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-Donnez-moi les bracelets.
Titian les attacha à sa ceinture et demanda aux pirates :
-Où est le navire ?
-On peut y être demain.
-Alors, en route.
On lia les mains de Noré avant de retirer la chaîne. Ensuite, ils se mirent en marche. Titian devant et les deux jeunes filles entourées de pirate. Noré essaya de le distinguer tout en marchant. Il allait agir, d'une manière ou d'une autre. Cela ne pouvait être qu'une ruse. Bientôt, il se retournerait, surprendrait les pirates et les délivrerait.
Le jour déclina et rien ne se produisit. Soria restait silencieuse et Noré perdit tout espoir. Ils ne s'arrêtèrent à aucun moment. Ils avaient continué à marcher sur le chemin jusqu'à ce que les plus hauts toits de Syf soient hors de vue et avaient alors pris des chemins de traverse. Noré ne cessait de cogiter.
Xilanos s'était sans cesse méfié. Vigle, même, l'avait averti. Ce n'était pas tellement qu'elle n'en avait pas tenu compte, après tout, elle avait douté aussi. Mais ses doutes s'étaient vite envolés sous des excuses qui lui paraissait bien illusoire à présent. Pourtant, maintenant encore, la même question lui revenait à l'esprit. Pourquoi Titian l'avait aidé à se sauver du navire ? Elle avait beau y réfléchir, elle ne trouvait aucune réponse satisfaisante. Sans compter qu'il avait tout de même tué des pirates, donc ses compagnons. Non, il devait y avoir autre chose et cette autre chose, la jeune fille ne pouvait le nier, c'est qu'elle espérait, encore, que ce soit les pirates qu'il était en train de tromper. L'adolescente chercha un soutien quelconque près de Soria. Celle-ci marchait, droite, les yeux fixés vers l'avant. Près d'elle, les pirates murmuraient, ricanaient en lui jetant des coups d'oeil lubriques. La Saldrian les ignorait en femme qui a l'habitude. Peut-être espérait-elle aussi que Titian ne les ai pas trahi et que tout ceci ne soit qu'une mise en scène.
La nuit tomba. Ils 'étaient arrêtés dans un champ d'herbes hautes. En cercle, les deux jeunes au centre. Ils n'avaient pas allumé de feu, malgré le froid. Après la journée où le soleil avait été généreux, Noré se recroquevilla pour conserver un peu de chaleur. Elle entendait les pirates discutés, mais se moquer bien de ce qu'ils pouvaient raconter. Elle ne s’intéressait qu'à Titian qui lui et, peu à peu, les voix s'éteignirent, les pirates s'endormirent, sauf deux sentinelles. Noré s'allongea sans fermer les yeux. Elle ne se sentait pas de dormir avec un tel entourage. La jeune fille sentit une main lui caresser les cheveux et se retourna. Soria lui sourit. Elles restèrent un instant à se regarder. Puis, la jeune fille dit, sa voix couverte par les ronflements des pirates :
-Soria, je veux pas que Titian ne soit plus avec nous.
La jeune femme répondit :
-Mais il est avec nous.
Noré fronça les sourcils sans comprendre. Son sourire s'accentua :
-N'oublie pas ce qu'il a dit. Il faut être fou pour trahir son capitaine.
-Et alors ?
-Et qu'est-ce que je lui ai dit, il n'y a pas si longtemps ?
Noré chercha dans ses souvenirs et cela lui revint d'un coup, en même temps qu'un peu d'espoir :
-Que Titian avait l'air fou.
Soria conclut :
-Alors, attendons de voir si j'avais raison.
Noré la soupçonna de vouloir simplement la rassurer, mais cela marchait. Titian allait les délivrer, peut-être même pendant la nuit. Elle ne dormit que d'un œil, réveillée au moindre bruuit. Elle eut l'impression que le jour ne viendrait jamais et quand, enfin, l'horizon s'éclaircit et qu'on les fit se lever, elles étaient toujours prisonnières. Sans un regard, sans un mot à leur intention, Titian reprit la tête de la marche. Ils se remirent en route. Noré était affamée. Les vêtements imprégnés de rosée, elle frissonnait de froid. Cela contribua à éteindre le peu d’espoir qui avait refait surface la veille. Ils atteignirent la plage en début d'après-midi. Des barques attendaient de les emmener sur le navire qui avait jeté l'ancre au large. Titian ordonna :
-Allez, montez ! Dépêchez-vous !
