commença à réaliser que ce n’était pas sa chambre :
-On est où ?
-A l’hôpital.
-Pourquoi ?
L’héritière d’or eut un rire causé par l’étonnement :
-C’est à toi de me l’expliquer ça.
Qegh voulut se redresser, mais une douleur se propagea dans son dos, l’obligeant à se recoucher :
-Je ne comprends pas.
-T’es sérieuse ?
L’espionne la dévisagea tout en essayant de se souvenir de ce qui avait pu arriver.
-Apparemment, ils t’ont trouvé devant la porte de l’hôpital cette nuit… dans cet état.
Qegh baissa les yeux sur son bras bandé et elle réalisa qu’elle sentait également un bandage autour de sa cheville. L’adolescent tomba des nues :
-Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Redi ne souriait plus :
-Tu ne sais vraiment pas ?
Qegh se sentit au bord de la panique. Il y a une explication, c’est obligé. Ne déraille pas maintenant. S’efforçant de reprendre son calme, elle demanda :
-Qu’est-ce qu’ils t’ont dit exactement ? C’est les gens de l’hôpital qui m’ont trouvé, c’est ça ?
L’héritière d’or hocha la tête :
-C’est ça. Mais ils n’avaient pas grand-chose à me dire. Ils sont venus toquer à ma porte pour m’avertir.
-Comment ils ont su quelle chambre chercher ?
Redi prit un papier posé sur la table de nuit :
-Ils ont trouvé ça dans ta poche. Je leur ai demandé de me le laisser. Je me suis dit que ça t’intéresserait.
Elle le déplia pour que l’héritière d’argent puisse le lire.
Chambre 220. Prévenez l’héritière d’or qui s’y trouve.
Qegh analysa rapidement l’écriture :
-Ce n’est pas quelqu’un de la classe.
Son amie replia la note :
-On devrait laisser ça pour l’instant et essayer de savoir ce qu’il t’est arrivé. Tu es partit hier soir, comme d’habitude, après… je sais pas.
L’héritière d’argent avait déjà fermé les yeux pour se concentrer. Je suis sortie à cause des explosions. Je suis allé au dortoir des troisième années… elle rouvrit les yeux en retenant un juron.
-Ah, tu te souviens.
La confusion s’effaçait devant la fureur. Elle se souvenait de tout et son inefficacité lui fit l’effet d’une gifle. Il lui avait surtout pris son masque et ses gants. Il a dû voir mon visage. Après quelques secondes de réflexion, l’adolescente réussit à se rassurer. Il ne pouvait pas me voir. Il pouvait me repérer, mais pas par la vue… parce qu’il avait une capuche…. Il a pu l’enlever après crétine. De nouveau angoissée, Qegh réfléchissait à toute allure.
-Tu veux que j’aille demander ton petit-déjeuner, pendant que tu fulmines dans ton coin ?
-S’il te plaît.
Redi s’éclipsa rapidement. L’héritière d’or savait qu’elle n’avait pas de question à poser à l’espionne quand il s’agissait de ses missions. Et son état, quel qu’il soit, n’était jamais une réelle source d’inquiétude. Elle faisait partie de ses héritiers qui s’imaginaient les espions quasiment invincibles. Qegh se souvenait lorsque sa famille s’était présenté au chef de clan en leur déclarant que leur fille devrait intégrer l’école des héritiers avec la leur. L’entretien fut bien sûr tenu dans le plus grand secret. Révéler à un chef de clan qu’il héberge une famille d’espion n’était jamais une mince affaire. Les espions étaient avant tout indépendant et les clans avaient des difficultés à assimiler ce détail. Qegh n’était pas réellement là pour s’occuper de Redi comme les autres héritiers d’argent. Accomplir des missions lui permettraient d’élever son rang dans son domaine.
