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Lyan papillota des yeux et resta silencieux le temps de réaliser ce qu'on venait de lui dire. Les trois hommes l'observèrent :
-Elle a été arrêté alors qu'elle tentait de monter à bord d'un navire pirate.
-Pirate ?
-Oui...vous saviez qu'elle connaissait, vraiment bien, le pirate aux cheveux océans ?
Lyan comprit, sans difficulté, le sous entendu qui se cachait dans cette question. Il baissa les yeux, essayant toujours de réaliser la situation.
-Votre femme est détenue dans une cellule de la troisième tour. Vous avez droit à une visite avant son jugement.
Il ne bougea pas, réfléchissant. Il devait parler à Salel.
-Monsieur ? Vous allez bien ?
Lyan releva la tête :
-Je...hum...je pourrais parler au chevalier Salel ?
Ils s'entre-regardèrent :
-Il doit être à son poste. Cinquième niveau de la deuxième tour.
-Merci.
Ils le dévisagèrent en silence, puis il demanda :
-Je peux partir ?
-Vous n'avez aucune question ?
-Non, je...il faut que je prenne le temps... Je ne m'attendais pas du tout à ça.
A nouveau, ils échangèrent des regards avant de déclarer d'une voix compatissante :
-Nous comprenons. Vous pouvez y aller.
Lyan se leva, salua et alors qu'il allait poser la main sur la poignée, l'un des hommes lui rappela :
-N'oubliez pas que nous risquons de vous interroger de nouveau.
Il hocha la tête et sortit. Lyan marchait dans les couloirs comme dans un état second et passa par chez lui pour vérifier que son fils s'y trouvait bien. Le garçon jouait comme s'il n'avait jamais quitté sa chambre et il resta un peu avec lui, fit à manger, mais ne parla pas de sa mère. Puis, le jeune homme ressortit, gagna la deuxième tour et trouva Salel au cinquième niveau. Lyan nota qu'il portait toujours l'armure, signe qu'il n'avait pas été rétrogradé. Son ami discutait avec d'autres chevaliers et il fit un signe de la main pour attirer son attention. Lorsque ce fut le cas, Salel dit quelque chose à ses amis et le rejoignit, souriant :
-Je suis heureux de vous revoir sain et sauf.
-Peux-tu me dire ce qu'il se passe ?
Le chevalier l'emmena à l'écart :
-Vous avez déjà été interrogé ?
Lyan acquiesça.
-Ils vous ont parlé de la version que j'ai donné ?
-Oui, que je n'étais plus là lorsque tu t'es approché des corps.
-Exact. En fait, j'ai attendu quelques temps, histoire de vous laisser sortir, puis j'ai donné l'alarme. Le capitaine a réuni les chevaliers et les a séparé en différents groupes. Je n'était pas dans les groupes chargés de fouiller la ville, donc je n'ai pas assisté à l'arrestation de votre femme...
Il s'interrompit :
-Heu...vous êtes au courant pour votre femme ?
Lyan répondit par une grimace.
-Bon, de ce que l'on m'a raconté, elle a été arrêté tandis qu'une barque s'approchait du rivage pour la mener sur un navire pirate. Ceux-ci ont réussi à s'enfuir mais quant à elle, ses vêtements étaient tachés de sang et elle portait encore le poignard qui lui avait servi à tuer les gardes.
-Elle a tué ?
-Oui, les gardes c'était elle.
-Mais pourquoi ?
-On l'ignore. Elle refuse de parler.
Lyan ne pouvait le croire. Que sa femme soit une mégère confirmée ne faisait aucun doute, mais de là à tuer quelqu'un ? Que faisait-elle là ? Voulait-elle sauver son fils ? Dans ce cas, pourquoi n'était-elle pas entrée dans la pièce ? Il prit le temps de la réflexion avant de dire :
-Nous devrions revoir notre histoire ensemble. Avec ce que je leur ai dit pour l'instant, ils doivent me prendre pour une femmelette qui ne leur sert pas à grand chose, mais on ne sait jamais.
-Ce ne sera pas la peine. C'est Weirsenne Philak qui dirige le groupe d'enquête.
