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Lyan redressa soudainement la tête. Il ouvrit la bouche, la referma, fronça les sourcils. Enfin, il retrouva l'usage de la parole pour dire d'une voix coassante :
-Quoi ?
-J'attendais que vous ayez retrouvé un minimum de lucidité.
-C'est quoi ?
-Il existe un département dans la première tour chargé de la surveillance des navires.
-Vraiment ?
-Eh oui. La seule chose dont on parle en ce qui concerne cette tour, c'est de la cave et des geôles qu'elle abrite et on en oublie les étages supérieur. Je l'ai découvert en cherchant le moyen que Daron employé pour retrouver Kalia.
Lyan frissonna, bien qu'il aurait dût se douter que le nouvel empereur traquerait le lien, mais il s'était tellement persuadé qu'elle était en sûreté.
-Les rumeurs parlaient d'un marchand capable de créer des cartes qui montre l'emplacement des objets. J'ai fouillé un peu partout et j'ai fini par découvrir qu'il existait bel et bien et que ces cartes étaient utilisés dans le service de surveillance. Je suis allé faire un tour pour voir ça de plus près. Le service est divisé en différentes sections et l'une d'elle, que j'ai trouvé par hasard, est chargé de surveiller les navires pirates.
Le chevalier fit une pause, le laissant digérer les informations. Lyan avait écouté en silence, bien que ses mains trahissaient une certaine nervosité. Il se triturait les doigts sans même s'en rendre compte.
-J'ai rencontré un homme qui y travaille. Grâce à un peu de persuasion et beaucoup d'argent, il a accepté de m'informer si le navire du capitaine aux cheveux océans accoste sur notre île.
-Et ?
-Rien pour l'instant.
Un nouveau silence durant lequel, les yeux fermés, Lyan vit le visage de son fils terrifié, le pistolet sur la nuque, puis il les rouvrit. Il attendit que les battements de son cœur reprenne un rythme normal.
-Nous devons les empêcher de retrouver Kalia. Ils ont une carte pour la trouver ?
-Pas encore, il faut du temps pour la fabriquer.
-D'accord. Sais-tu quand elle sera livrée ?
-Non, mais le gars que j'ai soudoyé pourra me le dire.
Lyan hocha la tête. Il ne pouvait rien faire qu'attendre, mais au moins tout était claire. Il intercepterait la carte, la détruirait, récupérerait son fils et partirait en Sinia. Il n'avait pas la moindre idée de comment il accomplirait tout cela, pourtant cela lui redonnait espoir.
Salel retourna à son poste, quant à Lyan, il se rendit au bureau de son supérieur s'informer de ce qu'il adviendrait de lui. A sa grande surprise, il récupéra son poste. Bien sûr, il pouvait oublier la promotion. Lyan vit les visages plein de pitié et de compassion et compris que tous étaient au courant de la disparition de son fils. En revanche, sa femme avait été officiellement exécuté pour meurtre. Il passa sans les voir les gens qui tentèrent de lui adresser la parole. Le jeune homme n'avait pas besoin de cela, tout en lui était prêt à agir, dès le moment où Salel franchirait la porte en lui annonçant la date de livraison de la carte. Mais il ne vint pas et la journée s'acheva sans aucune nouvelle.
Vigle revint chaque jours, continuant à faire le ménage bien que Lyan soit remis sur pied. Le chevalier lui apprit avec une certaine gêne que Lyan avait parlé durant ses excès de fièvre et que, par conséquent, il connaissait la vérité sur Kalia et Titian.
-Pourquoi m'en informer ? Tu sais bien que cela ne peut que te nuire.
En posant cette question, Lyan se demanda comment agir s'il avait décidé d'en parler aux chevaliers, mais Vigle répondit :
-Parce que je veux être honnête avec vous et que je voulais que vous sachiez que je vous soutien. Si vous avez besoin d'aide...
-Je pense qu'il vaudrait mieux que tu partes.
Le chevalier le fixa sans comprendre.
-J'ignore si l'enquête ne reprendra pas, si on a des soupçons sur moi. Tu n'es pas en sécurité ici si tu connais la vérité.
Vigle eut un sourire triste :
-Dite plutôt que vous vous sentiriez plus en sécurité si je partais.
Il ne pouvait le nier et sans répondre, il alla chercher une petite bourse dans laquelle il mit quelques pièces et la lui donna :
-Quitte le siège au plus tôt, je t'en prie.
