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Chapitre 19

Bien que Noré n'attendait que cela depuis la veille, elle n'arrivait pas à y croire. L'adolescente avala la montée à grandes enjambées pour atteindre le sommet et là-haut une autre surprise l'attendait. Xilanos était dehors, la main au-dessus des yeux pour se protéger du soleil. Elle fut si heureuse de le voir debout qu'elle manqua l'étrangler en lui sautant au cou.

-Ce serait quand même dommage que tu m'achèves après tout ce que j'ai traversé.

La jeune fille rit en contemplant le ciel. Les premières sorcières étaient en train d'atterrir. Les Alianis, Vigle et Hëdjik regardèrent autour d'elles avec méfiance. Puis, Soria, Denelann et le père d'Hëdjik les rejoignirent. Ils se retrouvèrent tous les quatre s'enlaçant, parlant tous en même temps, pendant que Xilanos se lançait dans une discussion avec Vigle. L'attention de Noré fut attirée par une masse sombre en approche et finit par distinguer des centaines de fée transportant les Auriens, des sorcières les encerclaient. Elle se tourna vers les personnes présentes :

-Je pense que l'on devrait s'éloigner.

Ils se reculèrent dans la pente, dépassant les jumeaux qui venaient d'atteindre le sommet :

-Quoi ? Vous partez déjà ? On viens d'arriver.

-On laisse juste de la place pour que les autres puissent atterrir.

-Ah, et ils sont combien comme ça ?

-Je n'ai pas le chiffre en tête.

Noré était d'excellente humeur et rien n'aurait pu gâcher cela, même pas les idioties de deux frères. Les Auriens se posèrent et restèrent regroupés dans un coin, comme intimidé. Xilanos fit signe à Eliana d'approcher :

-Les Alianis ne sont pas venus ?

Vigle répondit :

-Seules Hëdjik et moi avons été appelé. J'ai confié le commandement à Mirna. C'est elle qui me succédera.

Eliana hocha la tête, mais Noré se pencha vers Xilanos :

-Ce n'est pas la mère d'Eliana qui devrait reprendre les Alianis ?

-Non, les nouveaux chefs sont choisis indépendamment des deux camps. Que l'Aurien qui devient chef garde sa mère d'origine est assez rare.

-Vigle était ta mère avant que tu deviennes chef ?

-Non.

-Alors, c'était qui ta mère ?

-Une Alianis nommait Firle.

Eliana fit face à Xilanos :

-J'aimerais te parler, en tête à tête.

Ils s'écartèrent tous deux, rendant Noré curieuse de savoir de quoi ils pouvaient discuter. Vigle l'observa en souriant et parla comme si elle avait lu dans les pensées de la jeune fille :

-Elle lui demande conseil. 

-Comment vous le savez ?

Hëdjik intervint pour la première fois dans la conversation :

-Xilanos n'ait plus un Aurien, maintenant qu'il a quinze ans, alors pourquoi le nouveau chef voudrait lui parler en tête à tête si ce n'est pour un conseil.

-Un conseil sur quoi ?

Vigle regarda les deux jeunes gens qui discutaient à proximité :

-Etant donné les récents événements, je pense qu'elle lui demande si elle n'aurait pas mieux fais de faire comme moi. Partir en laissant son successeur aux commandes.

-Et c'est ce qu'elle aurait dû faire ?

-Ce n'est pas à moi d'en décider.

-Ah bah, d'accord. On fait des cadeaux et dès que l'on a le dos tourné, on les jette !

Noré sursauta en faisant volte face. Elle reconnut instantanément les deux jeunes chevaliers qui s'avançaient :

-Luse ! Jdosté !

Luse la prit dans ses bras et la souleva de terre :

-Je t'ai manqué, ma demoiselle, n'est-ce-pas ?

-Peut-être un peu.

Il la reposa :

-Un peu ? Jdosté, y a-t-il une seule personne au monde à qui je ne manquerais pas ?

Son compagnon répondit :

-Tu ne manquerais à personne.

-Je suis sûr que je te manquerais.

-Même moi j'en doute.

Luse revint à Noré en faisant une grimace :

-Il est de mauvaise humeur.

Elle observa un instant la silhouette svelte de Luse, ses cheveux bruns et courts, ses yeux gris et passa à Jdosté. Plus vieux, plus grand, les joues noircies d'une barbe naissante et ses yeux verts.

-Vous n'avez pas changé.

-Cela ne fait pas si longtemps que l'on ne s'est vu.

Jdosté intervint :

-Quand même c'était...

Il sembla réfléchir, comptant mentalement le temps écoulé. Noré coupa sa concentration en disant :

-Cela a était trop long de toute façon.

