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Chapitre 18

Charon n’était pas rassuré. Bien qu’il ait dit à Lutinor que cela irait, il restait inquiet. Le petit dieu trouvé des formules au hasard et pas des faibles, il saurait sans aucun doute se défendre en cas d’attaque. Charon s’accrocha à cette pensée tout en s’apprêtant à accomplir une tâche qu’il aurait préféré n’avoir jamais à faire. Cependant, les choses étaient allées trop loin et il ne pouvait pas permettre que cela empire encore. Il n’y avait qu’un dieu qui faisait porté des colliers d’or à ses gardiens.

Il ouvrit un portail pour arriver directement au bas d’une montagne entourait de nuage. Deux gardiens en armure se tenaient au bas des marches. Ils le pointèrent de leur lance :

-Vous ne pouvez aller plus loin.

Le dieu Wehiodrik n’était pas paru depuis des siècles. Si Charon connaissait son existence, c’était uniquement parce que Hadès lui en avait parlé. Le seul dieu qui n’avait jamais eu de successeur, le seul qui soit resté depuis les origines. Charon ne broncha pas devant les pointes dirigées vers son torse :

-Je dois le voir impérativement.

Les deux gardiens ne bougèrent pas plus :

-Vous ne pouvez aller plus loin.

Charon soupira en observant le sommet de la montagne.

-Comme vous voulez.

Il s’assit au bas des marches. Les gardiens échangèrent un regard avant de se redresser, la lance le long du corps. Charon était bien décidé à attendre une éternité s’il le fallait. Il ne repartirait pas sans savoir pourquoi ce dieu s’était soudain attaquer à Lutinor. Des bruits de pas dans l’escalier attirèrent son attention. Il resta un instant interdit en découvrant le petit gardien. Comment il s’appelle déjà ? quand il le vit le garçon s’arrêta, ouvrit des yeux effarés et remonta l’escalier en courant.

-Je ne crois pas non.

Charon fit valser les deux gardes d’un geste de la main et rattrapa le petit gardien d’un bond. Il lui saisit l’épaule en lui jetant un sort d’immobilité :

-On peut savoir ce que tu fais là ?

Le garçon tenta de se libérer en se tortillant, sans succès :

-Et vous, on peut savoir ce que vous faites là ?

Charon eut un sourire crispé :

-Non, mais pour qui tu te prends ?

Des gardiens accoururent du sommet, tandis que les deux en bas, monter les rejoindre. Charon ouvrit un portail qui s’ouvrit au pied des escaliers. En un bond, il s’y rendit et quitta l’endroit. Ils se retrouvèrent dans un désert où Charon laissa tomber le petit gardien toujours incapable de bouger.

-Maintenant, jeune homme, on va avoir une sérieuse discussion.

Le garçon continua de gesticuler en lançant :

-Je ne dirais rien, même sous la torture.

Charon tapa dans ses mains :

-La torture, quelle bonne idée. Tu ne t’es pas demandé pourquoi je ne nous ai pas ramené au temple ?

Le petit gardien observa les alentours et ne vit que du sable à perte de vue. Sans attendre qu’il ne devine, Charon se pencha sur lui, une main au-dessus de la poitrine du garçon :

-Lutinor ne m’aurait pas laissé faire.

Un halo jaune entoura sa main, mais avant qu’il n’ait fait quoique ce soit, le garçon se mit à geindre. Charon baissa le bras :

-Donc, je suppose que je peux poser la première question. Que faisais-tu chez le dieu Wehiodrik ?

Le garçon fit la moue en répondant :

-On nous a invité.

Charon fronça les sourcils :

-Qui donc ?

-Le dieu nous a invité, ma maîtresse et moi.

Le sans-âme leva la tête au ciel un instant comme s’il en attendait des précisions. Finalement, il revint au garçon :

-Je croyais que tu étais en disgrâce auprès de ta déesse. Comment se fait-il que tu ais été invité aussi ?

Le petit gardien se redressa autant que le sort le lui permettait :

-Peut-être parce que je me suis racheté ou parce qu’elle s’était rendu compte que j’étais un grand gardien.

Charon le repoussa au sol en appuyant sur sa poitrine avec son pied :

-Je ne pense pas. Dis-moi la vérité et vite.

Le garçon hésita, le regard fuyant. Charon le dévisagea un moment alors qu’il se taisait :

-Pourquoi j’ai l’impression que la réponse ne va pas me plaire.