Le chevalier prit l'argent sans protester :
-Juste pour que vous le sachiez, je garderais ce secret.
Puis, il sortit de la pièce et Lyan ne le revit plus. Salel lui rendait visite moins souvent, mais toujours sans nouvelle du navire pirate ou de la carte.
Un jour, alors qu'il travaillait tant bien que mal, sa tête étant uniquement concentré sur le temps qui filait et qu'il ne passait pas auprès de ses enfants et Kalia, une annonce fut faite. Un chevalier arriva dans les bureaux et les informa que tous étaient conviés au sommet. Il savait ce que cela signifiait. L'empereur donnait une réunion importante. Normalement, ce genre de réunion était faite quelques jours après la mise au pouvoir d'un nouvel empereur, mais avec la fuite du lien, celui-ci avait dût avoir d'autre chose en tête. A présent, des centaines de personne se rendaient à la tour la plus proche du lac et en gravissaient les escaliers.
Il suivit la foule, dirigeait par des chevaliers qui indiqués par quelle porte entrer. On le fit passer sous une arche bleue et il s'installa au balcon situé derrière. La tour était la salle de réunion, du premier au dernier étages les portes menaient à la même pièce tout en hauteur. Des ponts de marbre partaient de certains endroits pour atteindre les trois balcons de forme pyramidale suspendus au centre. Au sommet, hors de vue de Lyan, se trouvait un trône d'or où s'assiérait l'empereur et la salle était construite de telle façon que le moindre chuchotement pouvait être entendu de tous. Il fallut du temps pour que tous s'installent et se taisent, puis une voix raisonna du sommet :
-Chers amis, comme vous le savez déjà tous notre empereur est mort. Voici la présentation officielle de notre nouvelle empereur. L'empereur Daron.
La tour résonna des applaudissements remplissant l'air dans un vacarme assourdissant. La voix de l'empereur se fit entendre :
-Merci à tous. Je profite de l'occasion pour vous annoncer officiellement que l'assassin à payé pour son crime.
Lyan eut un sourire mesquin alors que l'empereur poursuivait :
-Je connais votre crainte concernant la guerre qui menace. Je vous rassure, aujourd'hui sera livré une carte qui nous permettra de localiser le bracelet et de finaliser la cérémonie.
Les applaudissements et les cris de joie fusèrent, alors qu'un nœud se formait dans la poitrine de Lyan. Il jeta des regards alentours à la recherche d'un soutien inexistant. Il devait faire quelque chose et déglutit avec difficulté avant d'oser parler :
-Est-ce vraiment nécessaire ?
Il fut surpris en entendant sa voix se répercuter jusqu'au sommet provoquant un silence gênant sur toute la tour. L'homme qui avait ouvert la réunion répondit :
-Comment cela ?
Lyan hésitait à présent et pourtant, il ne pouvait plus se permettre de se taire. Espérant que sa voix ne tremblerait pas, il dit :
-Eh bien, durant tout ce temps où vous n'aviez aucune nouvelle du sacrifice, vous avez dû négocier avec la Sinia, non ?
-Et pourquoi ferions-nous cela ?
Il ouvrit la bouche, conscient que chaque parole risquait de le mener un peu plus vers le cachot, mais un autre homme se leva :
-Vous voulez dire que tout ce temps, au lieu de chercher une solution à la guerre, vous vous êtes contenté de la retarder ?
-Cela fais des siècles que ce rituel est en place et...
Une autre voix s'éleva :
-Mais c'est impensable ! Vous auriez pu profiter de l'occasion pour trouver un accord qui ne nécessiterait pas de sacrifice. Cette pratique est dépassée.
La voix de l'empereur tonna à en faire trembler les murs :
-C'est la tradition !
Ce hurlement imposa le silence. Lyan était curieux de connaître ceux qui s'étaient opposés, mais il ne pouvait distinguer les visages dans la foule. L'empereur reprit son discours, sans plus faire référence à la cérémonie, parlant des décisions prises et de ce qu'il comptait accomplir. Lyan n'écoutait plus, il pensait déjà à la façon dont il allait intercepter la carte et la détruire. Lorsque le discours s'acheva, les gens commencèrent à sortir et il rentra directement chez lui. Le jeune homme fit les cents pas dans son salon, ruminant de sombres pensées sur le nouvel empereur. Quant il en eut assez de tourner en rond, il se décida à aller parler à Salel même si cela risquait de le déranger lors de sa garde. Il s'avançait d'un pas résolu vers l'entrée lorsque des coups à la porte le firent sursauter. Salel venait-il lui parler de la livraison de la carte ? Comme il ne voyait qui cela pouvait être d'autre, il lança :
-Entre !
