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III

La princesse avait trouvé une cible potentielle. Une comtesse faisait venir un noble d’un royaume voisin dans l’espoir de lui faire épouser sa fille aînée. Bien sûr, Ftiuco s’empressa de noter les détails sur un papier et d’attacher un foulard rouge au balcon. Elle cala la note sous une pierre ramassée lors d’une promenade. La nuit vint et au matin, elle remarqua que le mot avait disparu. Elle passa la journée à se tordre les mains en se demandant si l’information avait été utile, s’il n’y avait pas eu de contretemps. Et si le noble ne venait pas ? Sûrement, ils essaieraient de le voler sur le chemin de la demeure de la comtesse.

-Prépare-toi Ftiuco, nous partons !

Elle sursauta en entendant son père et resta figée quelques instants, se demandant de quoi il parlait. Ne trouvant pas de réponse, elle se leva et partit à la recherche de son père pour de plus amples explications. Ce fut sa mère qu’elle trouva d’abord, occupée à donner des ordres à des domestiques en panique :

-Mère ? Que se passe-t-il ?

La reine se tourna vers elle :

-Dépêche-toi, nous allons rendre visite à la comtesse Derey. Elle reçoit un jeune homme étranger à ce qu’il paraît et ton père souhaiterait le rencontrer.

Ftiuco réfléchit quelques instants, se demandant pourquoi ce nom lui était familier, puis, réalisant que c’était exactement là où elle avait envoyé les déchus.

-Quoi ? Mais pourquoi, si soudainement ?

Sa mère lui prit les mains :

-Eh bien, tu sais, la comtesse espère marier sa fille à ce jeune noble.

Elle fit des clins d’œil à sa fille qui la dévisagea sans comprendre :

-Et alors ?

-Alors, cela pourrait être toi.

Ftiuco resta bouche bée et mit un instant avant de retrouver sa voix :

-Moi ? De quoi tu parles ?

Le visage de sa mère s’assombrit, elle jeta des regards alentours avant d’entraîner sa fille dans un coin.

-Ecoute, je sais que tu te doutes que notre situation n’est pas des plus enviables ces derniers temps. En fait… ton père et moi, nous avons commencé à songer… tu sais, tu es en âge…

Ftiuco se raidit, inspira profondément avant de dire simplement :

-Je comprends.

Sa mère sourit avant de retourner s’occuper du départ. Ftiuco resta dans son coin, incertaine de ce qu’elle devait faire. Elle avait toujours eu conscience que cette solution serait celle choisie par ses parents et au fond, c’était sans doute pour cela qu’elle s’évertuait à en trouver une autre. Cependant, elle devait bien se préparer à l’éventualité d’épouser un homme riche en dernier recours. En voyant sa mère s’agiter, elle soupira en se disant que l’éventualité risquait de se réaliser plus tôt que prévu.

 

Tout le long du chemin, elle s’était attendue à voir un carrosse renversé des hommes s’agitant en tous sens, mais ils ne croisèrent rien de suspect. A leur arrivée, ils furent reçus avec tous les égards et présentés au jeune noble venu pour épouser la fille de la comtesse. Après les politesses d’usage, ils s’installèrent tous dans le salon. C’est là que la comtesse leur demanda :

-Vous n’avez pas eu d’ennuis sur la route ?

La reine parut surprise :

-Non, pourquoi cette question ?

Le jeune noble qui se nommait Zarak répondit :

-Vous avez eu plus de chance que moi. Une bande de brigands m’a attaqué alors que je venais ici. Ils ont pris tous les cadeaux que j’avais apporté, c’est étonnant qu’ils m’aient permis de garder mes vêtements.

Il rit à sa propre remarque et les autres l’imitèrent mais Ftiuco resta silencieuse avec un sourire en coin. Finalement, le plan avait marché, ses informations avaient été utiles. Ils passèrent la journée à discuter de la déchéance qui touchait les grands de ce monde comme si eux-mêmes étaient immunisés. Ftiuco se lassa de ces bavardages et s’éclipsa pour une promenade.

Dans les jardins, elle explora un étrange labyrinthe aux murs de rose. Tandis qu’elle levait la tête pour tenter de distinguer le sommet de l’arbre immense qui se trouvait au centre du jardin, son regard fut attiré par une silhouette qui faisait des signes sur le toit de l’étable. Elle n’eut aucun mal à comprendre qu’il s’agissait de l’Archiduc. Elle s’empressa de le rejoindre se questionnant sur la raison de sa venue. Les déchus étaient-ils mécontents ? Le butin était-il moindre que ce qu’ils avaient espéré ? le temps qu’elle rejoigne les étables, le jeune homme était descendu et attendait tranquillement appuyé au mur. Il se redressa à son arrivée :

-Bien le bonjour, princesse.

-Que se passe-t-il ? Y a-t-il un problème ?

L’Archiduc sourit :

-Non, ils ont juste besoin de vous voir.

-Qui donc ?

Il pointa l’arrière de l’étable et elle s’y dirigea pour découvrir un puits un peu plus loin auquel le Duc et le Baron étaient adossés. Elle les rejoignit avec hâte, consciente qu’ils ne devaient pas s’attarder dans les environs. Une fois à leur hauteur, elle répéta :

-Que se passe-t-il ?

