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Elle se trouvait dans un bureau totalement vert du sol au plafond. Le Lutinor de son rêve était penché au-dessus d’une graine, apparemment très concentré. Milen chercha des différences, n’importe quoi qui lui montrerait que ce dieu-là n’était pas le Lutinor qu’elle connaissait. La veille femme ne trouva rien. Il était identique.
Un fracas se fit entendre qui la fit sursauté. Le dieu releva la tête en observant l’entrée de la pièce d’un air soucieux :
-ça va ?
La voix du petit Charon répondit :
-Oui, oui.
Il entra visiblement mouiller de la tête au pied :
-Par contre ton idée de poison…
-Poisson, le corrigea le dieu.
Le garçon hocha la tête :
-Oui, ça, bon, ce ne sera pas pour tout de suite. A peine lâché ils sont allés dans l’eau et j’ai eu beau essayer de les sortir pour pas qu’ils se noient, je n’ai pas réussi.
Le dieu éclata de rire et même Milen s’autorisa un sourire, alors que le garçon rougissait :
-Ce n’est pas drôle, ils sont probablement tous morts maintenant.
-Ne t’en fais pas, ils sont faits pour vivre dans l’eau. Je t’assure qu’ils vont très bien.
Le garçon battit des paupières avant de lâcher :
-Ah bon.
Le dieu le pointe du doigt en disant :
-Derfi.
Le garçon sécha instantanément. Il alla rejoindre le dieu qui se repencha sur la graine. En le voyant s’approcher, Milen pu observer qu’il avait grandi. De toute évidence, ce Charon-là n’avait bénéficié d’aucun pouvoir, ni de l’immortalité des divinités.
-Qu’est-ce que tu fais ?
-Je me demandais si en modifiant une graine, je ne pouvais pas faire autre chose que des fleurs ou des arbres.
Le garçon fronça les sourcils :
-Comme quoi ?
Le dieu redressa la tête et sourit :
-De la nourriture par exemple.
Le petit Charon se mit à rire :
-C’est vrai qu’ils n’arrêtent pas de manger. C’est bizarre non ? comment cela se fait ?
Le dieu revint à sa graine :
-Je dois avouer que je l’ignore. J’ai bien essayé de changer cela, mais, contrairement à nous, ils sembleraient que de ne pas manger un certain temps les fasse mourir.
Ils restèrent un instant silencieux à fixer la graine. Milen se prit au jeu et attendit de voir si une quelconque modification finirait par apparaitre. Le garçon finit par reprendre la parole :
-J’ai entendu dire que Zerdo avait créé des créatures qui mangé ses humains. Il trouve cela drôle apparemment.
Le dieu désapprouva d’un froncement de sourcil et le garçon continua :
-Prronx a des humains qui n’arrêtent pas de se battre et ceux de Khalim sont morts soudainement sans qu’il sache pourquoi. Il doit tout recommencé.
Le dieu releva la tête :
-Que veux-tu dire petit frère ?
Le garçon lui sourit :
-Que ton monde semble être bien meilleur que les autres.
Le dieu lui rendit son sourire en prenant la graine dans sa main :
-Et ce n’est pas fini.
Il ouvrit la main :
-Grza.
Milen ouvrit des yeux ronds en voyant la gaine changer, se multiplier, puis se développer jusqu’à donner naissance à un plant de tomate. Le garçon applaudit :
-T’es vraiment fort ! comment tu trouves toutes ces formules ?
Le dieu haussa les épaules :
-ça me vient tout seul.
Il prit une tomate :
-Tu veux goûter ?
Le garçon s’en saisit sans hésiter et croqua à pleine dent. Il prit un air ravi :
-C’est marrant.
Le dieu éclata de rire :
-Alors ce doit être bon. Viens, on va essayer d’intégrer tout ça discrètement.
Le dieu se leva et se dirigea vers la sortie, le garçon sur ses talons :
-Les choses dans l’eau aussi ?
-Oui, les poissons dans l’eau aussi.
Le petit Charon fit une grimace en passant la porte. La voix du dieu parvint à Milen de l’extérieur de la pièce :
-Oups, je reviens, j’ai oublié quelque chose.
