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Chapitre 27

Charon laissa l’obscurité le recouvrir. Ne pouvant le repérer, la déesse Zerak lança au hasard :

-Tes actions sont inutiles désormais. Nous irons le chercher dans son marais sans difficulté. Ne gâche pas tes talents pour un dieu insignifiant… enfin, quand je dis un dieu…

Les divinités présentes ricanèrent, mais on était loin des rires qui auraient résonné à l’ordinaire. Leur incapacité à repérer le Sans-âme les mettaient mal à l’aise. Charon se glissa derrière chacun des Sans-âmes présents, les immobilisant en apposant une incantation discrète sur leur nuque.

-Tu n’as plus d’obligation envers lui désormais. Tu es libre à nouveau. Ne devrais-tu pas être enchanté de la tournure des événements ?

Charon se mit près d’elle.

-Tu ne peux pas vaincre des dieux et tu le sais.

Elle lui fit face sans hésiter dans le même instant, son sort fut levé et le soleil se remit à briller sur la salle de réception. Charon ne fit pas l’effort de jouer la surprise. Il savait qu’il n’avait aucune chance contre eux. Mais qu’est-ce que ça me coûte d’essayer ? A part un retour dans ton lieu natal. D’un geste vif, il fit jaillir un jet d’eau noir de ses paumes. La déesse se protégea aussitôt et deux dieux attaquèrent le Sans-âme lorsqu’ils réalisèrent que leur guerriers étaient hors de combat. Hadès avait appris beaucoup au passeur, pourtant, il avait veillé à ne lui enseigner que des incantations qui ne pouvaient pas réellement fonctionner sur les dieux. Charon se fit disparaître et reparut à l’autre bout de la pièce. De là, il créa une brume qui envahit l’espace, mais il n’eut pas le temps d’attaquer plus avant car un dieu dissipa le nuage. S’alliant, les divinités attaquèrent à nouveau. Submergé, le passeur finit par se résigner et se laissa prendre. Ils l’enchaînèrent sur place et Zerak revint à la charge en demandant :

-Pourquoi fais-tu ça ? Toi qui as refusé tout maître après Hadès. Tu étais libre. Pourquoi ne te réjouis-tu pas de sa destruction ?

Charon réfléchit sérieusement à la question et se trouva un peu surpris de n’avoir rien d’autre à répondre que :

-Il est gentil.

Cela provoqua un silence. Le dieu aux yeux d’or fut le premier à réagir :

-Pardon ?

Charon haussa les épaules :

-Désolé, c’est le seul truc qui me vient à l’esprit tout de suite.

-Emmenez-le.

En une seconde, il se retrouva ligoté et un sort l’aveugla, l’empêchant de savoir à quel endroit on allé l’enfermer. Quand il put voir de nouveau, la seule chose dont il était sûr, c’est qu’on lui avait fait passer un portail.

Assis, des chaînes le tenant à un mur, Charon attendit sagement dans une pièce humide et sombre que l’on vienne lui poser des questions. Il n’eut pas à attendre longtemps avant qu’un petit groupe de divinité qui lui était inconnu n’entre dans la pièce.

-Je suppose que l’on peut tenter de l’emprisonner.

Charon fronça les sourcils :

-Pourquoi ? Je n’ai rien fait qui justifie que l’on reprenne ma liberté.

-Le dieu Wehiodrik semble désirer que l’on te trouve un châtiment.

Le Sans-âme fut encore plus perplexe. Mais c’est quoi son problème à lui ? Un dieu fit un pas en avant :

-J’y vais.

Avant qu’un autre puisse se lancer, il commença à incanter son sort d’emprisonnement. Charon ne sentit rien de spécial et n’était même pas particulièrement inquiet. L’incantation ne marcha pas, ce qui laissa les divinités sans voix. Une déesse tenta sa chance sans plus de succès. Une autre finit par s’approcher pour tirer les cheveux du Sans-âme en arrière afin de découvrir son cou :

-Il n’a rien pourtant. Il n’a pas été emprisonné par l’autre. Ça devrait marcher.

Charon s’amusa de les voir se gratter la tête devant cette situation. Il semblait que personne n’avait relevé les petits anneaux noir sur sa peau qui formaient un bracelet à son poignet. Pas sûr que l’un d’eux ait déjà entendu parlé d’un emprisonnement accordé. Comme ils se décidaient à sortir pour faire part de ce fait étrange, Charon s’installa confortablement pour réfléchir au passé.

