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Russie

Dililou et Léonie avaient descendu un nouvel escalier. Tout en descendant, Léonie aperçut une grande ville sous ses pieds. Certains bâtiments avaient des toits ronds et colorés. Cela lui avait fait pensé à des bonbons. L’escalier ne menait pas à la ville cependant, mais à une forêt aux arbres gigantesques. Le sol était glissant de neige, mais les pieds de la fillette ne ressentir ni le froid, ni même la texture de la neige sous ses pieds. Elle avait l’impression de porter des chaussures invisibles.

-Où va-t-on ?

Dililou pointa une direction du doigt et ils s’enfoncèrent dans les bois. Léonie n’était pas rassurée. La nuit était noire, pas de lune pour montrer le chemin ici. Elle avançait avec précaution, jetant des regards inquiets autour d’elle.

-Dis, Dililou, tu crois qu’il y a des sangliers ? tu crois qu’ils peuvent nous attaquer ?

Le petit porteur lui tapota la joue pour la rassurer :

-Ne t’inquiètes pas. Tu es invisibles aux êtres de ce monde. Si on voit quelque chose, il suffira d’attendre qu’il passe sans rien faire.

Un battement d’ailes au-dessus d’eux les fit sursauter. Léonie prit son courage à deux mains pour crier :

-Quoique vous soyez, restez où vous êtes, s’il vous plaît.

Elle ne vit rien à travers les branches et tout redevint silencieux. Dililou lui murmura, apparemment pas aussi rassuré qu’il avait voulu le faire croire :

-Je crois que ça a marché.

La fillette hocha la tête et continua de marcher, s’efforçant de rester concentrée sur le chemin indiqué par Dililou. Quand ses yeux se furent habitués à l’obscurité et qu’ils eurent marché un moment sans rien entendre d’autre que les pas de Léonie, leurs craintes s’atténuèrent un peu.

-Là, c’est là.

La fillette releva la tête pour voir ce dont parlait Dililou. Ils arrivaient dans une clairière où se tenait une maison. Léonie s’arrêta perplexe :

-C’est moi ou cette maison à des pattes de poule ?

Le porteur fit une grimace :

-Je le crains.

Aussitôt, la fillette fut sur ses gardes :

-Tu le crains ? pourquoi ? qu’est-ce que c’est ?

D’une petite voix, il lui répondit :

-C’est la maison de la sorcière Baba-Yaga.

Léonie se figea. Elle connaissait quelques histoires et les sorcières, ce n’étaient jamais une bonne chose.

-D’accord, peut-être que le morceau et quelque part dans les environs. Si on fait pas de bruit, on pourra le trouver et partir vite fait.

Dililou secoua la tête :

-Je ne pense pas. Je pense que c’est elle qui a pris le morceau.

Léonie laissa échapper un gémissement douloureux :

-Je veux pas aller dans la maison d’une sorcière.

Le petit porteur compatit :

-Je sais, mais il faut que l’on retrouve le morceau. Qu’est-ce que tu veux faire sinon ?

Léonie répondit sans hésiter :

-Rentrez chez moi et dormir.

Dililou lui jeta un regard désespéré :

-Tu m’abandonnerais.

Il commença à geindre et Léonie fit la moue :

-Non, bien sûr. Tu as un moyen d’entrer ?

Il lança, ragaillardi :

-Oui.

Léonie haussa les sourcils, étonnée :

-C’est vrai ? Comment ?

-En frappant.

La fillette le dévisagea en silence un instant, se demandant s’il se moquait d’elle. Finalement, elle tourna les talons et commença à s’éloigner. Dililou paniqua :

-Mais qu’est-ce que tu fais ?

Léonie grimaça lorsqu’il lui hurla dans les oreilles tout en se penchant pour ramasser un bâton.

-Tu n’espères pas que je vais y aller sans arme.

Dililou se calma :

-Oh, mais j’ai des pouvoirs moi.

Elle le dévisagea un instant avant de demander :

-Et on peut savoir pourquoi tu ne les as pas utilisé sur la Yuki-Onna ?

Le petit bonhomme baissa la tête :

-Elle était trop forte pour moi.

Léonie pointa la maison à patte de poule de la tête :

-Et Baba-Yaga ?

-Aussi.

La fillette ricana :

-Donc, je garde mon bâton. Dis-moi, cette sorcière, elle fait quoi au juste ?

-Elle mange les enfants.

Léonie se figea sur place. Elle avait pâli d’un coup et Dililou tenta de la réconforter en disant :

-Et elle crache dans les petites cuillères aussi.