Il fit une nouvelle grimace. La famille Philak était les concurrents directs de la famille Lerne. Si Weirsenne dirigeait l'enquête et que Xiline était le suspect principal, c'était leur chance d'anéantir le reste d'influence des Lerne. Sans compter que l'animosité que cette famille avait suscité autour d'eux ne jouerait pas en leur faveur. Les investigations ne seraient pas poussés et personne ne s'en plaindrait. Malgré lui, Lyan s'inquiéta du sort de sa femme, surtout si elle était accusée d'un crime qu'elle n'avait pas commis. Il n'arrivait pas à réaliser qu'elle ait pu vouloir tuer l'empereur, quand aux gardes, il devait y avoir une autre explication :
-Je dois parler à Xiline.
-Maintenant ? Vous devriez vous reposer, j'en parlerais aux chevaliers en charge et nous irons demain.
Il se mordilla la lèvre inférieur, essayant d'assembler toutes les informations qu'il venait d'avoir. Au bout du compte, il céda :
-Très bien, à demain.
Ils se quittèrent et Salel retourna à son poste.
Lyan passa une soirée peu reposante en compagnie de son fils qui ne cessait de demander où était Kalia. La nuit s'écoula dans une lenteur infinie, il avait hâte de pouvoir confronter sa femme, connaître enfin ce qui c'était passé ce jour-là.
Quand enfin l'horizon s'éclaircit, il sauta hors de son lit, s'habilla, prépara un repas pour son fils qu'il posa dans sa chambre et se jeta dans les couloirs. Lyan espérait ne pas revenir trop tard, s'apercevant qu'il avait oublié d'écrire un mot à son fils pour lui expliquer pourquoi il ne serait pas là à son réveil. Pourtant, il ne fit pas demi-tour, il voulait se débarrasser de ses doutes et savoir à quoi s'en tenir une bonne fois pour toute. Il retrouva Salel à son poste et comme il le lui avait promis, celui-ci avait parlé aux chevaliers et était prêt à l'accompagner.
Ils sortirent ensemble de la tour et se rendirent aux cellules. Elles se trouvaient en sous-sol dans un véritable labyrinthe, mais Salel se dirigea sans hésiter, car seul les chevaliers connaissaient le chemin. Ils passèrent une porte et se retrouvèrent dans un couloir. Des gardes se tenaient devant une des cellules et, en voyant les deux arrivants, ils leur firent signe de s'approcher. Xiline était debout, appuyée contre le mur du fond.
-Bonjour.
Elle releva la tête et le dégoût se lut sur son visage quant elle aperçut son mari. Cette réaction permit à Lyan d'attaquer directement, sans remords :
-On raconte que tu as tué des gardes.
Elle répondit par le silence.
-Tu savais que notre fils allé être tué, n'est-ce pas ? C'est pour cela que tu es intervenu ?
Il ignorait pourquoi il espérait que cette version soit la bonne. Bien sûr, elle avait été mise au courant que son mari et son fils avaient été convoqué par l'empereur, mais elle n'aurait pu deviner que ce fut pour les tuer. Salel posa une main sur son épaule et poursuivit :
-Pourquoi vouliez-vous tuer l'empereur ?
Avant même qu'elle n'ouvrit la bouche, Lyan s'empara du bras de Salel et l'entraîna à l'écart. Là, il lui murmura afin d'être sûr de ne pas être entendu des autres gardes :
-Qu'est-ce que tu fais ? Rien ne prouve qu'elle venait tuer l'empereur.
-Avec tout le respect que je vous dois, arrêtez de vous voiler la face. Pourquoi aurait-elle tué les gardes sinon ?
-Pourquoi es-tu si persuadé qu'elle ait tué les gardes ?
-Qui d'autre ?
-J'ai tué les gardes.
Ils firent tous deux volte-face, dévisageant Xiline comme s'ils la découvraient pour la première fois. Elle s'était approchée des barreaux et laissait courir son regard de l'un à l'autre aussi sereinement que s'ils avaient été là pour l'interroger sur son repas de la veille. Elle venait d'avouer une partie des accusations, pourtant Lyan refusait toujours d'y croire. Sa femme, la mère de son fils ne pouvait pas être mauvaise à ce point là. Sa voix était moins assuré lorsqu'il demanda :
-C'est les pirate qui t'y ont forcé ?
