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Léonie observa le panneau avec attention :
-Pourquoi il y a des bulles ?
Le petit bonhomme la repris :
-Ce ne sont pas des bulles, ce sont des cercles. Ça fait partie de leur écriture.
La fillette haussa les épaules :
-ça reste des bulles.
Elle observa les alentours. Le son d'une cascade leur parvenait sur leur gauche.
-On est où alors ?
-Corée.
Léonie gravit la montagne, jusqu'à atteindre la chute d'eau.
-Tu sais par où l'on doit aller ?
Dililou sortit la couronne qui commençait à prendre forme et pointa une direction :
-Je pense que c'est par là.
-Tu penses ou tu es sûr ?
Le garçon fronça le nez :
-Je suis sûr, évidemment.
Léonie leva un sourcil dubitatif avant de suivre la direction indiquée. Ils grimpèrent des marches de pierre encore et encore sans que la fillette ne ressente aucune fatigue.
-Est-ce qu'on ne pourrait pas se retrouver, pour une fois, dans un endroit plat.
Dililou ressentit le besoin de rappeler :
-La Norvège, c'était plat.
La petite Léonie leva les yeux au ciel en continuant de monter. Ils étaient presque au sommet quand ils entendirent pleurer. Le porteur de couronne demanda :
-C'est toi qui fait ce bruit ?
Léonie fit une grimace :
-Pourquoi je pleurerais ? Ce ne serait pas plutôt toi ?
Dililou secoua la tête. Léonie s'arrêta pour mieux écouter. Le garçon finit par dire :
-On dirait que ça vient de par là.
La fillette acquiesça :
-Vas-y.
Le petit porteur ouvrit des yeux ronds :
-Que j'y aille ? Tout seul ?
Léonie croisa les bras :
-C'est toujours moi qui manque de me faire manger, alors, cette fois, tu y vas.
Dililou observa la forêt obscur qui les entourait. Elle descendait en pente assez raide. Les arbres étaient assez espacés permettant à la lune d'éclairer suffisamment les pierres et la mousse qui couvraient le sol. Le garçon n'était toujours pas rassuré. L'odeur des pins flottait dans l'air et les feuilles d'érable formaient comme des toiles au-dessus de leur tête.
-Tu ne veux pas venir avec moi ?
Léonie eut pitié de la mine pitoyable du petit porteur et soupira :
-D'accord, mais tu passes devant.
Il hocha vigoureusement la tête, trop content de ne pas s'aventurer seul hors du chemin. Il bondit au sol et Léonie marcha avec précaution derrière lui pour ne pas l'écraser. Parfois, il se confondait si bien avec les ombres des pierres qu'elle le perdait de vue.
Les pleurs se firent de plus en plus proche.
-Après, il faudra tout remonter pour trouver le morceau.
Léonie eut un demi-sourire :
-Tu veux qu'on reparte sans savoir qui pleure ? C'est sans doute quelqu'un qui a besoin d'aide.
Dililou sauta par-dessus une branche morte :
-Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Je le faisais juste remarquer.
Mais ça sert à rien, pensa Léonie. Elle pouffait de rire quand Dililou lança d'une voix paniquée :
-Arrête ! Arrête ! C'est là.
La petite Léonie stoppa net.
-Où ça ?
Elle tendit l'oreille, mais les pleurs s'étaient arrêtés. Dililou escalada la jambe de la fillette, puis le bras pour revenir sur son épaule. Il murmura d'une voix inquiète :
-C'était là, je te jure.
Léonie ne m'était pas en doute sa parole.
-Pourquoi ça c'est arrêté ?
Ils restèrent tous deux silencieux à observer les alentours, puis Dililou proposa :
-On fait demi-tour ? Parce que je ne trouve pas ça très rassurant.
La fillette approuva :
-Oui, je pense que ce serait plus sûr.
Elle remonta en redoublant de précaution pour ne pas faire de bruit. Cependant, après avoir posé un pied sur le chemin, les pleurs reprirent. D'abord interdits, Léonie et Dililou échangèrent un regard. Le garçon finit par dire :
-Tant pis ?