Elle ricana. Quand on découvrira que je n’ai plus mon masque et mes gants, je serai la risée de la profession pour les siècles à venir. Reprenant son calme, la jeune fille veilla à se remémorer point par point le combat de la nuit. Elle ne tarda pas à réaliser que, malgré sa frustration, elle n’aurait pas pu faire grand-chose de plus. Il était rapide et silencieux, trop. Si c’est bien le Premier et en même temps, je ne vois pas qui ce serait d’autre, ce n’est pas étonnant que je n’ai pas pu faire grand chose. Ne pouvant tirer rien de plus de ses souvenirs, l’héritière se décida rapidement sur ce qu’elle devait faire désormais. Les recherches sur Indilk et les explosions devraient attendre. Sa priorité était de retrouver son masque et ses gants. Pour ce qui est de lui… l’adolescent pouvait avoir vu son visage, aussi, il n’y avait qu’une chose à faire. Je dois trouver un moyen de lui parler. S’il n’y a pas moyen… je ne vais quand même pas chercher à tuer le Premier quand même...
A la perspective de se remettre en action, Qegh rejeta sa couverture pour se lever, prête à partir. Son pied foulé toucha à peine le sol qu’elle se laissa retomber sur son lit en serrant les dents. OK, pas tout de suite. Soyons raisonnable. Elle se recoucha, se résignant à réfléchir à ses plans avenir. L’impulsivité ne mène à rien de bon. C’est une bonne chose que tu ne puisses pas bouger. Redi revint avec un plateau :
-Tu te rends compte qu’il n’y en a pas un qui se soit dévouer pour t’apporter à manger ? Puisque vous êtes là, qu’ils ont dit, vous pouvez le faire.
Elle singea son interlocuteur que Qegh imagina alors, incroyablement déformé.
-Ils ont certainement d’autre chose à faire.
L’héritière d’or posa sèchement son fardeau sur la petite table près du lit :
-Ce n’est pas une raison. Je ne suis pas n’importe qui non plus.
L’espionne se mit à manger sans écouter un mot des plaintes de Redi. D’abord, je dois trouver un moyen d’entrer en contact avec lui. De ce que je sais, il ne sort pas de sa chambre et c’est le Second qui lui rapporte ses cours… s’il est méfiant à ce point-là, il ne doit pas ouvrir à n’importe qui. Qegh s’arrêta de mâcher en se rappelant un détail qui n’avait rien à voir. Il n’a pas crier. Je lui ai planté du verre dans le bras et il n’a pas crié. Son regard se baissa vers son bras bandé. Il aurait sûrement pu le casser. Sa force n’est pas naturelle. La conclusion l’inquiéta. Il a un bras mécanique. Avec un élément de la sorte, elle avait vraiment peu de chance de prendre le dessus dans un duel.
-Tu m’écoutes ?
Qegh soupira :
-Oui, oui.
-Qu’est-ce que j’ai dit ?
-Je sais pas.
-Tu m’écoutes pas. Tu le fais toujours. Tu penses à tes plans et tu m’oublies complètement.
L’héritière d’argent était déjà repartit dans ses réflexions. Quand elle eut fini de manger, elle coupa les plaintes de Redi pour demander :
-On a vraiment aucune idée de qui m’a amené ici ?
Vexée, l’héritière d’or répondit :
-Je te l’aurais dit. Je suis pas débile. Personne n’a rien vu. Ils croient que tu t’es juste effondré devant la porte.
Qegh jeta un regard rapide sur son uniforme posé sur une chaise :
-Je n’ai clairement pas rampé, vu l’état de mes habits.
-Non, mais ils ont peut être raison. Peut être que tu as marché jusque là et que tu es tombé à bout de force. Après tout, tu ne te souviens pas, donc, c’est possible.
L’héritière d’argent se garda bien de lui dire que la mémoire lui était revenu. Du moins, jusqu’au coup dans l’escalier, après ça… Cependant, Qegh était presque sûr qu’elle n’avait pas été en état de se rendre à l’hôpital après ça. S’il m’a porté jusqu’ici, c’est qu’il ne veut pas m’abattre. Et s’il a veillé à ne pas être vu c’est qu’il s’imagine que j’ignore qui il est. Si cela se trouve, je me plante complètement, ce n’est pas le Premier… Qegh ferma les yeux. Pour l’instant, reste sur cette idée. Commence par là. Elle se demanda également pourquoi, après avoir passé plusieurs minutes à l’envoyer contre les murs, il avait changé d’avis et l’avait aidé ? Qegh se perdit dans ses réflexions, le regard se perdant au-delà de la fenêtre de sa chambre. Il faut que je le contact, mais...