Le petit gardien finit par marmonner :

-Quand j’ai parlé de votre maître à ma maîtresse, elle en a parlé à ses amis.

Charon appuya un peu plus sur sa poitrine :

-Parlez de quoi exactement ?

Le garçon grimaça sous le poids :

-Je lui ai raconté ce qu’il m’avait dit et comment il avait fait les chambres et qu’il y avait un nouveau gardien…

Charon secoua la main pour le faire taire :

-ça je m’en doute, mais ta maîtresse, qu’est-ce qu’elle a raconté ?

Le garçon fronça les sourcils un instant sous la réflexion :

-Et bien, elle parlait de la façon dont il se permettait soudain de prendre des territoires qui ne lui appartenait pas. Les rumeurs de votre duel contre le dieu du marais et celle du fait que votre maître est libéré la gardienne ont commencé à se répandre aussi.

Le sans-âme le fixa dans les yeux en disant :

-Lutinor est le seul dieu du marais, sale gosse.

Puis, il se recula :

-Et après ça, le dieu Wehiodrik vous a fait venir.

Le garçon hocha la tête.

-De quoi vous a-t-il parlé ?

Le petit gardien haussa les épaules :

-Je l’ignore, il parle à ma maîtresse en privé.

Charon s’éloigna de quelques pas pour réfléchir. Ça ne me dit pas pourquoi il a voulu attaquer Lutinor. Il ne se mêle pas des conflits entre dieux d’ordinaire. En fait, il ne se mêle de rien d’ordinaire. Qu’est-ce qu’il se passe alors ? Plus précisément, en quoi Lutinor peut-il l’intéressé ?

-Hey ! vous faites quoi ? je ne peux toujours pas bouger moi !

Charon revint vivement au garçon :

-Ecoute-moi bien. Te souviens-tu de ce que Lutinor t’a dit ? Lorsque tu es venu l’attaqué pour la deuxième fois ?

Le garçon baissa les yeux pour éviter son regard :

-Que si un jour je ne savais pas où aller, il y avait une chambre pour moi.

Charon le saisit par le cou pour le forcer à le regarder en face :

-Combien de dieu-t-on déjà dit cela ? combien-t-on déjà traité en égal ? Ta propre maîtresse allait te jeter au rebus. Comment peux-tu encore vouloir la servir ?

Le garçon avait les larmes aux yeux et ne put que bredouiller une réponse sous la colère de Charon :

-Mais… je ne connais rien d’autre.

Le sans-âme le relâcha, soudain calmé :

-Et tu préfères rester auprès d’une déesse qui te méprise au lieu de donner une chance à un dieu qui te traiteras mieux ?

Le petit gardien eut un ricanement désabusé :

-Qui me traiterais mieux ? Ne me faites pas rire. Qui a déjà entendu une chose pareille.

Charon s’assit près de lui :

-Pourtant, tu as rencontré Lutinor.

Le garçon renifla :

-ça ne veut rien dire. Tout le monde peut promettre sans rien tenir.

Le sans-âme sourit :

-Mais tu as vu ta chambre. Il l’a gardé.

Le garçon tourna la tête vers lui :

-C’est vrai ?

Charon hocha la tête, puis le libéra d’un claquement de doigt. L’enfant se redressa en s’essuyant les joues d’un geste de la main. Puis il dévisagea Charon avec attention :

-Il vous traite vraiment bien ?

Le sans-âme sourit en songeant à Lutinor :

-Etonnement. Il est différent, tu sais.

Le petit gardien garda le silence et comme il ne semblait pas près de reparler, Charon tenta :

-On l’a attaqué tout à l’heure. Je sais que ce sont les gardiens du dieu Wehiodrik et je veux savoir pourquoi il s’en prend soudainement à Lutinor.

Le garçon garda le silence encore un instant avant de demander :

-Vous croyez que c’est ce que j’ai dit qui à attirer son attention ?

-Toi ou ta maîtresse.

L’enfant ramena ses genoux contre lui :

-Si je vous aide, est-ce que vous pouvez me jurer que Lutinor me protégeras ?

Charon retint un rire :

-Lui je ne sais pas, mais moi oui.

Le garçon se leva imité par le sans-âme :

-Je vais essayer d’avoir des informations.

Charon approuva :

-Et au moindre problème, tu viens au temple.