La fillette hocha la tête :
-Tant pis.
Ils continuèrent d'avancer sur le chemin, ignorant les pleurs. Léonie marchait à grands pas, soudain pressée de ne plus entendre les sanglots incessants. Seulement, elle avait beau progresser, il ne lui semblait pas qu'elle s’éloignait d'un pouce. Dililou confirma sa pensée en disant :
-Je crois que ça nous suit.
Léonie continua d'avancer, courant presque :
-Je pense vraiment que tu devrais apprendre quelques tours de magie si tu veux qu'on finisse cette histoire en vie.
-Quel tour ?
La fillette jeta un coup d’œil sur sa gauche, là où l’origine des sanglots semblaient se trouver à présent :
-Nous rendre invisible, nous faire voler. On irait beaucoup plus vite en volant.
Dililou se tortilla, gêné :
-Je suis trop petit encore.
Léonie confirma :
-Tu n'es pas petit, tu es tout riquiqui.
A cet instant, les pleurs résonnèrent si fort qu'elle n'entendit pas la réponse du garçon. Elle s'arrêta aussitôt, figée de surprise :
-Là, c'est vraiment pas drôle.
Dililou tremblait comme une feuille :
-C'est vraiment tout près maintenant.
Léonie inspira profondément :
-Bon, on va courir très très vite. Enfin, je vais courir et toi, tu t'accroches.
Le garçon acquiesça et agrippa les cheveux de la fillette qui prit ses jambes à son cou. Elle monta encore et encore. Tant et tant qu'elle crut bien que la montagne n'avait pas de sommet. Elle s'arrêta quand ils débouchèrent à un croisement. Un chemin se divisait en deux partant tout droit et sur la droite. Juste à gauche de la fillette, un nouvelle escalier en bois grimpait un zig-gaz vers un autre sommet.
-On va par où ?
Dililou passa son regard des chemins aux morceaux de couronne dans sa main.
-Je... je ne sais pas trop.
Léonie tomba des nues :
-Comment ça ? Tu ne sais pas trop ?
Le petit porteur lui mit la couronne incomplète sous le nez. La lumière bleutée clignotait doucement.
-Elle devrait briller plus fort, mais au lieu de ça, c'est comme si elle ne savait pas où était le morceau.
La fillette réfléchit un instant :
-Pourtant tu nous a conduit jusqu'ici non ?
Dililou s'empressa de dire :
-Oui, elle marchait jusque là.
Léonie pinça les lèvres, perplexe. Elle ouvrit la bouche pour parler quand le garçon dit :
-C'est à nouveau parti.
Léonie allait demander de quoi il parlait quand elle réalisa qu'ils n'entendaient plus les sanglots :
-ça s'est arrêté quand ?
Le garçon haussa les épaules :
-Je ne sais pas.
Ils restèrent un instant l'oreille tendue pour voir si les pleurs reprendraient. Au bout d'un moment, Léonie demanda :
-Pour le chemin, on prend lequel ?
Dililou finit par désigner les marches :
-On verra bien si la couronne change en cours de route.
La fillette approuva d'un signe de tête et commença à grimper. La montée lui parut durer des heures, mais au moins les pleurs ne revinrent plus.
-On y est presque, dit Dililou en pointant les dernières marches du doigt.
La petite Léonie ricana :
-Oui, heureusement que tu as de bonnes jambes.
Le garçon croisa les bras en relevant le menton ::
-J'ai de très bonnes jambes, sache-le.
La fillette rit en sautant la dernière marche. Un chemin de planche avait été construit pour traverser un cratère empli d'eau. Léonie respira profondément :
-Bon, et maintenant ?
Le garçon fixa la couronne :
-Je crois que l'on devrait continuer.
Léonie admira les reflets de la lune sur l'eau tout en marchant. Au bout d'un moment, elle plissa les yeux pour être sûr de bien voir :
-Il n'y a pas quelque chose là-bas ?
Dililou concentra son regard à son tour. Il discerna l'ombre des arbres au bord de l'eau de l'autre côté du cratère :
-Je ne crois...