Les hommes obéirent. Il se tourna vers Noré et retira les cordes qui lui liaient les mains. La jeune fille massa ses poignets douloureux. Puis, quelque chose lui parut étrange. Elle baissa les yeux sur son bras droit. Le bracelet avait disparu. L'adolescente regarda au sol s'il n'était pas tombé et releva la tête à temps pour voir Titian le glisser discrètement dans sa poche. Un homme la saisit et la jeta dans une barque avant qu'elle n'ai pu dire un mot.
Noré et Soria restèrent silencieuses, observant la masse noire du navire qui s'approchait. Une échelle de corde fut lancée et on les fit monter à bord. La jeune fille fut parcouru de frisson en voyant le capitaine aux cheveux océan. L'homme sourit en apercevant Titian :
-Eh bien ! Tu as mis plus de temps que prévu. J'espère que la mort de mes hommes aura servi à quelque chose.
Le Jeune homme lui rendit son sourire :
-Comme si t'en avais quelque chose à foutre. Regarde plutôt ça.
Il lui présenta le bracelet. Le regard du capitaine s'illumina et son sourire s'élargit. Ainsi, Soria avait deviné juste. Il voulait simplement le bracelet. L'homme le saisit avec délicatesse cimme s'il s'était s'agit de l'objet le plus précieux qu'il ai tenu entre ses doigts. L'observa avec émerveillement avant de demander :
-Et la propriétaire ?
Le cœur de Noré se mit à battre si fort qu'elle se sentit sur le point d'étouffer.
-Je l'ai perdu.
Elle sourit intérieurement. N'était-ce pas une preuve que Titian était toujours de son côté ? Le capitaine continua sans lâcher le bracelet des yeux :
-Dommage, il faudra que tu retournes la chercher.
Un des pirates s'avança vers Soria. Ce n'est qu'à cet instant que Noré remarqua que tous les hommes avaient les yeux fixés sur la jeune femme. Il y eut quelques ricanements quand l'homme s'approcha encore. Soria resta immobile, sa mâchoire se contracta. Titian se tourna vers eux pour voir ce qu'il se passait. Il eut un reniflement belliqueux :
-Bas les pattes, Geinrad.
Sa voix était toujours calme. Il enchaîna sur un bâillement et se gratta la tête. L'homme fit un pas en arrière. Le capitaine demanda dans un éclat de rire :
-Tu la veux pour toi tout seul ?
Titian regarda son beau-père et dit le plus naturellement du monde :
-C'est ma femme.
Il y eut un nouvel éclat de rire, mais ce n'était pas le capitaine. Soria était prise d'un fou rire incontrolable en imaginant la situation. Tous la regardèrent avec surprise. Le jeune homme ne tenta pas de la faire taire. Continuant de fixer son beau-père, il dit d'un ton neutre :
-Oui, elle est folle.
-Bien, emmenez-la dans les quartiers de Titian. Mettez la gosse en bas.
Comme un pirate s'approchait de Noré, Titian le devança et la saisit par le bras. Il l'entraîna dans la cale. Elle se laissa faire et lorsqu'elle estima que les pirates furent hors de portée de voix, elle tenta de lui parler. Le jeune homme resta de marbre. Ils atteignirent la cale rapidement. Parmi les provisions, trônait une cage assez grande pour qu'elle puisse se tenir debout. Le jeune homme l'ouvrit avec une clé posée à proximité et entra avec elle. Il lui arracha le collier de Xilanos, la jeta au fond, sortit et verrouilla la porte. Alors qu'il la rangeait dans sa poche, Noré tenta encore de le faire réagir :
-Pourquoi tu m'as sauvé ? Pourquoi es-tu resté avec moi ?
Titian répondit sans lui jetait un regard :
-Un pirate qui se promène seul effraie les gens. Avec une jeune fille qui me suivait de son plein gré, c'était plus facile de les approcher.
-Quel était l’intérêt ?
-Ça ne te regarde pas.
-Et mon bracelet ? Qu'est-ce qu'il a de si spécial ? Pourquoi le voulez-vous ?