Luse prit un air faussement sévère :

-C'est pour cela que tu as jeté la plume que je t'ai offerte.

-Non, je l'ai offerte à quelqu'un d'important.

Cela rappela à Noré qu'elle n'avait pas revu Bébé depuis un certain temps. Il faudrait qu'elle prenne le temps de voir ce que les sorcières lui voulaient exactement. A cet instant, le capitaine Pakt finit par les rejoindre :

-Pas très bavarde ces femmes. Je suppose que c'est à toi que nous devons d'être là.

-Oui, c'est...

Vigle lui coupa la parole :

-Je vous connais. Vous êtes le chevalier Pakt.

L'homme lui fit face, le front plissait sous la concentration, puis son visage s'éclaira :

-Vigle ! Ça alors, qu'est-ce que vous faites ici ?

Il approcha :

-Comme vous avez grandi !

Noré fut surprise de voir Vigle rougir.

-Je suis parti dans le nord, lorsque Lyan m'a demandé de quitter le siège.

Le capitaine vit le cercle blanc sur son front :

-Te voilà Alianis alors.

Noré intervint :

-Si cela ne vous dérange pas, je pense qu'il vaut mieux attendre que tout le monde soit là pour tout expliquer.

-Combien doivent encore arriver ?

-Quelques uns.

-Voilà qui reste vague, je suppose que l'on a le temps de discuter du bon vieux temps.

Il prit le bras de Vigle d'un geste paternel et ils s'éloignèrent en parlant d'autrefois. Noré avait fait le rapprochement lorsque Lyan lui avait raconté son histoire. Pakt, le chevalier qui avait gardé sa mère, Vigle, le jeune chevalier qui avait soigné son père. Mais cela ne lui paraissait pas aussi réel qu'en cet instant. Les voir marcher côte à côte donnait une tout autre dimension à l'histoire, à vrai dire, ce n'en était plus une. Cela avait quelque chose d'intimidant et d'effrayant.

La massive forme de Darion apparut dans son champs de vision. Voir le marchand qu'elle avait croisé au tout début de son périple lui fit aussi un drôle d'effet. Il finit par l'apercevoir et s'approcha en souriant :

-Ah, enfin, quelqu'un que je reconnais.

Il berçait dans ses bras une fillette qui ne pouvait être que Yeone.

-Elle a bien grandit.

-C'est sûr. Elle n'arrête pas de manger. Dis-moi, j'aimerais un endroit où elle pourrait dormir calmement. Dans les airs ce n'était pas vraiment idéal, bien qu'il est fallu faire des pauses. Même à plusieurs pour me porter, les pauvres femmes ne tenaient pas le coup.

Il eut un sourire gêné, mais Noré vit bien que lui aussi était exténué.

-Suivez-moi, il y a un campement plus bas.

En descendant, ils rencontrèrent Téline et Frent qui demandèrent :

-Que ce passe-t-il là-haut ?

-Ça y est, ils arrivent. Vous pouvez conduire Darion et sa fille au campement ? Qu'ils se reposent et, peut-être, leur donner quelque chose à manger.

Téline acquiesça :

-Oui, bien sûr. Venez. 

Noré se tourna vers Darion :

-Je vous laisse. Je vais voir qui d'autre est arrivé.

-D'accord.

Noré s'éloigna et vit que les Auriens commençaient à s'éparpiller. Elle repéra Sainie, Lydia, Pitan et Adlaté agglutinaient autour d'une des inventions qui trônait au bord du chemin. Même Dal avait dût quitter ses parents pour les rejoindre et pour lui, Noré espéra que toute cette histoire ne durerait pas. Nanz et Touja avaient rejoint le groupe formait de Xilanos, Eliana et Vigle. Hëdjik passait sans cesse de ce groupe à celui de Soria, Denelann et son père. Pendant un temps, plus personne ne vint, alors Noré et Soria montrèrent le campement et chacun partit chasser à sa manière. Le résultat donna un déjeuner particulièrement copieux. Les jumeaux firent connaissance avec Luse, Jdosté et leur capitaine et la jeune fille nota combien ils veillaient à bien se tenir. Peu à peu, les méfiances s'apaisèrent et ils commencèrent à parler. La forêt s'anima peu à peu de discussion et dans la soirée, Vino vint les avertir que d'autres allaient les rejoindre. La famille de voleur fut conduite au campement. Lulienne arriva, tenant son fils par la main, son mari de l'autre côté. Elle était suivi de près par Qoerus, venait ensuite leur frère et sa fille, leur parents, leur oncle et leur grand-mère. Noré marcha droit sur la jeune voleuse :

-Cela faisait longtemps.