C'était la seule explication logique, la seule qui restait, mais Xiline grimaça un sourire en répondant :
-Ils ne m'ont forcé à rien.
Salel reprit :
-C'était quoi le plan ? Vous tuez l'empereur et mettez un pirate à la place ?
-Le pirate aux cheveux océans ne s'intéresse pas à cela.
Lyan ricana :
-Donc tu voulais vraiment tuer l'empereur. Mais dis-moi, depuis le temps que tu connais ce pirate, tu ne lui a pas trouvé de petit nom ?
Salel lui jeta un regard attristé, avant de poursuivre :
-Hum...bon, si ce n'est pas lui, quelqu'un doit vous avoir donné des ordres.
Le visage de Xiline se rembrunit :
-On ne prend pas d'ordre.
Puis elle retourna au fond de la cellule. Lyan, sentant la colère monter, demanda avec un calme maîtrisé :
-Que vas-tu raconter à ton procès ?
-Tu as peur que je leur raconte comment vous avez tué l'empereur ?
Salel tenta :
-Ils vous demanderont alors comment vous le savez.
Elle se contenta de sourire et Lyan poursuivit :
-Lorsque tu as tué les gardes, tu es resté à écouter à la porte, n'est-ce pas ? Qu'est ce que tu attendez ?
-Que le lien vous tue, puis se tue. Ensuite, l'empereur aurait été seul.
-Mais...notre fils serait mort.
Xiline resta muette au fond de sa cellule, le regard vide de toute expression. Lyan serra les poings, crispa la mâchoire et remonta pour sortir, mais Salel resta un temps à la dévisager, avant de le suivre. Une fois à l'extérieur, il s'arrêta et Salel attendit qu'il veuille prendre la parole. Il demanda en soupirant :
-Quand se déroulera le procès ?
-Dans quelques jours.
Il haussa les sourcils :
-Déjà ?
-C'est Weirsenne.
-J'irais lui parler demain.
-Ah bon ? Pardonnez-moi, mais votre femme accusée c'est une aubaine.
-Je sais que peu de gens l'apprécie, mais... je ne sais pas. C'est injuste que l'enquête soit bâclée. En plus, si elle raconte ce qu'elle a vu, on la rejoindra en cellule.
Salel rit :
-A croire que vous préfériez prendre sa place.
-Sans aller jusque là.
-J'irai avec vous demain. Je passerai chez vous et nous irons ensemble.
-C'est adorable.
Le chevalier éclata de rire :
-Allez retrouver votre fils. Je viendrai demain matin.
Lyan commençait à s'éloigner quand le chevalier lui attrapa le bras :
-Au fait, je n'ai pas osé vous demander hier mais... où est Kalia ?
-A l'heure qu'il est, elle doit être en route vers la Sinia.
-Bien.
Ils se séparèrent et Lyan rentra chez lui, songeur. De la pitié qu'il avait pu éprouver pour sa femme, il ne restait plus grand chose. Pourtant, il savait qu'il ne pourrait dormir qu'une fois qu'il aurait parlé à Weirsenne. La question était de savoir comment tourner les choses pour que ni lui ni Salel ne paraissent suspect. Lyan n'avait toujours pas trouvé de solution lorsqu'il entra dans son salon. Par automatisme, il se rendit dans la chambre de son fils. Celui-ci y était resté comme si sa mère rodait encore dans le coin et Lyan resta à rêver à ses côtés le reste de la journée. Il ne s'était pas encore demandé ce qu'il adviendrait de son travail. On n'allait certainement pas lui redonner son poste, avec un peu de chance, Lyan se retrouverait dans un anneaux inférieur. Il posa les yeux sur son garçon qui jouait près de lui. Il ne pourrait pas lui offrir de bateaux et il devrait atteindre le sommet par le chemin le plus long. Pourtant, le jeune homme ne regrettait pas ses choix.
-Elle est où Kalia ?
La voix clair du garçon le sortit de sa rêverie et il répondit :
-En Sinia.
-Elle revient quand ?