Mais ce ne fut pas le chevalier qui pénétra dans la pièce. Il s'agissait d'un homme de petite taille, à moitié chauve et en sueur dans son costume trop serré.
-Bonjour, vous êtes Lyan Zilla, n'est-ce-pas ?
Celui-ci, surpris un instant, finit par répondre :
-Oui et vous êtes ?
Satisfait, l'homme referma la porte et dit :
-Mou. Monsieur Mou.
Il y eut un silence avant que Lyan ne lance :
-C'est une blague ?
L'homme s'empourpra :
-Je crains que non. Je vous ai repéré à la réunion tout à l'heure, je dois vous parler d'une affaire importante.
Lyan commença à paniquer. Etait-il envoyé par l'empereur ? Devait-il faire taire les gêneurs ?
-Il y a-t-il un endroit où nous puissions parler en toute sécurité ?
Le jeune homme observa son salon, tourna sur lui-même comme pour vérifier que personne ne se cachait dans son dos, dans le même temps il se demandait par où s'enfuir si l'homme l'attaquait. Il finit par répondre :
-Bah, ici.
-Je vous remercie.
L'homme s'affala sur un siège comme s'il y avait été invité. Ce n'est qu'alors que Lyan remarqua à quel point il était nerveux. Il eut à peine le temps d'ouvrir la bouche pour proposer un rafraîchissement que Mr Mou parlait déjà :
-Vous êtes célèbre, Mr Zilla. Tristement célèbre... à cause de votre femme. Certains se méfient de vous, ils pensent que vous avez eu votre rôle à jouer dans l'assassinat de l'empereur.
Lyan se sentit rougir, mais l'homme, trop occupé par son propre discours, ne le remarqua pas :
-Vous vous êtes fais remarqué aujourd'hui, lorsque vous avez pris la parole. L'un des notre étaient assis près de vous et...
Il le coupa :
-Comment cela, l'un des votre ?
Son visiteur se tut et le fixa, déglutissant avec difficulté :
-C'est pour cela que je suis ici. Lorsque Daron fut nommé nouvel empereur, certains pressentaient déjà qu'il serait pire que le précédent. De plus, il y a ceux qui avaient espéré voir cesser la cérémonie du lien avec la disparition de la jeune fille, comme vous avez pu vous en rendre compte aujourd'hui.
L'idée que d'autres veuillent stopper le rituel ne lui avait même pas traverser l'esprit. Lyan se sentit renforcé, car s'il se trouvait des alliés, alors détruire la carte serait bien plus facile. Il devait s'en assurer :
-Vous n'êtes pas très clair.
-Je vous parle de résistance, Mr Zilla.
Le jeune homme ouvrit de grands yeux. C'était bien ce qu'il espérait. Il pouvait avoir de l'aide. Ils l'aideraient et il retrouverait ses enfants et Kalia. En cet instant, tout lui paraissait possible. Mr Mou avait repris la parole et Lyan l'écouta avec une attention accrue :
-Nous avons réussi à rester suffisamment discret pour que l'empereur ne se doute de rien. Notre but, pour l'instant, et de prendre contact avec les membres du siège de Sinia afin d'empêcher, sinon de retarder la guerre. Et l'objectif auquel nous nous consacrerons ensuite...
Il marqua une pause comme pour jauger la réaction que ses paroles pourrait produire sur son interlocuteur :
-Un coup d'état.
Lyan tomba des nues. Cela lui paraissait impensable, irréalisable. Cependant, il ne dit rien de peur de vexer Mr Mou et celui-ci reprit :
-Nous voudrions que vous entriez dans la résistance.
Il ne bougea pas. Lyan avait besoin d'aide et voilà qui était inespéré.
-D'accord.
L'homme se détendit soudain et trouva même la force de sourire :
-Vraiment ? Merveilleux, merveilleux. Je vais l'annoncer à notre dirigeant sur le champ.
Au moment où il se levait pour sortir, Lyan le retint :
-Je sais que c'est un peu rapide, mais je voudrais votre aide.
Mr Mou se rassis, perplexe :
-A quel propos ?
-Vous l'avez entendu, l'empereur a annoncé qu'une carte serait livrée aujourd'hui. Une carte qui leur permettra de retrouver Ka... le lien. Un ami devait m'avertir de son arrivée, je suppose qu'il a eu un empêchement.