Il s'arrêta alors que ses yeux étaient tombés sur une silhouette qui se détachait des autres ombres.
-Tu as peut-être raison.
Léonie demanda :
-Tu vois ce que c'est ?
Les sanglots reprirent venant de l'autre côté du cratère. Léonie pressa le pas :
-D'accord. Je ne tiens pas à savoir ce que c'est finalement.
Le garçon fronça les sourcils :
-Tu crois que c'est ce qu'on a vu qui fait ça ?
La fillette atteignit un nouvelle escalier quittant le cratère.
-On monte encore ? Ça n'en finit pas !
Léonie allait s'engager sur la première marche quand elle s'arrêta. Une ombre obscurcissait son champ de vision. Lentement, elle releva la tête. Une jeune femme se tenait assise sur les marches. Les joues striées de larme, elle reniflait bruyamment en regardant la fillette. Celle-ci, la gorge nouée, réussi à articuler :
-Heu... ça va aller.
Dililou lui murmura en gardant les yeux fixés sur l'apparition :
-Qu'est-ce que tu fais ?
Sur le même ton, elle lui répondit :
-J’essaie de la consoler. Peut-être que c'est pour cela qu'elle nous court après depuis tout à l'heure.
Le garçon parut dubitatif :
-Je ne pense pas que ce soit si facile.
-Alors, demande lui.
Le petit porteur se racla la gorge :
-Annyeong. Na ileumeun Dililou ieyo...
Il allait poursuivre quand l'apparition s'assit sur les marches :
-Na neun pegonpayo.
Léonie attendit un instant pour être sûr qu'elle ne dirait rien de plus avant de murmurer à Dililou :
-Qu'est-ce qu'elle a dit ?
-Je crois... qu'elle a faim.
La fillette battit des paupières :
-Et c'est ça qui la fait pleurer ?
Le porteur aller répondre quand d'un geste vif, la jeune femme s'empara de la couronne. Dililou laissa échapper d'un ton scandalisé :
-Hé !
La jeune femme sourit avant de s'enfuir par les marches. Interdite, Léonie ne réalisait pas ce qui venait de se passer jusqu'à ce que Dililou se mette à crier :
-Dépêche-toi ! Elle nous vole la couronne. !
La fillette sursauta avant de l'élancer à la suite de la voleuse :
-Elle va vite pour quelqu'un d'affamé.
Enfin au sommet, ils débouchèrent sur une plate-forme. Un parapet prévenait les chutes dans le ravin qui s'ouvrait devant eux. C'était là que la jeune femme se tenait. Léonie aperçut un détail qui l'arrêta dans son élan :
-Dililou, je me trompe ou elle a des queues de renard ?
Pas surpris le moins du monde, le garçon précisa :
-Neuf en fait.
-D'accord, et c'est grave ?
Le garçon fit une grimace :
-Eh bien, je ne sais pas trop.
La fillette lui jeta un regard blasé :
-Tu n'as pas l'air de savoir grand chose en ce moment.
Dililou se défendit :
-Eh bien, c'est une Gumiho. Elles sont dangereuses pour les hommes et comme nous ne sommes pas des hommes, elle ne devrait pas nous faire de mal... si ?
Léonie soupira :
-Tu crois vraiment que je pourrais répondre à la question ?
Ils ne firent pas un geste alors que la jeune fille restait sur le parapet. Elle semblait fascinée par la petite couronne. Léonie fini par demander :
-Tu crois qu'on peut lui demander de nous la rendre ?
-Essaies.
Elle fit doucement remarquer :
-Je ne parle pas coréen.
Dililou soupira :
-Je suppose que l'on doit attendre alors.
La petite Léonie rit doucement, s'empara du garçon avec délicatesse pour le poser par terre. Elle le poussa du bout du doigt :
-Vas-y.
Le porteur leva la tête pour lui lancer un regard implorant :
-Tout seul ?
Elle lui sourit :
-Comme un grand.
Dililou se tritura les mains, hésitant, avant de prendre une expression plus ferme :
-J'y vais.