Il rejoignit son bureau à grands pas ou le plant de tomate continué de grandir. Il passa la main au-dessus et la plante redevint graine. Le dieu la prit et avant de repartir, il avisa Milen. La vieille femme se figea. Il était impossible qu’elle soit visible. Elle ne faisait que rêver du passé, elle n’était pas vraiment là, donc, il ne devait pas la voir. Pourtant, le dieu s’approcha en souriant :
-Encore, vous ? décidément…
Milen n’entendit pas la suite car elle se réveilla à cet instant.
Charon écouta avec attention le rêve de Milen, puis lança le sort pour voir le tout de lui-même. Il ne pouvait nier que le garçon lui ressemblait, c’était encore plus flagrant maintenant qu’il avait grandi.
-Il semblerait qu’ils soient frères.
Un bras replié sur sa poitrine, l’autre appuyé dessus pour soutenir son menton, le sans-âme était perdu dans ses réflexions. Il finit par déclarer avec un soupir :
-Cela peut être une façon de parler, ça ne veut pas forcément dire qu’ils sont frère de sang.
Milen hocha la tête pour approuver :
-C’est vrai, nous savons si peu de chose sur les premiers dieux.
Charon tourna soudain les talons, quittant le temple pour rejoindre Lutinor qui poussait un caillou du bout du pied.
-Lutinor ?
Le petit dieu sursauta, reprenant aussitôt sa posture, face au mur. Charon lui fit un geste du bras :
-Viens-là.
Le petit dieu obéit, l’air penaud, la tête entrée dans les épaules, prêt à se faire gronder.
-Je veux que tu restaures le temple.
Lutinor jeta un regard vers la bâtisse en ruine avant de demander avec méfiance :
-Pourquoi ?
Charon croisa les bras en le dévisageant d’un œil sévère :
-Parce que cela ne sert à rien de faire le ménage dans un lieu plein de courant d’air.
Le petit dieu se gratta la tête avec gêne :
-Mais tu crois que je peux ?
Il se fout de moi ? les poings sur les hanches, se penchant en avant pour que son visage ne se retrouve qu’à quelques centimètres de celui du garçon, Charon siffla entre ses dents :
-Ose me reposer la question.
Lutinor pencha légèrement son corps en arrière pour échapper au regard noir du sans-âme :
-Une question ? je n’ai pas de posé de question. Je suis un dieu après tout, y a-t-il une chose que je ne puisse pas faire ?
Charon eut un sourire mauvais et répliqua sans desserrer les dents :
-N’est-ce pas ?
Avec un petit rire angoissé, Lutinor se décala sans le quitter des yeux pour pouvoir se réfugier dans le temple. Charon se tint droit au centre de la place aux côtés de Milen. Bras croisés, il ordonna :
-Vas-y Lutinor.
Le petit dieu releva le menton pour se donner un peu de contenance, mais il ne put s’empêcher de faire un large sourire à l’oracle qui le lui rendit. Charon frappa dans ses mains ce qui ramena Lutinor à ce qu’on lui avait demandé. Il prit le temps d’observer les murs, le sol avant de fermer les yeux. Peu à peu, Charon sentit le pouvoir affluer dans le jeune homme qui tendit les bras en prononçant :
-Xynfej.
Avec lenteur, les choses commencèrent à changer. Lutinor avait les sourcils fronçaient sous l’effort qu’il devait faire pour imaginer le temple en entier. Charon fut satisfait de la tournure des choses et saisit le bras de Milen pour l’entraîner à l’extérieur en lançant :
-Continue, je viendrais voir le résultat.
Il doutait que Lutinor l’ai entendu, mais ce n’était pas important. Il mena l’oracle plus loin sur le chemin à travers les marais pour être sûr de ne pas briser la concentration de Lutinor. Milen s’inquiétait :
-Que se passe-t-il ?
Charon se plaça en face d’elle :
-Ce que ce dieu a dit dans ton rêve, concernant les formules.
-Que cela lui venait tout seul ?
Charon hocha la tête :
-Les premiers dieux se sont créés des formules qu’ils ont transmis à ceux qui leur ont succédés.
Milen ne comprenait pas :
-Quel le problème exactement ?
Charon pointa le temple qui était en train de se modifier tranquillement :
-ça, c’est le problème. Il y a des formules de base que tous les dieux apprennent à leur début. Comme celle que je lui ai appris pour les fleurs. Ils apprennent ces formules et ensuite s’instruisent de celles qui sont spécifiques à leur pouvoir ce qui les rend plus fort.