Mr Mou le calma d'un geste de la main :
-Où voulez-vous en venir ?
-Je veux la détruire, qu'ils ne retrouvent jamais le lien.
Un petit sourire se dessina sur les lèvres de son interlocuteur :
-Me croiriez-vous si je vous disais que c'est ce que nous avions prévu ?
Il en resta coi et son étrange invité continua :
-Nous pensions que sans le lien, l'empereur ouvrirait des négociations avec la Sinia. Ce ne fut pas le cas, visiblement. Cependant, nous espérons sauver le lien tout en évitant la guerre, ce qui ne sera pas évident.
-Presque impossible si vous voulez mon avis.
Mr Mou eut un petit rire et se leva.
-Aurez-vous besoin d'aide pour la carte ?
-Nous avons tout prévu, je vous remercie.
-Faite-moi savoir lorsqu'elle sera détruite.
-Sans faute.
-Une dernière chose, qui est le dirigeant ?
Feignant de ne pas l'entendre, Mr Mou lui serra la main chaleureusement et sortit à grands pas. Lorsque la porte claqua, Lyan resta assis dans son fauteuil à réfléchir. Il reprit l'initiative qu'il avait eut avant l'arrivée de Mr Mou et partit à la rencontre de Salel. Ce jour-là, le chevalier était aux portes du siège et en voyant s'approcher Lyan, il s'exclama :
-Monsieur, je suis désolé, je n'ai pas pu quitter mon poste.
Il reprit plus bas craignant que son collègue n'entende :
-La carte, elle arrive aujourd'hui.
-Je sais.
Lyan lui parla de la visite de Mr Mou et de la résistance.
-Vous lui faite confiance ?
-Ils vont détruire la carte.
-Et s'ils n'y arrivent pas ?
Il n'avait pas envisagé cette possibilité et n'allait certainement pas le faire maintenant.
-Nous verrons.
Lyan retourna travailler, car en s'absentant trop longtemps, il risquait de perdre définitivement son emploi. Cependant, il passa le plus claire de son temps à guetter par la fenêtre, attendant le moindre signe qui lui prouverait que la carte avait disparu. Il commença à perdre espoir au fur et à mesure que les heures s'égrainées. Dans la soirée, enfin, une agitation se fit entendre dans les couloirs. Des pas de courses, des appels, mais Lyan resta sagement à son poste, bien qu'il mourrait d'envie d'aller voir ce qu'il se passait. Lorsqu'il rentra chez lui ce soir-là, le jeune homme trouva un large papier plié en enveloppe glissait sous sa porte,. Il l'ouvrit et y découvrit un tas de cendre. Il n'avait pas besoin de traduction, la carte avait été détruite et Lyan sourit, soulagé.
Le temps s'écoula. Lyan ignorait qui été les autres membres de la résistance, mais il recevait des notes sur ce qui avait été fais, les décisions prises et les propositions lancées. Il apprit que certains membres avaient réussi à entrer en contact avec des membres des sphères Sinienne. A présent, des deux côtés, on s'activait pour tenter d'empêcher la guerre. Lyan fut promu à la sphère supérieur et il soupçonna quelques résistants influents d'y avoir joué un rôle, mais fit en sorte de s'en montrer digne. Au bout d'un certain temps, il gagna le respect de ses collègue de la sphère et sa place au sein de la résistance s'éleva. Il en profita pour y faire entrer Salel et le fit capitaine. A présent qu'il possédait un certain contrôle, le jeune homme se sentait plus serein. Il eut de nouvelles inquiétudes lorsqu'il apprit qu'une nouvelle carte avait été livré en secret. Cependant, un message lui parvint, venant sans doute d'un des résistants travaillant à la surveillance, lui affirmant que rien n'y apparaissait. Le marchand aurait expliqué que si l'objet n'était plus utilisé il finissait par disparaître de la carte. Kalia avait du retiré le bracelet depuis longtemps, se mettant sans le savoir en sûreté. Il en fut soulagé car détruire la carte de nouveau aurait attiré l'attention. Le seul point noir fut qu'il n'eut aucune nouvelle du navire pirate qui avait emporté son fils.
Un jour, Salel entra chez lui, essoufflé, une lettre à la main.
-Pourquoi es-tu si agité ?
Il lui tendit la lettre :
-Elle vient de Sinia.