-Oui, je crois que c'est le moment où jamais de te remercier pour nous avoir aidé à sauver ma famille.

-On est quitte. C'était toi, n'est-ce-pas ? Qui a traversé la cour de la prison avec ton basilic.

Lulienne sourit :

-Je me suis dit que cela pourrait aider, une petite diversion.

Soria vint les saluer et la voleuse demanda :

-Où est votre ami pirate ?

-Pas encore arrivé. Même les sorcières doivent avoir des difficultés à entrer dans le siège.

Le père de Lulienne croisa les bras :

-Et on en attend encore beaucoup comme ça ?

Soria intervint :

-Allez-vous asseoir, on va vous expliquer.

Les voleurs s'entre regardèrent avec méfiance, mais Lulienne et Qoerus obéirent tranquillement. Cependant, leur père lança :

-Que faites-vous ?

Lulienne s'assit en tailleur et posa son fils près d'elle :

-On attend les explications.

-Parce que vous leur faites confiance.

-Elles vous ont sauvé la vie, je vous rappelle.

Les autres membres de la famille allèrent s'asseoir avec lenteur, tenant à montrer combien cela ne les enchantaient guère. Voyant que les voleurs s'installaient déjà, Noré et Soria firent le tour pour ramener tout le monde au même endroit. Lorsque tous furent assis, la Saldrian murmura à la jeune fille :

-Allez, va leur parler.

Malgré l'angoisse qui l'étreignait, Noré vint devant tous ses amis et commença :

-J'ignore ce que les sorcières vous ont dit, mais sachez que vous êtes ici pour votre sécurité.

Une voix se fit entendre sans qu'elle put saisir ce qui était dit et il lui sembla bien qu'il s'agissait d'un des jumeaux.

-J'ignore pour combien de temps. Ce qui est sûr c'est que le siège vous cherche.

Darion demanda :

-Pourquoi ?

-Parce que vous me connaissez.

Des regards, des murmures furent échangés. Elle tenta de poursuivre, mais l'adolescente avait du mal à trier ses idées :

-Je vais tenter d'être clair. J'avais un bracelet en argent, peut-être que certain s'en souvienne, il servait en fait dans un rituel. Il faudrait que je vous explique depuis le début.

Elle se frotta le front, embrouillée dans ses explications, intimidée par tous ces yeux qui la fixaient. Le capitaine Pakt vint à son secours en se levant et vint à ses côtés :

-Je pense que je pourrais vous expliquer.

Elle lui offrit un sourire soulagée et s'effaça dans un coin. Alors que le capitaine commençait à raconter comment le rituel du sacrifice avait commencé, Vino s'approcha de la jeune fille.

-Nous avons un problème.

Tout de suite, Noré imagina le pire et demanda avec inquiétude :

-Lequel ?

-Les Tiarks.

Elle allait demander où était le problème, mais s'en rendit compte avant de poser la question. La pleine lune les changerait en loup et ils se feraient tous dévorer en une nuit.

-Vous n'avez nulle part où les enfermer ?

Vino ouvrit la bouche pour répondre quand Teruret surgit à son côté :

-Si nous pouvons nous permettre.

-Nous avons une idée.

-Des cages en métal.

La sorcière serra les dents :

-Il est impoli d'écouter les discussions des gens.

Meratir répliqua :

-Si vous ne vouliez pas être entendu, vous aviez largement l'espace pour vous mettre à l'écart.

-C'est vrai. Nous, les gens qui discutent discrètement tout à côté, ça nous attire.

Vino grimaça :

-De vrais mouches.

Noré recentra la discussion :

-Pour les Tiarks ?

La sorcière sembla réfléchir un instant, jeta un regard vers les cabanes, puis sur les jumeaux et finit par soupirer :

-Je pense que nous avons un moyen. Il faudra un peu de temps.

Elle s'éloigna sans plus de précision et Noré lança aux jumeaux :

-Vous devriez écouter ce que dit Pakt.

Ils effacèrent la proposition de la main :

-On s'en fiche de savoir pourquoi on est là. Du moment qu'on échappe aux corvées et qu'on poireaute pas des heures dans un couloir humide. 

-Vous n'avez jamais pensé à démissionner, rendre votre armure ?

Meratir donna un coup de coude à son frère :

-Elle veut nous voir tout nus.

Une vague de désespoir passa sur le visage de Teruret qui répondit :

-En fait, je crois que l'on y a jamais pensé. 

Il sembla réfléchir sérieusement, avant de hausser les épaules :

-On a était nourri et logé, au fond c'était pas si mal.