Il ferma le poing en demandant au garçon :

-Remonte ta manche.

Celui-ci obéit et Charon rouvrit la main sur le bras. Un anneau apparut. L’enfant baissa sa manche, le dissimulant totalement.

-Cet anneau créera un portail vers moi. Il te suffira de le faire tourner.

Le petit gardien hocha la tête, puis Charon ouvrit de nouveau un passage vers la montagne :

-Ne prends pas de risque inutile. Lutinor m’en voudrais s’il l’apprenait.

Le garçon s’approcha du passage, mais se retourna une dernière fois :

-Vous me jurez qu’il est différent ?

Charon sourit :

-Sais-tu qui je suis ?

L’enfant fronça les sourcils :

-Oui, vous êtes Charon. Pourquoi ?

Le sans-âme releva le menton :

-Crois-tu que moi j’aurais accepté de retourner au service d’un dieu pourri ?

Le petit gardien lui rendit son sourire et partit. Une fois seul, Charon réfléchit à ce qu’il venait d’apprendre. Il eut beau cogité, il ne trouva pas d’explication au comportement du dieu Wehiodrik.

-Bon, il vaut mieux ne pas traîner.

Il ouvrit un portail pour revenir au marais.

Rien ne semblait avoir bougé depuis son départ et il ne put s’empêcher de pousser un soupir de soulagement. Quand il le vit arrivé Lutinor se jeta sur lui en riant :

-Tu es revenu !

Charon ne put s’empêcher de sourire en le voyant :

-Evidemment. Il y a eu des problèmes ?

Lutinor secoua la tête :

-Rien, j’ai monté la garde et Gardia s’est réveillée.

-Tant mieux. Il faut que je vous parle, à tous les trois.

Le visage de Lutinor s’assombrit :

-Des mauvaises nouvelles ?

Charon fronça le nez :

-Pas exactement.

Il se rendit dans la chambre de Milen où Gardia, assise sur le lit, avalait un bol de soupe. L’oracle leva les bras au ciel en apercevant le sans-âme :

-Le revoilà. On était inquiet. Dans quel problème êtes-vous donc allé vous fourrer ? Tenez, prenez un bol de soupe.

Charon l’accepta en se demandant pourquoi Milen passait son temps à vouloir faire boire de la soupe à tout le monde. Il prit une chaise et s’assit dans un coin afin qu’ils soient tous face à lui.

-Je suis allé chez le dieu Wehiodrik, car c’est le seul dieu qui fait porté des colliers d’or à ses gardiens. Je n’ai pas pu le rencontrer, mais j’ai retrouvé une de nos connaissances…

Il raconta sa discussion avec le garçon et leur transmis les informations qu’il avait récolté. Quand il conclut avec la mission dont l’enfant était chargé, il attendit la réaction de Lutinor avec une légère angoisse. Après tout, il venait de lui imposer une décision sans l’avoir consulté. Le petit dieu était radieux :

-ça veut dire qu’on aura quelqu’un en plus ?

Il bondit sur ses pieds :

-Il faut que tout soit propre. Je vais faire le tour.

Il sortit en courant. Gardia le regarda partir mi amusée, mi intriguée, puis elle revint à Charon quand Milen dit :

-Vous avez bien dis que ce dieu était un des seuls à n’avoir jamais transmis son pouvoir, qu’il est le même depuis le début des temps.

Charon hocha la tête :

-Certains disent qu’il serait vraiment un des dieux d’origine, mais cela me paraît invraisemblable.

Milen jeta un regard à Gardia comme si elle semblait gênée par sa présence. Charon comprit et se leva :

-Je pense que l’on devrait laisser Gardia se reposer.

Il sortit et la vieille femme ne tarda pas à le suivre. Quand ils furent suffisamment éloignés, il demanda :

-Alors ? Qu’est-ce qui t’a interpelé dans ce que j’ai dit ?

Milen murmura :

-Mes rêves, j’y vois les dieux d’origine, n’est-ce pas ? ceux qui créèrent le monde.

Charon comprit aussitôt :

-Tu crois qu’il s’intéresse à Lutinor parce qu’il l’aurait connu au début des temps ?

Milen hocha la tête :

-C’est une possibilité.

Le sans-âme croisa les bras et releva la tête en voyant Lutinor approchait :

-Je crois qu’il est temps de lui en parler.

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