Les pensées de Lyan se bloquèrent. Il n'était pas chargé de recevoir les messages Sinien de la résistance, donc cela ne pouvait être qu'une seule personne. Il s'empara de la lettre et l'ouvrit fébrilement, c'était bien Kalia :
"Mon cher Lyan,
Plus d'un an s'est écoulé et j'espère que tu pourras recevoir cette lettre sans problème. J'ignore comment les choses se sont passées pour toi. Si tu as été puni pour ma fuite et la mort de l'empereur. Je ne peux que te rassurer à mon sujet. Je suis bien arrivée en Sinia et j'ai erré quelques temps sans but. Une vieille femme m'a prise en pitié alors que je mendiais dans un village. Je suis entrée à son service et ainsi notre fille put avoir un toit au-dessus de sa tête. Ma bienfaitrice s'y est d'ailleurs beaucoup attachée. Je l'ai nommé Noré, suite au conseil du petit Titian. J'espère qu'il se porte bien. En espérant que tu puisses m'écrire bientôt je te donne le nom de cette femme et l'île où je me trouve."
Ces informations suivaient au bas de la lettre. Kalia y décrivait également les moindres faits et gestes de l'enfant et lui rappelait la promesse qu'il lui avait faite de venir la rejoindre avec Titian. Lyan avait les larmes aux yeux et il réfléchit un instant avant de se décider à répondre. Il raconta l'enlèvement du garçon et tout ce qui s'était déroulé depuis, en omettant des points importants comme la résistance au cas où la lettre n'arriverait pas à bon port. Il glissa un peu d'argent, confia la lettre à Salel et dès lors, leur correspondance devint régulière.
Ce ne fut plus des jours, ni des semaines, mais des années qui finirent par s'écouler sans nouvelle de son fils. Il se refusait à retrouver Kalia sans lui. Il entra dans la sphère du septième anneaux du ciel. La guerre menaçait de plus en plus malgré tous les efforts déployés par la résistance. Des rapports parvinrent au siège déclarant que l'on avait aperçu des êtres des Terres Sanglantes en Métane. Des groupes de chevaliers furent envoyés dans les îles su Sud pour tenter de renforcer les frontières et ce fut la dernière fois que Lyan vit Salel. La séparation des deux amis fut douloureuse. Dans une lettre qui lui parvint, il apprit que la vieille femme qui hébergé Kalia et Noré était morte, leur laissant la maison car elle n'avait aucune autre famille. Kalia trouva du travail dans une autre maison et avec l'argent que lui envoyait Lyan, elles vivaient convenablement. Il poursuivit le cour de sa vie, attendant l'instant où un message l'informerait que le navire du pirate avait accosté en Métane.
Lorsque ce jour arriva, Lyan manqua de tomber à la renverse. Le pirate avait accosté à Firelame. Le jeune homme décida de partir immédiatement. Il avertit ses supérieurs, prétendant une urgence familiale, bien conscient que c'était la même excuse qu'il avait utilisé pour justifier sa première fuite. Mais, il n'avait pas le temps de réfléchir à une meilleur raison. Lyan prit un sac de provision, un cheval et se lança au galop sur les chemins. Il était impatient et avait fais un calcul rapide. Titian avait quinze ans à présent. Il essaya de se l'imaginer, refusant le fait qu'il puisse ne pas reconnaître son père, que Xiline se fut séparée du pirate, emmenant le garçon, le rendant introuvable. Il épuisa son cheval lors du trajet et c'est avec une lenteur qui lui paraissait insupportable qu'il atteignit Firelame. Lyan abandonna sa monture et se rendit sur le port. Durant le temps qu'il avait mis à voyager, le navire avait pu repartir, mais, encore, c'était une chose qu'il refusait d'envisager.
Les navires s'alignaient, tous plus grands les uns que les autres. Lyan fendait la foule, le cœur en folie sans voir une trace du navire. Il l'aperçut enfin, reconnaissable entre mille, tout rouge et avec ces squelettes. Le bâteau se tenait tout au bout du quai, à l'écart. Lyan s'avança sans hésiter, plus ému que jamais. Les gens évitaient soigneusement d'entrer dans le périmètre des pirates, alors que lui y entra sans penser aux conséquences. A cet endroit, le quai s'emplissait de sacs et de caisses que des hommes s'efforçaient de charger à bord du navire. Il ne chercha pas à se cacher et les observa à la dérobée, quand une pensée le frappa. Et s'il ne reconnaissait pas son fils ? Combien y avait-il de jeune garçon sur ce navire ? Un instant son esprit tourna autour de ces questions, puis un éclat de voix lui parvint.