Titian l'ignora et sortit. Noré le regarda s'éloigner sans plus rien dire. Lorsque la porte fut fermée, elle alla s'asseoir dans un coin et attendit. Que pouvait-elle faire d'autre ? Le temps passa. On lui apporta à manger sous la surveillance de Titian. Mais elle ne le regarda même pas. Un pirate entra avec la gamelle, la posa au sol près de la porte et partit. Le jeune homme referma à clé et ils sortirent. Noré prit le plat. Une soupe composée surtout d'eau remplissait la gamelle. Cependant, elle avala d'une traite, affamée comme elle l'était. Le temps passa, personne ne revint. La jeune fille s'étala sur le dos, tournant encore et encore les mêmes questions. Un bruit la réveilla. Elle fut surprise de se rendre compte qu'elle avait pu dormir. On lui apportait un nouveau repas, le meêm que plus tôt. Elle l'avala avec plus de réticence et se recoucha. Noré ferma les yeux et se laissa bercer par le houle de l'océan. Elle s'endormit à nouveau.
-Noré, Noré.
L'appel était fait d'une voix si douce qu'elle eut du mal à croire que c'était la réalité. En ouvrant les yeux, elle aperçut Soria, accroupie derrière les bureaux. Noré se redressa sur un coude :
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-Titian m'a fait entrer.
-Entrer ?
-Oui, il est à la porte.
-Alors... il est avec nous ?
La jeune femme hocha la tête en souriant :
-Il est complètement fou.
-Que s'est-il passé quand on m'a enfermé ?
-Deux hommes m'ont conduis dans la cabine de Titian. Il m'a rejoins plus tard. Il avait à faire avec le capitaine, à ce qu'il m'a dit.
Tout en parlant, Noré s'était approché de Soria et cherchait du regard le jeune homme. Comme il restait hors de vus, elle supposa qu'il se tenait à l’extérieur.
-Est-ce qu'il t'a expliqué pourquoi il a agit comme ça ?
-Comme les pirates ne cessaient de nous suivre et qu'ils nous rattraperaient à nouveau, alors, il a pris les devants.
-Il leur a fait croire qu'il était dans leur camps, comment ?
-Cette nuit-là, dans la ruelle, lorsque nous passions le mur, il est allé trouver un des groupes de pirate. Il leur a dit qu'il recherchait le bracelet pour le capitaine, qu'il avait eu des informations par un de leur prisonnier. Ils l'ont cru, je pense qu'il leur fait peur en fait. Il leur a dit la direction que nous prendrions pour qu'ils nous suivent de plus près. A Syf, il a quitté la ville, comme il nous l'a dit, pour prévenir les pirates que nous arriverions et de se préparer à nous capturer et voilà.
-D'accord, mais pour le reste ?
-Le reste ?
-Oui. Pourquoi la fuite du bateau ?
-Je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est que je me retrouve à partager une cabine avec lui.
Noré rit :
-Ce doit être difficile de ne pas vous entre-tuer.
-Au moins, il me laisse le lit.
On toqua à la porte. Soria se releva :
-J'y vais. On va essayer de te tenir au courant.
Elle sortit en la saluant de la main. Noré s'en retourna dans son coin, rapporta ses jambes contre elle et posa son menton sur ses genoux. Elle resta ainsi, à rêvasser. La visite de Soria l'avait rassurée et maintenant qu'il était s^r que Titian ne les avait pas trahies, elle retrouva une certaine sérénité. La jeune fille finit par se mettre à marcher en rond, regardant les alentours. On lui apporta un repas qu'elle mangea sans appétit. Elle retourna s'asseoir, s'endormit un peu, puis Titian vint la voir. Il resta debout, jetant sans cesse des regards vers la porte :
-Soria m'a dit que tu avais des questions.
-Oh, tu sais, toujours les mêmes. Raconte-moi tout ce que tu sais. Je veux savoir pourquoi le capitaine veut ce bracelet.
-Je l'ignore.
Elle soupira, exaspérée :
-Et pour le reste ?