Le Sans-âme devenait persuadé que la seule raison pour laquelle le dieu et son frère ressemblaient tant à Lutinor et lui-même était qu’ils étaient eux. Cependant, comment expliquer son âge ? Les Sans-âmes vieillissaient plus lentement que les humains, pourtant, même ainsi, Charon était trop jeune pour être né au début des temps. Sauf si l’ancien Lutinor m’a créé d’une manière ou d’une autre, comme il l’a fait avec son monde. Cela expliquerait le fait que son frère n’est pas été un dieu. L’autre question qui lui venait était liée à sa mémoire. Comment expliquer qu’il ne se souvienne pas de tout ce qu’il s’était passé à l’époque ? Les dieux jaloux avaient-ils fait en sorte qu’il oublie tout ? Pourtant je me souviens du temps passé dans l’obscurité avec les autres Sans-âmes. Ou ils ont modifié ma mémoire pour ça ? Concernant Lutinor, le fait qu’il soit un bébé retrouvé dans le marais le perdait complètement. Un dieu pouvait arrêter de vieillir, changer de forme, paraître plus vieux, plus jeune, mais certainement pas au point de devenir un nourrisson. Pourtant, les notes du dieu qui avait précédé Lutinor était clair. Il avait grandi normalement, comme n’importe quel être humain. Ce qui est impossible s’il était un des dieux d’origine.

Charon finit par s’arracher les cheveux de frustration et décida de renoncer à ce sujet pour passer à un autre sans doute plus pressant. Son évasion. Je ne peux pas compter sur le secours de Lutinor pour le coup. D’ailleurs, sans ses pouvoirs… Sa pensée s’arrêta. Précipitemment, il leva le bras aux anneaux noirs. Crétin ! S’ils sont là, c’est qu’il a encore ses pouvoirs. Si les dieux n’ont pas pu t’emprisonner c’est que le sort de Lutinor tient encore, parce qu’il a toujours ses pouvoirs. Il s’envoya une baffe pour ne pas avoir réalisé cela plus tôt. Malgré tout, une ombre parut au tableau. Le Sans-âme avait vu l’incantation lancé par la déesse pendant le duel, il avait senti que le garçon qu’il avait renvoyé dans les marais n’était qu’un garçon ordinaire. Il n’avait plus de pouvoir, plus de puissance… alors pourquoi c’est encore là ? Charon observa la chaîne tatouée sur sa peau avec un air soupçonneux.

 

Milen faisait de son mieux pour suivre le pas vif du jeune homme. Lorsqu’elle lui avait appris que son pouvoir avait été retiré, Lutinor avait tout de même tenté de créer un portail pour aller sauver le Sans-âme. Voyant que cela ne marchait pas, il avait alors vu plus petit, mais même l’incantation la plus basique lui était inaccessible. Milen l’avait laissé faire en sachant qu’il refuserait d’accepter son état tant qu’il n’aurait pas tout essayer. Au final, Lutinor avait décrété qu’ils iraient sauver Charon à pieds.

-Je ne crois pas que l’on arrivera à le trouver de cette manière.

Le jeune homme ne ralentit pas disant avec optimisme :

-On le trouvera de toute façon si on bouge. Alors continuons de bouger.

-Nous ne sommes même pas encore sortit du marais.

Lutinor lui fit face :

-On ne peut rien faire d’autre, tu sais. On ne va oas laisser Charon avec ces méchants… même si je me demande s’il ne serait pas plus méchant qu’eux.

Milen lui prit la main :

-Je comprends vos inquiétudes. Cependant, il faut que l’on réfléchisse. Ils l’ont peut-être renvoyé chez les Sans-âmes. Il est inaccessible quoiqu’il en soit.

Lutinor hocha la tête comme s’il avait écouté avec attention, mais demanda en pointant du pouce le chemin dans son dos :

-Pourquoi ils dorment sur la route. Ce n’est pas une grande idée ça.

La vieille femme se pencha pour voir le chemin. Des corps étaient effectivement éparpillés au sol.

-Ah bah ça.

Gardia finit par apparaître, sautant d’un arbre :

-Ne vous en faites pas. Charon a érigé des barrières et je tiens la garde.

Milen et Lutinor battirent des paupières et devant leurs mines surprises, Gardia ajouta :

-Il m’a demandé. Au cas où. Il craignait que cette histoire de fête ne soit un piège.

Lutinor était émerveillé :

-Qu’est-ce qu’il est intelligent !

Milen sourit avec douceur en lui tapotant le bras :

-Même vous, vous aviez un doute.

-Ah, c’est vrai.

La vieille femme demanda à Gardia :

-Peut-être a-t-il prévu quelque chose pour l’état de Lutinor ? Se doutait-il qu’ils tenteraient quelque chose comme ça ?