Léonie leva les pouces en l'air avec une mine réjouie pour l'encourager. Le petit garçon s'avança à petits pas résolus alors que la fillette restait accroupie sur place. Lorsqu'il atteignit la jeune femme, ils furent trop loin pour que Léonie puisse entendre. Elle attendit donc patiemment, tout en essayant de deviner ce qui ce disait d'après les gestes et l'expression de leur visage. Sans beaucoup de succès.
Quand le garçon revint, elle demanda avec impatience :
-Alors ?
-Elle a dit non.
Léonie le dévisagea un instant :
-Comment ça, non ?
Dililou baissa la tête :
-Elle a dit que c'était à elle puisqu'elle l'avait pris.
La fillette se leva :
-Vraiment ? On n'a qu'à lui reprendre.
Le petit porteur pâlit :
-Lui reprendre ?
Léonie s'avança à son tour vers la jeune fille. Cependant, elle s'arrêta à bonne distance par prudence :
-Excusez-moi.
La jeune femme tourna un visage souriant vers la fillette.
-Cette couronne est à nous. On doit la reprendre.
Léonie tendit la main. La Gumiho descendit du parapet pour se dresser de toute sa hauteur devant la fillette. Ses neufs queues de renard battaient doucement dans son dos, ses yeux dorés fixaient l'enfant sans vraiment la voir. De toute évidence, elle se moquait bien de ce qu'elle pouvait dire ou faire. Elle passa tranquillement près de Léonie, dépassa le petit porteur et allait descendre les marches quand Dililou lança :
-Léonie, crie lui que c'est injuste !
La fillette le dévisagea sans comprendre :
-Quoi ?
Dililou répéta :
-Pense à une injustice vraiment importante.
Léonie obéit sans comprendre où cela les mènerait. Soudain, du cratère apparut un lion couvert d'écailles avec une corne sur le front. La fillette resta bouche-bée. Dililou revint vers elle pour se percher sur son épaule. Il parla à la créature qui lui répondit d'une voix profonde. Léonie ne put qu'observer sans comprendre le dialogue qui se déroulait sous ses yeux. Le lion bondit brusquement par-dessus eux pour dévaler la montagne à la poursuite du Gumiho.
Une fois seuls, Léonie demanda :
-Qu'est-ce que c'était que ça ?
-Je me suis souvenu des Haetae de Corée. Ce sont des créatures qui ont un grand sens de la justice. Ils sont très sensibles aux injustices et interviennent dès qu'ils peuvent.
Léonie fronça les sourcils :
-Pourquoi c'était à moi de penser à une injustice alors ?
Dililou rougit :
-Je suis trop petit pour être remarqué.
La fillette hocha la tête pour montrer qu'elle acceptait cette explication sans problème.
-Donc on attend ?
Le petit porteur acquiesça :
-Je lui ai expliqué la situation et il est d'accord avec nous. La couronne nous revient de droit. Il est partit la récupérer.
Léonie s'assit au sol :
-C'est vrai ? On pourrait l'emmener avec nous, non ?
Dililou eut un petit rire :
-Je ne pense pas qu'il voudrait.
Quelques instants plus tard, le lion revenait la couronne sur le bout du nez. Léonie sourit :
-Il est mignon. C'est un gros chat en fait.
Ses yeux tombèrent sur les écailles :
-Un chat poisson.
Le Haetae laissa glisser la couronne au sol et la fillette allait s'en saisir quand Dililou s'écria :
-Regarde !
Léonie arrêta son geste au cri du garçon pour voir ce qui provoquait sa réaction. La couronne brillait. Levant la tête, elle aperçut ce qu'ils cherchaient coincé dans la crinière du lion. Dililou éprouva le besoin de faire remarquer :
-C'est le morceau qu'on cherchait.
Léonie se redressa :
-Pourquoi la couronne marche maintenant ?
Le garçon ramassa l'objet :
-Il devait être en mouvement. Vas-y, prend lui le morceau.
La fillette n'hésita pas et passa la main dans la crinière du lion pour le lui retirer. Avant de partir, elle prit le temps de dire :
-Merci, bonne nuit.
Le Haetae sourit, pour autant qu'un lion puisse sourire.