-Ça, c'est facile. Le capitaine cherche le bracelet depuis quelques temps. Me demande pas pourquoi, ça lui est soudainement venu. Je ne tiens pas à imaginer ce qu'il se passe dans sa tête. Bref, il me fait part de cette nouvelle lubie et précise bien qu'il veut, non seulement le bracelet, mais aussi celle qui le porte. Sur ce , on double les attaques sur les bateaux venant de Sinia. Apparemment, il savait que c'est de là-bas que viendrait le porteur. Je fais en sorte que les femmes et jeunes filles portant des bracelets d'argent simple soient envoyées dans ma cabine. Un beau jour, te voila et l'affaire et dans le sac. Seulement...
Titian marchait de long en large, près de la cage, les mains dans le dos comme un professeur récitnt une leçon. Après un court silence, il reprit :
-Seulement, j'ai eu tout le loisir de m'imaginer tout un tas de théorie sur ce bracelet. Pour que le capitaine le veuille, il doit vraiment être spécial. Au début, je pensais te livrer au capitaine, mais j'ai vite changé d'avis. Je pouvais te garder près de moi, voir si ce bijoux me révélerait ses secrets.
Nouvelle pause. Noré le soupçonna de rendre tout cela volontairement un peu théatral.
-Rien ne s'est produit et voilà que la petite veut se carapater. Je fus vite décider. En t'aidant à t'enfuir et en t'accompagnant, je finirais bien par savoir à quoi sert ce bracelet.
-Mais, pour les pirates...
-J'y viens. Je savais que les pirates seraient après nous. Seulement je ne pensais pas qu'ils s'accrocheraient autant. J'ai compris que ce bracelet était bien plus qu'une lubie pour le capitaine, pour qu'il s'acharne de la sorte. Alors, plutôt que de fuir sans cesse, j'ai retourné ma veste et fait croire que je recherchais le bracelet.
-Ça explique beaucoup de chose, mais pourquoi me voulaient-ils vivante s'ils ignorent que j'avais le bracelet ?
-Simple. Le capitaine se demandait pourquoi je te gardait dans ma cabine, de ma part c'était soupçonneux. Je lui ai dit que tu avais des informations sur le bracelet et que j'essayais de te faire parler. Sur ce, il s'est imaginé que je t'emportais avec moi pour t'avoir sous la main et que, par conséquent, tes informations devaient avoir de l'importance, d'où l’intérêt de te garder en vie.
Elle hocha la tête, montrant qu'elle comprenait. Il sembla attendre d'autres questions et elle finit par demander :
-Et maintenant ? Où on va ?
-En Terres Sanglantes.
Elle sursauta :
-Quoi ?
-Le capitaine veut faire payer une rançon aux Saldrians pour Soria.
-Mais, tu as dis que c'était ta femme, non ?
Il éclata de rire et s'étira :
-Ce n'est qu'un détail. Ce n'est pas comme s'il en avait quelque chose à faire. T'inquiète pas, je la protège.
Noré sourit :
-Toi ? Tu protèges Soria. De ton plein gré ?
-Figure-toi qu'elle est adorable sans ses bracelets mortels.
Elle ricana :
-Adorable, hein ?
-C'est fini, oui ? Je m'en vais, puisque visiblement, tu n'as plus de question. Il est possible que tu ne nous vois pas un moment, alors reste calme.
-Je suis calme. J'ai que ça à faire de toute façon. Etre calme.
Elle cala son visage entre les barreaux et poussa un profond soupir.
Plusieurs jours s'écoulèrent sans qu'elle ne revoit Soria. Titian accompagnait toujours l'homme qui lui apportait à manger, étant seul détenteur de la clé. Ce^pendant, il veillait à ne pas lui adresser la parole. La seule source d'inquiétude de Noré, à présent, était que le capitaine découvre que Titian avait menti et qu'elle était la propriétaire du bracelet. Puis, un matin, ses deux compagnons vinrent lui parler. Cette fois-ci, Titian ne resta pas à la porte, il vint s'asseoir près de Soria devant la cage. Celle-ci tendit une pomme :
-Tiens, ça te changeras de la soupe.
Noré prit le fruit avec gratitude.
-Alors, comment vas-tu ?
Elle haussa les épaules en croquant dans la pomme. Il y eut un silence. Soria la regarda manger avec patience, pendant que Titian gardait un œil sur la porte.
-Qu'est-ce que vous faites là ?
Titian réagit :
-C'est elle qui m'énerve à s'inquiéter tout le temps.
-Sans doute, mais si tu étais plus loquace quand je te demande si Noré va bien, nous ne serions pas là.