Injuriant les pirates, un adolescent les suivait et s'amusait à leur fouetter les jambes avec une baguette. D'abord hors de vue, Lyan pu bientôt le distinguer. Titian lui avait toujours ressemblé et avec l'âge la ressemblance était encore plus flagrante. Ses cheveux châtains avaient poussé, sa peau s'était brunie, mais c'était lui. Les pirates ne répliquaient pas au garçon qui les malmenait et il n'était pas nécessaire de s'approcher pour voir que la crainte l'emportait sur leur colère. Lyan était surpris, choqué, il s'était attendu à retrouver le garçon timide et rêveur. Cet adolescent bruyant et brutal n'était plus son fils. Pourtant, Lyan ne put détacher ses yeux et l'observa encore, cherchant en lui un côté du garçon qu'il avait perdu.
Lyan devait se résigner à partir, refusant de parler à ce garçon et ne voulant pas imaginer ce qu'il avait fait pour être ainsi craint des pirates. Il valait mieux partir temps que le souvenir de son fils était encore intact. L'adolescent s'était détourné des hommes et pendant une fraction de seconde, il croisa le regard de Lyan. Celui-ci lui tourna le dos et s'enfonça dans la foule la gorge nouée et les larmes aux yeux. Xiline avait détruit son fils et cela l'emplit de rage. Il fut pris d'une brusque envie d'hurler. Rapidement, Lyan s'éloigna des quais et de la foule et se souvint qu'il devait trouver un nouveau cheval pour rentrer. En avait-il seulement envie ? Qu'est-ce qui l'attendait au siège ? Il s'arrêta pour regarder les navires presque à l'endroit où, des années plus tôt, il avait failli s'embarquer pour la Sinia. Qu'est-ce qui l'empêché d'y aller maintenant ?
Soudain, il reçut un choc dans le dos. En se retournant pour voir ce que c'était, ses yeux se posèrent sur une baguette de bois.
-Tu vas vraiment partir comme ça ?!
Il releva la tête pour apercevoir Titian courant vers lui. Lorsqu'il le rejoignit, Lyan put voir combien le garçon avait l'air attristé et déçu. L'instinct repris le dessus et il ouvrit les bras pour l'enlacer. L'adolescent se laissa faire, mais comme l'étreinte s'éternisait, il le repoussa doucement en disant :
-On va peut-être s'arrêter là avant que les passants ne trouvent cela louche.
Lyan s'attarda à le dévisager. Il n'était pas si différent finalement, du moins il chercha à s'en persuader. La mâchoire était plus dessinée, sa voix avait changé, mais c'était son garçon. Toutes ses craintes s'étaient évaporées lorsque son fils lui prit la manche et le traîna derrière lui :
-Allez viens, je te paye un coup.
-Tu bois ?
Titian ignora la question et l'emmena dans une auberge où ils commandèrent à boire et Lyan décida de se lancer avec certaines craintes :
-Où es ta mère ?
-Morte, quand j'avais douze ans. J'étais suffisamment grand pour me rendre utile à bord, alors le capitaine ne m'a pas jeté à l'eau.
Lyan notait ses moindres gestes, sa manière de parler, de se tenir. Il ne décela rien qui puisse être source d'inquiétude.
-Tu étais bien traité ?
-J'ai fais en sorte de gagner ma place.
Il parlait d'une manière naturelle, mais sans lever les yeux de son verre. Voilà l'inquiétude qui pointait et Lyan rassembla son courage pour demander :
-Donc tu as du faire des choses assez...
Titian le coupa calmement après une gorgée :
-Je n'ai rien fais dont tu puisses avoir honte.
Il avait fixé son regard dans le sien, ne laissant aucune place au doute alors Lyan changea de sujet :
-Tu te souviens de Kalia ?
-Oui.
-Et de ta sœur ? Elle s'appelle Noré.
Le garçon leva les yeux et sourit.
-Maintenant que je t'ai retrouvé, on va pouvoir les rejoindre en Sinia.
Le visage de l'adolescent s'assombrit :
-Je ne reviens pas.
Lyan se tut de stupeur et fixa son fils. Il retrouva dans ses yeux verts mouchetés d'or, le pétillement d'autrefois lorsqu'il dit :
-J'ai mon bateau, papa.