Le garçon ne quittait pas son bateaux de bois des yeux en parlant. Lyan se demanda s'il lui en voulait pour une quelconque raison.
-Elle ne reviendra pas. C'est nous qui irons la rejoindre.
L'enfant leva vers lui des yeux brillants :
-C'est vrai ?
Lyan sourit à son fils :
-Oui, c'est vrai.
A cet instant, une main lourde frappa à la porte et, après une hésitation, Lyan quitta son siège se demandant qui cela pouvait être. Dans le couloir, se tenait trois chevaliers :
-Nous sommes chargés de vous accompagner à la salle d'interrogatoire.
Il en resta coi, fixa un à un les chevaliers avant de retrouver l'usage de la parole :
-Mais on ne m'a pas prévenu.
-N'avez-vous pas été informé que cela pourrait arriver ?
-Si, mais je ne peux pas partir comme ça. Il faut que je prépare le repas de mon fils et...
-Nous enverrons quelqu'un pour le faire. Veuillez nous suivre.
Une flopée d'insulte lui traversa l'esprit, cependant il dit au revoir à son fils et les suivit sans histoire. Lyan fut interrogé par les trois même personne et il lui fut assez difficile de se rappeler ce qu'il avait inventé dans l'urgence la veille. Pourtant, il ne se sentit pas en danger. Il était clair que pour eux, Xiline était coupable. Et même si ce n'était pas le cas, il devinait qu'aucun d'eux ne s'opposerait à Weirsenne. Contrairement à ce qu'il craignait, l'interrogatoire ne dura qu'un peu plus d'une heure. Quand il eut fini, Lyan traversa escalier et couloirs à vive allure de crainte que les chevaliers n'aient pas pensé à envoyer quelqu'un pour nourrir son garçon. Mais en entrant chez lui, une douce odeur vint lui chatouiller les narines et il aperçut son fils sagement assis à table, son bateau posait près de son assiette. L'enfant se trémoussa sur sa chaise en apercevant son père, alors qu'un jeune homme sortait de la cuisine, une assiette bien rempli en main. Le chevalier sourit à Lyan et posa l'assiette devant l'enfant. Celui-ci applaudit l'arrivée du plat en murmurant :
-Merci, Vigle.
Il lui caressa la joue, prit son manteau qu'il avait posé sur un siège et sortit, saluant discrètement Lyan en passant à sa hauteur. Celui-ci vint s'asseoir face à son fils qui s'attaquait avec entrain à une étrange purée :
-C'est bon ?
Le garçon secoua énergiquement la tête de manière affirmative. Alors, son père se leva et alla explorer la cuisine en quête de reste. Bien heureux d'en découvrir au fond d'une casserole, il se servit et retourna manger avec son fils. Celui-ci attendit qu'il soit assis pour demander d'une voix timide :
-Elle est où maman ?
Lyan réfléchit avant de répondre :
-Chez ses parents.
Le garçon leva le nez de son assiette pour jeter un regard soupçonneux à son père. Pourtant, il ne dit rien et changea de sujet :
-On part quand en Sinia ?
-Pas tout de suite. Je dois régler quelques affaires avant.
-Et après on y va ?
Lyan lui sourit pour toute réponse. Il lui était difficile d'avouer qu'il ignorait quand ils pourraient les rejoindre. A la vitesse où allait l'enquête, Xiline serait bientôt condamnée et lui hors de danger. Cependant, il serait étrange que, sa femme à peine mise à mort, il s'en aille avec son fils. Il pourrait toujours jouer la carte du veuf éploré, le besoin de prendre un nouveau départ, mais qui y croirait ? Il était résolu à attendre que l'affaire se termine, attendre également que le nouvel empereur soit nommé. Ce qui ne devrait pas non plus prendre trop de temps, car la population risquait de s'apercevoir de quelque chose si cela tardait trop. Le garçon posa bruyamment ses couverts sur son assiette en poussant un soupir de satisfaction. Lyan demanda, amusé :
-Prêt à dormir ?
-Oui.