Noré remarqua que Soria avait saisi la main du pirate dans un geste affectueux. Elle eut un sourire amusé. Titian le remarqua :
-Qu'est-ce qui t'amuse ?
-Rien. Je me disais juste que tous les deux, enfermés dans une petite cabine, la cohabitation doit être difficile.
-C'est un sous-entendu que je perçois ?
Soria rit et Noré changea de sujet avant que Titian ne se mette en colère :
-Sommes-nous bientôt arrivé ?
Titian hocha la tête.
-On ne devrait plus être loin.
-Et qu'est-ce qu'on fera une fois sur place ? On ne va pas les laisser menacer les Saldrians.
-On a un atout considérable. Le capitaine ne s'est jamais rendu en Terres Sanglantes, pas plus que ses hommes. Avec Soria comme guide, nous pourrons nous échapper plus facilement.
-Et comment ferons-nous pour revenir en Métane ?
-Un problème à la fois, tu veux ?
Elle n'insista pas. Titian se leva :
-On y va. Ils ne devraient pas tarder à t'apporter ton repas.
Ils approchaient de la porte quand des pas leur parvinrent. Probablement, l'heure du repas. Noré nota la façon dont Titian prit Soria par la taille pour la glisser derrière la porte. Il se tenait à ses côtés quand la porte s'ouvrit. L'homme entra, la même gamelle en main et alla directement vers la cage. Titian s'avança dans la pièce, comme s'il venait d'y entrer et Soria se glissa dehors. Quand elle fut sortie, le jeuen homme s'adressa au nouvel arrivant :
-Alors ? On ne m'attend pas pour nourrir la prisonnière ?
Le pirate fit un bond au son de sa voix et fit volte face :
-Je t'ai cherché partout, je te jure.
-C'est ça. De toute façon, ce n'est pas comme si tu pouvais faire grand chose sans ça.
Titian sortit la clé et alla ouvrir la vague. L'homme déposa la gamelle et ressortit. Titian le suivit du regard, tandis qu'il quittait la pièce, puis dit à Noré :
-Bon, je vais retrouver Soria avant qu'elle se fasse prendre. A tous les coups, elle s'est cachée. Il va me falloir des heures pour la retrouver.
Noré éclata de rire en les imaginant jouer à cache cache sur un navire pirate. Titian bailla et sortit en refermant la porte. Elle guetta et comme aucun bruit de cavalcade ou d'appel ne se faisait entendre, elle conclut qu'ils étaient retournés à la cabine sans encombre. Après cela, il fallut attendre, à nouveau. Le temps s'écoula sans qu'elle ne sache plus combien de jours s'étaient écoulés. Elle essayait de se repréer au repas, mais perdit vite le compte. La jeune fille abandonna et choisit de se laisser porter en attendant que Titian lui dise quoi faire.
Et puis, un jour, l'homme qui lui apportait la nourriture vint seul. Il posa la gamelle devant la cage et sourit :
-Titian n'est pas là aujourd'hui. Il est occupé avec le capitaine.
Noré se demanda pourquoi il se donnait la peine de préciser.
-Approche.
-C'est cela, oui.
La jeune fille ne fit pas un geste. L'homme resta souriant et tendit du pain qu'il sortit de sa poche à travers les barreaux :
-Allons, approche petite, viens.
Noré se demanda pour quel genre d'animal il devait la prendre. Elle eut un sorire moqueur. Titain n'acait certainement pas donné la clé à cet homme, aussi, elle ne risquait rien. Ce sourire ne fut pas du goût de l'homme qui devint soudain furieux. L'adolescente sursauta quand il se mit à hurler. A croire qu'il était fou. Sa première frayeur passa vite et elle se contenta de le regarder s'épuiser.
Brusquement, il s'arrêta. Un instant, Noré se demanda pourquoi, puis elle aussi entendit. Des voix de femmes résonnaient à l'extérieur dans un chant grave et triste. L'homme se releva avec un éclat de rire :
-Le Chant des Oubliés ! Les harpies !
Il sortit en courant, continuant de crier. Noré fronça les sourcils se demandant ce que cela voulait dire. Fermant les yeux, elle essaya de comprendre les paroles de la chanson. Celle-ci était répétée en boucle et à force de concentration, elle finit par les entendre certainement :
Ouvre ton âme et ferme les yeux,
Toi qui entre en ces lieux.