A cet instant, Léonie aurait vraiment aimé retourner dans son lit, se cacher sous sa couette, mais elle avait promis. Accrochée à son bâton, elle passa la barrière en os humains et s’avança avec précaution de la maison. Comme elle approchait, elle demanda à voix basse :

-Comment je suis sensée frapper à la porte si elle reste perchée sur ses pattes ?

Dililou allait répondre, mais comme si la maison avait entendu, elle se baissa soudain, la porte bien en face de la fillette. Celle-ci s’arrêta et échangea un regard avec Dililou qui n’en menait pas large, pâle et tremblant. Tout doucement, Léonie alla toquer à la porte qui s’ouvrit aussitôt sans que personne n’ait actionné la poignée. La fillette entra dans une pièce sombre. Une table encombrée d’instruments et de parchemins se trouvait au centre. Sur la droite, une vieille femme se tenait devant une cheminée, faisant tourner une large cuillère de bois dans un chaudron. Elle ne sembla pas remarquer la présence des enfants et resta penchée sur sa mixture. Finalement, Dililou se racla la gorge pour lancer :

-Dobryï dién’.

Léonie marmonna les dents serrées pour que la sorcière n’entende pas :

-Qu’est-ce que tu as dit ?

-Bonjour, cela me semblait être le début approprié.

La fillette retint un rire :

-ça avait déjà tellement bien marché avec la Yuki-Onna.

Dililou gardait les yeux fixés sur la sorcière tout en parlant :

-Mais, je suppose que tu n’as pas de meilleure idée.

Léonie garda le silence. La sorcière n’avait pas bougé et pendant un long moment, ils restèrent immobiles à attendre qu’elle réagisse d’une quelconque façon. Finalement, Baba-Yaga laissa sa cuillère pour se tourner vers eux. Elle sourit, découvrant des chicots noirs et pointus.

-Dobryï dién’. Chto tebe nujno ?

Dililou traduit aussitôt :

-Elle demande ce qu’on veut.

Léonie secoua son épaule :

-Bah demande-lui. On ne va pas attendre qu’elle aie faim.

-Ah, oui, oui. Mojeti li voui nam dat’ kysochek koron ?

Le sourire de Baba-Yaga s’agrandit :

-Niet.

Comme Dililou ne disait rien, Léonie finit par s’impatienter :

-Alors ?

-Elle a dit non.

Cette fois, la fillette lâcha un rire nerveux :

-Pas étonnant, on fait quoi maintenant ?

Dililou resta sans voix alors que la sorcière s’approchait à petit pas. Léonie brandit son bâton :

-Attention ! je suis armée !

Se souvenant soudain que la femme ne la comprenait pas, elle demanda à Dililou :

-Dis-lui ça.

-Je ne suis pas sûr que cela nous avance beaucoup.

Léonie recula vers la porte :

-Peut-être, mais je ne vais pas attendre de me faire dévorer.

La sorcière fit un geste de la main et la porte claqua toute seule. Le petit porteur se tordit les mains nerveusement :

-Je crois que l’on a un problème.

Léonie se retint d’envoyer promener le petit bonhomme d’un coup d’épaule pour rester concentrée sur la sorcière. Celle-ci s’arrêta pour dévisager la fillette et finit par dire :

-Cholod kak smert’ vsegda deïstvouyouchtaya. Nikogda dannï jajdou, vce echti pit’i. Ouregoulirovanie v meste broni, nikogda sverkanie. Kto yablyaetsya mnoï ?

Léonie et Dililou gardèrent le silence un instant avant que la fillette n’ose enfin demander :

-Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Le petit bonhomme mit un temps à répondre :

-Une énigme.

Léonie fronça les sourcils :

-Pourquoi ?

-Je ne sais pas.

La sorcière émit un grondement mécontent et la fillette pressa son ami :

-Dis-moi, allez, avant qu’elle ne se jette sur nous.

-D’accord, alors c’est : froid comme la mort, toujours vivant. Jamais assoiffé toujours buvant. Couvert d’armure jamais étincelant. Qui suis-je ?

Léonie réfléchit un instant avant de demander :

-pas d’idée et toi ?

Dililou jetait des regards perdus aux alentours comme si la réponse pouvait être affiché quelque part :

-Je… non.

Baba-Yaga répéta son énigme en faisant un pas en avant.

-Tu crois qu’elle va répéter à chaque pas ?

Léonie recula jusqu’à rencontrer la porte dans son dos :

-Je m’inquiète surtout de ce qui arrivera quand elle nous aura rejoint.