Le garçon sauta à bas de sa chaise et courut dans sa chambre. Lyan finit tranquillement son assiette et débarrassa, avant de rejoindre son fils. Celui-ci sourit de toute ses dents en l'apercevant. Il avait enfilé une chemise de nuit et attendait sagement dans son lit, la couverture remontait jusque sous le menton. Lyan s'assit au bord et lui raconta une histoire. Une qu'il connaissait par coeur plein de marin, de navires extraordinaires et de monstres bien sûr. Quand la tête du garçon tomba sur l'oreiller, il l'embrassa et sortit. Et alors qu'il fermait la porte, en lui jetant un dernier regard, Lyan sourit en se disant que tout irait bien maintenant, les choses finiraient par s'arranger d'elles-même. Il alla se coucher le cœur plus léger et s'endormit presque aussitôt, oubliant complètement la discussion qu'il devait avoir avec Weirsenne le lendemain.
Lyan avait entendu un bruit et avait ouvert les yeux dans la semi-obscurité. Le jour commençait à peine à se lever. Il resta immobile, attentif au moindre son. Il en retentit un nouveau, reconnaissable celui-là. La porte de l'entrée venait d'être claquée. Le jeune homme se leva d'un bond, enfila un pantalon et sortit de sa chambre pour trouver le salon vide. Un mauvais pressentiment le saisit et il entra dans la chambre de son fils. Le lit était défait, le garçon absent, en une seconde ce fut comme si le monde s'écroulait autour de lui. Son cerveau refusa de traiter l'information. Lyan s'avança, tata le lit comme si son fils pouvait s'y être fondu. Réalisant véritablement que cela ne pouvait être le cas, il s'élança, ouvrit la porte de l'entrée à la volée et se jeta dehors. Dans la pénombre, il distingua trois silhouettes qui s'éloignaient au bout du long couloir et courut vers eux en hurlant :
-Qu'est ce que vous faites ?!
Intérieurement, il pria pour que cela attire les gardes. Personne ne vint et les ombres disparurent dans les escaliers, poursuivis par Lyan qui courait comme un fou. S'ils avaient son fils, pourquoi ne criait-il pas ? Les escaliers étaient interminables et il lui sembla qu'il ne les rattrapait pas d'un mètre. Le hall fut traversé en quelques enjambés. Il continuait à s'égosillait, attendant que quelqu'un lui vienne en aide. Ils franchirent les portes de la tour et toujours aucun chevalier à l'horizon, mais il ne cessait de hurler, leur intimant de s'arrêter. Une fois dehors, à la lumière du jour naissant, il put mieux les distinguer. Deux hommes, dont un portait son fils bâillonnait sous un bras et une femme.
-Xiline ! Arrête !
Bien entendu, elle n'obéit pas et ils sortirent de l'enceinte, tournèrent sur la droite en longeant la muraille. Toujours à leur trousse, à bout de souffle, Lyan aperçut une barque qui les attendait. Son sang ne fit qu'un tour, il fallait qu'ils les rattrapent avant qu'ils n'embarquent. Poussant plus encore sur ses jambes, ignorant la douleur de ses poumons, Lyan hurla :
-Titian ! Titian !
Le garçon se débattait en pleurant, tendant les mains vers son père. Ils embarquèrent et s'éloignèrent du rivage, sans que Lyan ne put rien y faire. Lorsqu'il atteignit le bord de l'eau, ils étaient déjà à plusieurs mètres/ Mais sans hésiter une seconde, il plongea et nagea vers eux. Se pensant en sécurité, ils avaient du ralentir leur rythme car il réussit à se rapprocher suffisamment pour saisir le bras de son fils :
-C'est bon Titian. Je te tiens.
-Je ne crois pas non.
Xiline avait saisi le pistolet d'un des hommes et avait posé le canon sur la nuque de son fils. Lyan cessa de bouger, tenant toujours son garçon. Les hommes qui tenaient les rames s'étaient arrêté, en suspens.
-Tu ne tuerais pas ton propre fils.