Sur ces îles noires sans espoir de rappel,
Dans les profondeurs de la nuit éternelle,
Survivent les peuples rejetés.
Ecoute, le Chant des Oubliés.
Si tu crains les ombres et les chagrins,
Aventurier, passe ton chemin.
Si malgré tout, tu traverses cette ligne,
Alors, fou, c'est que tu cherches une mort digne.
Ici, la souffrance est reine,
Elle a pour fille la peine.
Tu mourras de la main de ces êtres affamés.
Personne n'a jamais quitté la terre des âmes torturées.
Alors, n'ignore pas le Chant des Oubliés.
La jeune fille ouvrit les yeux et la peur l'enveloppa en comprenant ce qu'il se passait. Ils étaient arrivés en Terres Sanglantes. Elle guetta l'entrée de Titian dans la cale, car il faudrait bien qu'il la sorte de cette cage. Noré s'impatientait, quand soudain, une secousse souleva tout le navire et la projeta contre les barreaux.
Le bateau pencha violemment. Un rocher pointu gigantesque transperça le bois dans un fracas monstrueux, tel la dent aiguisé d'un monstre marin. L'adolescente hurla. Une eau verdâtre commença à entrer. Il lui fallu quelque secondes, pour réaliser que le navire coulait. Noré s'agrippa aux barreaux, les secoua et, au moment où elle voulut appeler à l'aide, se ravisa. Elle doutait que ses geôliers soient intéressés par son sort en ce moment. Elle regarda l'eau monter, l'esprit complètement vide. En observant avec plus d’attention, la jeune fille vit que l'eau restait au même niveau. Cherchant à savoir pourquoi, il lui apparut que planté sur cette pique gigantesque, le navire ne pouvait plus ni bouger, ni couler. Elle reprit espoir et chercha du regard un outil ou quoique ce soit qui pourrait l'aider à ouvrir la porte. L'adolescente était restée tellement de temps dans cette cale qu'elle en connaissait tout ce qu'elle contenait, aussi loin que portait son regard. Aussi, savait-elle pertinemment qu'il n'y avait rien qui lui serait d'un quelconque secours. Elle n'en scruta pas moins la pièce avec une grande attention. Mais, un bruit la coupa dans ses recherches. On ouvrait la porte.
Soria entra en courant, serrant fortement dans sa main, la clé de la cage.
-Je commençais à croire que vous m'aviez oublié.
-Vite ! C'est la pagaille là-haut, on va en profiter.
-Où es Titian ?
-Il nous attend sur le pont.
Elle suivit Soria hors de la pièce. La jeune femme l'arrêta avant qu'elle ne monte sur le pont :
-Fais attention. Les harpies attaquent le bateau.
Noré aurait apprécié un conseil, mais Soria était déjà sortie. Elle la rejoignit.
Le vent la gifla violemment, la faisant chanceler. La pluie tombait en trombes ne permettant qu'une vision limitée. Les formes des pirates couraient en tout sens, hurlant tels des fantômes. Sur la droite, une autre rocher, identique à celui qu'elle avait vu en bas, avait transpercé la coque et était ressorti sur le pont. Le bateau était éventré et, comme elle l'avait deviné, incapable de se déplacer. Elle s'avança vers le bord en claquant des dents de froid et distingua une ligne infinie de ces pieux de pierre jaillissant de l'eau.
-Ils protègent la frontière, il y en a tout le long des Terres Sanglantes.
Soria avait hurlé pour que Noré l'entende. La voix de Titian traversa le grondement de l'orage :
-Soria ! Noré ! Par ici ! Vite !
Il se trouvait à l'endroit où le rocher apparaissait sur le pont. Avec précaution, glissant sur le pont, elles s'approchèrent. Lorsqu'elles furent à portée, il expliqua :
-On va passer par-dessus bord et glisser le long du rocher.
Noré regarda comment s'y prendre. Le pieu avait transpercé le navire à un point plus haut qu'elle ne l'avait cru. La jeune fille s’aperçut que le navire était bloqué en penchant sur la droite. Le pieu était à moins d'un mètre du rebord. Le cri de Titian la sortit de ses calculs :
-Gare aux harpies !