Noré leur sourit et reporta son attention sur le discours de Pakt. Lorsqu'il eut finit, il y eut un instant de silence profond. Tous gardèrent les yeux fixés sur le capitaine comme s'ils en attendaient quelque chose. Puis, petit à petit, des murmures se propagèrent. Les regards se détachèrent et un brouhaha de discussion prit le dessus. Pakt se tourna vers Noré et elle le rejoignit :

-Vous croyez qu'ils accepteront de rester, même si cela dure longtemps ?

-Je l'ignore. Ils n'ont pas tous le même tempérament. Dis-moi, Lyan devrait arriver, non ?

-Oui, je ne sais pas quand.

Elle regarda autour d'elle les gens qui commençaient à s'agiter et se demanda ce qu'elle devrait faire si certain décidait de repartir. Jusque tard dans la nuit, les points de vue furent échangés, mais peu à peu, le sommeil prit le dessus. Les cabanes furent partagées et chacun s'y glissa. Noré resta allongée dans l'obscurité. Elle avait hâte que Titian et Lyan arrivent.Au moins, ils sauraient prendre les choses en main. La jeune fille ne se rendit pas compte qu'elle s'endormait et lorsque le soleil fut haut, la chaleur la réveilla. Elle resta dans un état léthargique, le corps trop lourd pour tenter de se lever. Pourtant, la promesse d'un vent frais à l'extérieur de la cabane, lui donna un regain d'énergie. L’adolescente ne fut pas déçue car à peine sortit, une bourrasque se glissa dans ses vêtements, ébouriffant ses cheveux châtains. Respirant profondément, l'odeur de grillade lui mit l'eau à la bouche. Autour d'elle, le campement était animé, les groupes s'étaient dissous et mélangés. Elle vit des Auriens discuter avec Qoerus. D'un autre côté Soria, Hëdjik et Denelann semblaient débattre sur la difficulté de la vie en Terres Sanglantes avec les chevaliers. Tout ce mélange fit plaisir à Noré, s'ils s'entendaient, la cohabitation serait plus facile pour tout le monde. En levant les yeux au ciel, elle s'aperçut qu'elle avait du dormir toute la matinée, ce devait être le début d'après-midi. Noré suivit l'odeur de viande grillée et eut la surprise de trouver Lyan près du feu, en discussion animé avec Pakt. Ils riaient à gorge déployée en buvant de l'eau comme si c'était du vin. La jeune fille ne put s'empêcher de sourire à ce spectacle et quand Lyan l'aperçut, il lui ouvrit grand ses bras :

-Ah, la voilà. Celle à qui je dois d'avoir retrouvé mon plus vieil ami.

Elle s'approcha, sans pour autant venir trop près. Noré ne s'était pas encore faite à l'idée qu'il fut son père et celui-ci ne sembla pas s'en formaliser. Continuant de sourire, il demanda :

-Dis donc, à peine arrivé Titian s'est éclipsé avec une fort jolie jeune femme. M'aurait-on caché des choses ?

Noré souriait toujours, hésitant à parler, sachant que Titian serait probablement furieux contre elle si elle le faisait. Mais, Lyan finirait bien par le savoir et elle dit :

-C'est Soria, une amie très très proche.

Le regard de Lyan s'éclaira avant de dériver par dessus l'épaule de sa fille. Une voix morne se fit entendre:

-Et Titian va te botter le cul très très vite.

De fait, un coup la projeta en avant, mais son père la rattrapa.

-Ne tape pas ta soeur.

Soria s'exclama :

-Mais oui, c'est vrai ! Noré m'a mise au courant. Vous êtes leur père, je présume.

Lyan la salua :

-J'ai cet honneur oui. Il est dommage que Titian n'est pas prit la peine de nous présenter avant de vous enlever.

Le pirate répliqua :

-J'avais un avis de décès à révoquer, ce qui, tu m'excuseras, est beaucoup plus important.

Pakt se leva alors :

-Excusez-moi de vous interrompre, mais maintenant que nous sommes tous réunis, que comptez-vous faire ?

Noré dit avant qu'on ne lui pose la question personnellement :

-Moi, je n'y ai pas vraiment réfléchit, alors si quelqu'un a une proposition.

Lyan mis les mains dans son dos et proclama d'un air résolu :

-La réponse est évidente. La guerre.

L'adolescente ouvrit de grands yeux :

-Vous y pensez vraiment ?

Venant de Lyan qu'elle avait plutôt jugé comme un homme pacifique, elle était surprise. Titian surenchérit en embrassant le campement et tout ceux qu'il contenait d'un geste du bras :

-Bien sûr. Pourquoi s'en priver ? Tu as déjà ton armée.

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