Le sourire de Xiline fut si mauvais qu'il lui glaça le sang. Lyan fixait sa femme et réfléchissait à toute allure. Il pouvait tirer Titian brusquement, si cela la surprenait, elle hésiterait à tirer. Et ensuite quoi ? Elle les tuerait tous les deux tant qu'ils seraient à sa portée. Il pouvait tenter de se jeter sur elle, mais s'il manquait son coup, le garçon mourrait. Lyan ne savait ni quoi faire, ni quoi dire. Les larmes lui montèrent aux yeux, son cœur se brisa, alors qu'il réalisait qu'il devait abandonner son fils. Le garçon avait cessé de gigoter en sentant le métal froid sur sa peau. Il regardait son père avec espoir, comme une évidence qu'il le sauverait. Mais Lyan passa la main dans les cheveux de Titian, lui embrassa le front en pleurant et le lâcha.
Le visage de l'enfant se décomposa. Les hurlements inarticulés derrière le bâillon ne laissait aucun doute. Il appelait son père, tendait les bras vers lui, Xiline le saisit par le col et le fit reculer. La barque reprit son avancée vers le navire qui les attendait au loin. Lyan pleurait comme cela ne lui était jamais arrivé. Sa femme tenait Titian contre elle, mais l'arme était toujours pointé sur lui. Il nagea en reculant refusant de quitter son fils des yeux. Il sentit le sol sous ses pieds, sortit de l'eau, toujours face à l'embarcation qui s'éloignait.
Lyan passa ses mains sur son visage, dans ses cheveux tant il se sentait inutile, impuissant. Il devait faire quelque chose, il avait encore le temps. Le jeune homme marchait de long en large, ne sachant où aller, jetant sans arrêt des regards au navire. Les larmes coulaient sans cesse, incapable de réfléchir, pourtant il devait empêcher cela. Puis, la barque disparut et il était trop tard.
Lorsque le navire leva l'ancre, Lyan hurla de rage. Il cracha sa haine sur l'embarcation qui s'éloignait, espérant qu'ils l'entendraient. Quand le navire disparut à l'horizon, il resta là, le cœur en éclat et l'âme hurlante de douleur. Incapable de savoir comment supporter cette souffrance nouvelle, il tomba à genoux, les bras repliés sur son corps, penchait en avant, le front frôlant le sable. Il avait le souffle coupé, pleurant, hurlant, chaque inspiration lui étant difficile.
Le jour se leva éclairant un horizon désespérément vide. Lyan frissonnait, ses larmes s'étaient taris, sa gorge brûlait. Il restait immobile, le regard vide, inconscient du froid, du temps écoulé. Il ne voulait pas se lever, car il avait le sentiment que détourner le regard le détacherait définitivement de son fils. Puis, il y eut des éclats de voix au loin, le frottement des plaques de métal des armures des chevaliers résonna. Une voix lui parvint dans son dos :
-Lyan ? C'est vous ? Que faites vous dans cette tenue ?
Il osa tourner la tête vers le chevalier et un temps, le jeune homme se demanda ce que Salel faisait ici. Il essayait d'ordonner ses pensées pour trouver quelque chose à dire, mais rien ne vint. Il ouvrit la bouche et les larmes se remirent à couler, alors il enfouit son visage dans ses mains. Salel, inquiet, s'avança :
-Ok, venez, je vous raccompagne.
Il le prit doucement par les épaules et l'aida à se relever. A contre-cœur, Lyan tourna le dos à la mer et se laissa guider. Il remarqua, sans y prêter attention, que des groupes de gardes s'étaient rassemblés aux portes de l'enceinte. Ils rentrèrent, traversèrent le parc, entrèrent dans la tour, montèrent les marches. Il se laissait porter, la tête vide, les yeux dans le vague, à peine conscient du trajet. Ils atteignirent le couloir qui menait à ses appartements, la porte en était encore grande ouverte. Lorsqu'ils entrèrent, Lyan regarda autour de lui comme s'il découvrait ses pièces pour la première fois. C'était immense et incroyablement vide et il sentit les larmes lui remonter aux yeux. Salel le fit asseoir et attendit patiemment qu'il se ressaisisse.
-Que c'est-il passé ?
Lyan s'essuya les yeux d'un geste de la main, renifla, resta silencieux encore un instant avant de se décider. Il raconta d'une voix faible et de manière décousue l'enlèvement de son fils. Le chevalier écouta en silence. Lorsqu'il eut fini son discours, son ami baissa les yeux avant de déclarer :
-Tous les chevaliers ont été appelé au cours de la nuit. On a été envoyé chercher le lien qui aurait été vu dans le village voisin.