Gardia secoua la tête :

-Non. Une incantation telle que la suppression des pouvoirs ne peut être utilisé que par très peu de dieux.

-Il ne fait aucun doute que Wehiodrik est derrière tout ça. Aurait-il pu enseigner cette incantation à la maîtresse de Chaussette ?

-C’est possible.

La vieille femme murmura pour elle-même :

-Même après tous ces siècles, Wehiodrik chercherait encore à s’en prendre aux deux frères ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui justifie autant d’acharnement ?

Lutinor se pencha vers elle pour lui murmurer :

-Qu’est-ce que tu dis ?

Gardia s’intégra à la conversation en disant :

-Ce qui m’interpelle, c’est ça.

Elle leur mit son poignet sous le nez. Des anneaux noirs gravaient sur sa peau formés un bracelet. Lutinor se redressa :

-Oh, c’est jolie ça.

Milen était plus perplexe :

-De quoi s’agit-il ?

-Un emprisonnement consenti. Quand un Sans-âme s’attache à un dieu, naturellement, sans emprisonnement infligé par celui-ci, ce genre de chose apparaît.

Lutinor rayonnait :

-Tu m’aimes bien.

Gardia l’ignora :

-Tout comme un collier, si le lien est rompu, il doit disparaître. Si Lutinor avait perdu ses pouvoirs, il aurait disparu.

Milen et le jeune homme échangèrent un regard, avant que Lutinor ne dise :

-Mais j’ai essayé… et y a plus rien. Même pas un petit soupçon d’étincelle.

Gardia insista :

-Justement. Et c’est ce qui est bizarre.

Milen eut un sursaut d’espoir :

-Peut-être que les pouvoirs de l’ancien dieu sont cachés tout au fond de vous.

Gardia la coupa dans son élan :

-Non, je ne ressens rien du tout en lui.

Les épaules de Milen et Lutinor s’affaissèrent en chœur.

-Comment on va faire pour sauver Charon ? Tu ne veux pas nous faire un portail ?

La jeune femme croisa les bras :

-Et que feriez-vous une fois sur place ?

Lutinor prit un temps de réflexion :

-Je leur demanderais gentiment de nous le rendre.

Milen soupira :

-Je crains qu’il ne faille un peu plus que ça.

Gardia ajouta :

-L’endroit le plus sûr actuellement est ce marais. Je vous conseille d’y rester pour l’instant.

-Mais Charon…

-Il peut se débrouiller, vous non.

Lutinor marmonna :

-Je trouve ça un peu vexant quand même.

Dérouté, les épaules basses et traînant des pieds, Lutinor revint vers le temple. Milen resta à son côté, réfléchissant déjà à la suite. Elle savait que le jeune homme tenterait à nouveau de chercher Charon ou resterait à se morfondre dans un coin. L’un et l’autre choix ne sont pas envisageable. Il faut qu’il s’occupe, mais comment ? Il ne voudra que chercher un moyen de libérer Charon.

-Vosu n’avez pas une bibliothèque ? Quelque chose qui nous permettrait de nous renseigner sur ce qui vous arrive ?

Lutinor se redressa, mais ne dit rien. Pour l’encourager à réfléchir, Milen ajouta :

-Quelqu’un a sans doute écrit sur ce genre de sort. Peut-être existe-t-il un moyen de l’inverser. Après tout, si les anneaux n’ont pas disparu du poignet de Gardia, ses que vos pouvoirs n’ont pas disparu. Même s’ils ne sont, apparemment, pas en vous, ils sont bien quelque part.

Le garçon dit enfin :

-Mais des pouvoirs peuvent exister en-dehors des gens ?

Milen haussa les épaules :

-D’habitude, je l’ignore, mais c’est ce que Gardia à l’air de sous-entendre.

-Mais s’ils m’ont pris mes pouvoirs, pourquoi il en reste ?

La vieille femme ne sut quoi répondre. Gardia a bien dit qu’il n’avait vraiment plus aucun pouvoir.

-Si les dieux peuvent donner leurs pouvoirs, peut être qu’ils peuvent les enfermer dans un objet…

Lutinor la coupa :

-Mais les pouvoirs qu’on m’a donné…

Milen coupa à son tour :

-C’est pour cela qu’il faut qu’on trouve des documents…

Lutinor se mit à courir vers la chambre de Charon. Milen le rejoignit, à bout de souffle. Voyant le jeune homme plongeait dans divers parchemins et livres, elle deamnda :

-Qu’est-ce que c’est que tout ça ?

-Les notes de mes prédécesseurs. S’il y a un truc bizarre, c’est peut-être là-dedans.

Milen se mit à lire sans plus poser de question.

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