Il se baissa, tirant Noré par le bras. Soria suivit. Des cris de femme retentissaient dans l'air. La jeune fille sentit un coup de vent, différent de ceux de l'orage, la frôler. Relevant la tête, elle distingua une ombre ailée à travers la pluie. Suivie, quelque temps plus tard, par le hurlement d'un homme. Titian se releva :
-Soria, vas-y ! Noré, tu suis !
Mais la jeune fille demanda :
-Où est mon bracelet ?
-C'est le capitaine qui l'a. Allez ! Vas-y.
Elle regarda Soria glisser doucement le long du rocher, puis se détourna et avança vers le centre du pont. Titian lui saisit le bras :
-Qu'est-ce que tu fous ?!
-Je vais chercher mon bracelet !
-Oh, crois-moi, il vaut mieux pour toi que tu le laisses !
-C'est le dernier cadeau de ma mère !
-Alors, soit elle était stupide, soit elle ne t'aimait pas tant que ça !
Noré en resta bouche bée. La fureur l'envahit en une bouffée. Elle décocha un violent coup de pied dans le tibia du garçon. Titian la lâcha en grimaçant. L'adolescente s'éloigna rapidement, craignant qu'il ne veuille la retenir encore. Elle explora le pont à la recherche du capitaine. Mais, sous la pluie, toutes les ombres étaient semblables. Noré se baissa promptement en entendant un hurlement de femme se rapprocher. La harpie passa à plusiquers mètres d'elle. La jeune fille se releva d'un bon et reprit sa recherche. Elle devait se dépêcher, elle en avait conscience. Les pirates la bousculaient dans leur tentative pour fuir les harpies. Par trois fois, elle se retourva au sol. Trempée jusqu'aux os, elle était toute prête à renoncer quand la voix du capitaine lui parvint, hurlant après ses hommes.
L'adolescente s’approcha suffisamment pour voir qu'il se tenait près d'un tonneau, qu'il maintenait fermement en équilibre d'une main puissante. Dessus, un pistolet et attaché par une ficelle à sa ceinture, le bracelet. Noré se glissa derrière le tonneau. Le capitaine ne la remarqua pas, trop occupé à abattre les fuyards en riant. Elle attendit qu'il vide son arme et quand il se saisit de son arme de rechange, posée sur le tonneau, et qu'il reprit sa besogne en riant, elle se redressa, saisit le bracelet et tira un grand coup, espérant que cela ferait céder l'attache. Par chance, ce fut le cas, mais, soudain, une main se referma sur son poignet.
Noré resta fixe, paralysée de peur. Le capitaine observa l'enfant, puis le bracelet, et, à nouveau, l'enfant. Un sourire mauvais apparut sur son visage lorsqu'il dit avec une voix qui ressemblait étrangement à un grincement :
-Titian... sale petit menteur.
Noré reprit le contrôle de son corps et par réflexe mordit la main de l'homme de toutes ses forces. Celui-ci la lâcha sans crier et elle courut rejoindre Titian, espérant qu'il l'aurait attendu. Le jeune homme était là où elle l'avait laissé. L'adolescente montra le bracelet à son poignet en criant pour se faire entendre :
-Je l'ai.
Il la regarda avec tristesse et passa le rebord du bateau. Noré le suivit. S'asseyant à cheval sur le rocher et plaçant ses mains devant elle, la jeune fille descendit le rocher en s'en servant comme appui. SOria était déjà loin. Dans son dos, les cris des hommes et des harpies se mêlaient toujours. Elle se rendit compte que le capitaine ne la poursuivait pas. Sans doute ne l'avait-il pas vu passer par-dessus bord. Bientôt, la pluie cessa et l'adolescente put voir Soria malgré la distance. Lorsque le rocher disparut sous l'eau, elle se mit debout et s'enfonça dans le liquide glacé. Frigorifiée, elle crut bien mourir sur place. Chaque geste lui demandait un regain de force. Noré fit du plus vite qu'elle put, craignant de se faire attaquer par une harpie. La perspective d'être forcée à mettre la tête sous l'eau l'encourageait à avancer. Elle commençait à peine à nager lorsque la voix terrifiée de Soria lui parvint :
-Demi-tour ! C'est l'île aux brumes ! Il...
Puis, elle disparut.