Le Duc s’inclina :

-D’abord, nous vous remercions pour les informations que vous nous avez fourni, elles nous ont été très utiles.

Le Baron rappela son ami à l’ordre :

-Pressons, tu veux ? On va nous repérer.

-Oui, c’est vrai. Connaissez-vous une certaine Erelia ?

Ftiuco réfléchit quelques secondes avant de se rappeler :

-Ah oui, la fille de la comtesse. Je viens de la rencontrer.

Le Duc et le Baron échangèrent un regard satisfait, puis le Duc reprit :

-Le jeune homme qui vient d’arriver, il est là dans le but de l’épouser, n’est-ce pas ?

Ftiuco fronça les sourcils :

-Je ne me souviens pas d’avoir précisé ce détail dans la note que je vous ai laissé.

Le Baron sourit :

-Vous n’êtes pas la seule à nous donner des informations vous savez.

La princesse hocha la tête :

-Oui, ça paraît logique. Pourquoi cela vous intéresse ?

Le Duc à nouveau, répondit :

-Elle a rencontré, il y a peut-être deux ans, un jeune vicomte de leur voisin. Ce malheureux comte a depuis rejoint nos rangs, mais ils ont tenu une correspondance par lettre qui montre leur attachement l’un à l’autre.

Ils fixèrent la jeune fille pour s’assurer qu’elle suivait l’explication. Comme elle semblait attendre la suite, le Duc reprit :

-Nous voudrions profiter de votre présence en ces lieux pour mener à bien, un enlèvement volontaire.

La princesse sourit :

-S’il est volontaire, pourquoi pas.

Le Duc tapa dans ses mains avec satisfaction, puis le Baron tendit la main à la princesse pour l’aider à s’installer sur le bord du puits. Là, ils discutèrent assez rapidement de leur plan. Il était assez simple en fait. La nuit tombée, Ftiuco irait réveiller la comtesse et elles partiraient discrètement toutes deux par un chemin que l’Archiduc avait préparé. Quand les explications furent achevées, Ftiuco sauta à bas du puits et épousseta sa robe :

-Pas de problème. Dois-je en parler à la comtesse ?

Le Duc sourit :

-Cette lettre du Comte devrait suffire. Restez discrète surtout.

Elle hocha la tête et prit la missive qu’il lui tendait. Le Baron conclut :

-On vous laisse partir en première.

Ftiuco sourit en les saluant, commença à s’éloigner avant de revenir vers eux :

-Comment vous avez su que mon père m’emmènerait ici ?

Ils sourirent :

-A ce soir, princesse.

Elle les quitta, amusée. Elle devait avouer que toute cette histoire devenait passionnante. Elle rentra et chercha la jeune comtesse. Elle finit par la trouver, assise à dessiner près d’une fenêtre. Ftiuco prit une chaise pour s’installer face à elle :

-Vous allez bien ?

Erelia leva la tête de son croquis, un peu surprise :

-Oui, pourquoi donc ?

-Je veux dire, avec cette attaque sur la route, vous ne craignez pas les brigands ?

Elle eut un sourire mystérieux :

-Non, je ne crains pas les brigands.

-Quelle chance.

Elle glissa la lettre vers la comtesse qui la prit en souriant, ne semblant pas le moins du monde surprise. Elle se contenta de la glisser dans sa poche, alors Ftiuco demanda :

-Vous ne l’ouvrez pas ?

La comtesse reprit son croquis en répondant :

- Je suis aujourd’hui nommé le vicomte, du titre que j’ai perdu. Je suis pauvre désormais, libre encore de vous offrir ma main. Le froid, la faim et le bonheur sont à vous, si vous voulez les partager. C’est une chance à saisir, le ferez-vous ?

Ftiuco fronça les sourcils :

-Cela me rappelle quelque chose.

Erelia rit :

-Vous avez dû être là lors d’une demande. C’est le discours qu’ils tiennent chaque fois qu’ils souhaitent qu’une femme les rejoigne. A quelques nuances près bien sûr.

-Il vous a raconté tout ça dans ses lettres.

Elles échangèrent un regard complice, puis Ftiuco se leva :

-Je vous dis à ce soir dans ce cas.

-Je vous attendrais.

Elles n’échangèrent que quelques mots anodins durant le dîner et ils allèrent tous se coucher de bonne heure. Ftiuco fit de son mieux pour attendre que tous s’endorment en restant elle-même éveillée. Quand la nuit devint noire, elle estima que le moment été venu et sortit de sa chambre discrètement pour rejoindre celle de la comtesse. Celle-ci l’attendait patiemment assise sur son lit, revêtue d’une cape sombre. En la voyant entrer elle se leva :

-Je suppose que vous savez comment sortir sans nous faire remarquer.

-Oui, ils m’ont indiqué le chemin, mais avant…

Elle prit un petit sac qui se trouvait suspendu à une chaise :

-Cela vous dérange-t-il que je vous vole quelques bijoux ?

Erelia rit doucement :

-Non, je vais vous aider.

Elles remplirent le sac et s’éclipsèrent.

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