Dililou tapa dans ses mains :

-D’accord, concentrons-nous. Froid comme la mort…

Léonie hocha la tête :

-Froid, froid, qu’est-ce qui est froid ?

Pour chercher l’inspiration, elle regarda autour d’elle :

-Les objets c’est froid.

Dililou secoua la tête :

-Oui, mais ce doit être vivant.

-C’est vrai.

Le petit porteur continua :

-Les hommes sont chauds, donc se doit être un animal.

Léonie fit passé un tas d’animaux dans son esprit sans qu’aucun ne satisfasse à toute les caractéristiques de l’énigme. Baba-Yaga répéta en avançant d’un pas. Agacée, la fillette demanda :

-Mais qu’est-ce qu’un animal ferait avec une armure ?

Dililou prit le temps de la réflexion avant de dire :

-Ce n’est peut-être pas vraiment une armure, plutôt comme une carapace.

-Une tortue ?

Le petit porteur approuva d’abord avant de dire :

-Mais, on ne peut pas dire qu’elle boit tout le temps la tortue, si ?

Léonie en avait assez :

-Bon, ça suffit. On veut un indice.

Dililou lui tapota la joue en espérant l’apaiser :

-Léonie, je ne pense pas que ce soit…

La fillette tapa du pied :

-Je m’en moque. Je veux un indice ou je lui crache dessus.

Dililou jetait des regards gênés à la sorcière qui venait d’avancer encore d’un pas. Léonie saisit le petit bonhomme dans son poing :

-Traduis ce que j’ai dit.

Dililou finit par acquiescer :

-D’accord, d’accord.

Il se tourna vers la sorcière et traduisit la menace de la fillette. La réaction de la sorcière ne se fit pas attendre. Elle éclata de rire, un rire strident qui dura longtemps. La vieille femme se tenait les côtes, essuyant les larmes qui coulaient aux coins de ses yeux ridés. Léonie finit par sourire :

-c’est bon signe, non ?

Dililou ne paraissait pas convaincu :

-Peut-être que tu l’as vraiment énervée.

Baba-Yaga finit par se ressaisir et montra sa cuisine d’un vaste geste du bras. Léonie fronça les sourcils :

-Qu’est-ce qu’elle fait ?

Dililou reporta son regard vers la pièce :

-Je pense qu’elle veut nous dire que la réponse se trouve ici.

-POISSON !

Le porteur sursauta en criant au hurlement de la fillette. Celle-ci pointait du doigt une tête de poisson qui traînait sur la table. Dililou se mit à crier à son tour :

-Ribou ! Ribou !

Baba-Yaga sourit. Léonie était sûr d’elle. Un poisson c’était froid et sa buvait tout le temps. Pour l’armure, elle n’était pas certaine, mais bon. Comme la sorcière s’avançait encore, elle s’empressa de demander à Dililou :

-Tu es d’accord avec moi hein ? c’est un poisson.

Le petit porteur hocha la tête :

-Oui, il est froid, il vit dans l’eau donc il boit tout le temps et ses écailles rappellent les mailles de l’armure.

Léonie était réconfortée de voir qu’il avait trouvé une explication pour la dernière partie de l’énigme. Baba-Yaga avança encore. Léonie remit Dililou sur son épaule pour saisir son bâton à deux mains. Mais au lieu de les attaquer, la sorcière tendit la main. Dans sa paume brillait un petit bout de métal bleu. Léonie hésita jusqu’à ce que le petit porteur lui donne un coup de coude sur l’oreille :

-Vas-y, prend le.

La fillette lui fit une grimace en réponse avant de tendre le bras. Elle garda les yeux rivés sur le visage fripé de la sorcière, prête à retirer la main au moindre signe de danger. Baba-Yaga ne bougea pas un muscle quand la fillette s’empara du morceau de la couronne, pas plus quand elle ouvrit la porte pour sortir.

-Tu gardes un œil sur elle.

Dililou acquiesça pendant que Léonie tournait le dos à la sorcière pour s’éloigner de la maison à pas précipités. Le petit porteur garda les yeux rivés sur la sorcière, puis sur la maison quand la porte se referma.

Léonie se mit à courir pour retrouver l’escalier et ne reprit son souffle qu’après avoir monté quelques marches.

-Dis, Dililou, tu crois que ça va être comme ça à chaque fois ?

Le petit porteur prit un air contrit :

-Je ne sais pas. C’est vrai que ce n’est pas de chance que ce soit les mauvais qui les ramasse.

Léonie soupira tout en montant pour atteindre la plate-forme.

-Si le prochain risque de nous manger, je te préviens je m’en vais.

Dililou se contenta de sourire innocemment.

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