Milen montra qu’elle avait compris d’un hochement de tête :
-Donc, vous lui avez enseigné les formules de base et maintenant, il retrouve celle de son dieu d’origine. Jusque-là, tout se déroule normalement, non ?
Charon eut un rire nerveux :
-Pas du tout. Je ne lui ai appris qu’une formule et cela lui a suffi pour faire le reste.
La vieille femme tenta de trouver ce qui cloché :
-Donc, il est plus doué que la moyenne, mais ne l’aviez-vous pas déjà deviné ?
Charon secoua la tête :
-Quand il a modifié la maison, je lui ai demandé la formule qu’il avait utilisé, il m’a dit : prissone. Quelle formule vient-il de dire à l’instant ?
Milen ne se souvenait pas du mot exact, mais elle savait que ce n’était pas le même :
-Qu’est-ce que cela signifie ? il y a peut-être une formule pour les maisons, une pour les temples…
Le sans-âme secoua de nouveau la tête avec un demi-sourire :
-Tu imagines le nombre de formule qu’il faudrait ? non, il y a une formule pour la construction, une pour la floraison, une pour la guérison etc… ce qu’il vient de faire rendra son résultat plus précis, mais il devrait avoir des difficultés monstrueuses à l’accomplir.
Milen tourna la tête vers le temple auquel deux tours avaient poussé. Il prenait l’allure d’un château fort miniature.
-Il ne devrait pas pouvoir faire ça ?
Charon acquiesça :
-Il devrait être épuisé depuis le moment où il a levé les bras.
-Mais… mais… qu’est-ce que cela veut dire finalement ?
Charon allait répondre quand la voix claire de Lutinor les appela. Il avait terminé. Charon fut à nouveau surpris de la simplicité du petit dieu. Milen ne cacha pas non plus sa surprise :
-Je m’attendais à un peu plus de… richesse.
La sans-âme ne put s’empêcher de sourire. Le côté château fort qu’avait pris le temple était adouci par sa petitesse. Il était tout en rondeur, de couleur vive qui rappelait le ciel et le soleil. Des petites fenêtres ovales courraient sur toute la façade. Avec une certaine impatience, sentiment que Charon n’avait pas ressenti depuis longtemps, le sans-âme retourna vivement vers le temple suivit de l’oracle.
L’intérieur était empli de lumière et les murs étaient couverts de peinture représentant des paysages et des animaux. Charon était ébahi. Il n’y avait aucun meuble, le sol était un planché qui parfumé l’air d’une odeur de bois. De la ruine que fut le temple, seul resté l’autel.
-Je n’ai pas eu le cœur à le changer, répondit Lutinor à l’interrogation de Charon.
Comme les deux tardés à donner leur avis, le petit dieu étendit les bras, radieux :
-Alors, alors ? qu’est-ce que vous en dites ?
Milen était ravie et Charon devait reconnaître qu’il appréciait la simplicité de l’endroit. L’air de rien, il suggéra :
-Tu devrais faire pousser un arbre à l’intérieur, histoire de faire moins vide.
Lutinor applaudit l’idée. Il chercha un endroit qui lui convenait, puis ferma les yeux. Charon tendit l’oreille pour entendre ce qu’il dirait.
-Sdeci.
Le plancher de plia faisant apparaître un arbre qui grandit rapidement. Les frondaisons épousèrent la forme du plafond et des fruits y poussèrent. Lutinor se tourna vers Charon en attendant son avis :
-Tu te débrouilles très bien. Tu peux retourner à ton mur si tu veux.
Le petit dieu fit la moue mais sortit tout de même en sautillant. Milen s’approcha de Charon :
-Pourquoi lui avoir fait poussé un arbre ?
Sans quitter des yeux la porte par laquelle Lutinor était sorti, Charon répondit :
-Dans ton rêve, la formule du dieu d’origine fut : Grza.
Milen poursuivit le résonnement :
-Donc, si les dieux reprennent progressivement les formules des dieux d’origine, Lutinor aurait dû dire « Grza » et non « Sdeci ». Ce qui veut dire…
Charon acheva en hochant la tête :
-Que comme un dieu d’origine, il invente ses propres formules.