Lyan releva brusquement la tête, mais Salel l'apaisa d'un geste :
-Non, ce n'était rien. Vous m'avez dit vous-même qu'elle avait pris un navire.
Le jeune homme acquiesça, comme si cela venait de lui revenir. Il mit un certain temps à ordonner ses idées avant de demander :
-Qui vous a envoyé là-bas ?
-Un certain Daron, il fait parti du dernier anneau. Il est très soutenu pour succéder à l'empereur et, visiblement, il ne doute pas de sa victoire.
Salel le fixa :
-Je crois que vous devriez vous coucher.
-Je ne veux pas me coucher. Je dois faire quelque chose. Je dois trouver...un truc...un moyen de...
Le chevalier le prit par le bras et le fit lever :
-Où est votre chambre ?
Par réflexe, il regarda la porte de la chambre de son fils, puis pointa du doigt la porte de la sienne. Salel le fit entrer et le coucha :
-Reposez-vous, je me charge de tout.
Lyan obéit croyant qu'il ne trouverait pas le sommeil, mais les émotions qui l'avaient submergé l'avait épuisé. Il s'endormit presque aussitôt, après avoir entendu Salel sortir. Quelques heures plus tard, il ouvrait les yeux, restant immobile à fixer le plafond. Il ne voulait pas se lever. Il ignorait l'heure qu'il était et s'en moquait royalement. Salel revint le voir dans la journée. Il refusa de répondre à ses questions quand Lyan voulut savoir comment Xiline s'était échappée. En revanche, le chevalier l'informa qu'il avait fais demander quelqu'un pour s'occuper de lui car il était maintenant fiévreux.
-Désirez-vous manger quelque chose ?
Il ne répondit pas, alors Salel se leva et sortit. A peine la porte de l'appartement eut-elle claquée qu'il se traîna hors du lit. Ses jambes étaient faibles et il dût s'aider des meubles pour atteindre la cuisine. Une fois dans la pièce exiguë, il chercha du regard ce qu'il pourrait manger et aperçut une bouteille qui traînait là. Il tenta de se souvenir en vain depuis quand elle était là. Il s'en empara l'ouvrit et but à grande gorgée.
-Monsieur Zilla ?
Il fit volte face pour apercevoir le jeune homme qui s'était occupé de son fils la veille au soir.
-Vous êtes ?
Lyan avait conscience de la mollesse de sa voix et des difficultés qu'il avait à articuler, mais il s'en moquait bien. Le chevalier répondit en jetant un regard à la bouteille qu'il avait toujours en main:
-Vigle. Le chevalier Salel m'a envoyé pour vous soigner.
Alors qu'il continuait de parler, Lyan retourna dans sa chambre et se glissa sous les couvertures. Vigle voulut lui prendre la bouteille mais il s'y accrocha en lui jetant un regard mauvais. N'osant pas lutter, le chevalier s'éclipsa. Lyan n'était pas un buveur, mais en cet instant, il n'avait jamais eu aussi soif. Le reste de la journée s'étira comme dans un rêve, dans la chaleur de la fièvre et les brumes de l'alcool. Il se réveilla vaguement pour s'apercevoir qu'il faisait nuit et se rendormit aussitôt.
Le lendemain, la fièvre avait empiré et il se rendit à peine compte de la présence de Vigle et de la visite de Salel. Le jour suivant il réussit à se lever pour chercher une autre bouteille malgré les regards réprobateurs de Vigle. De nouveau au lit, il ne bougea plus que pour boire à grandes gorgées le liquide rougeâtre.
Durant les jours qui suivirent, Lyan ne quitta son lit que pour chercher à boire. Il sombrait de plus en plus, pleurant parfois au milieu de la nuit. Puis, la fièvre s'effaça peu à peu, lui laissant l'horrible conscience de la réalité. Salel venait régulièrement et, alors qu'il avait retrouvé un peu de lucidité, Lyan le vit aller vider sa bouteille.
-Qu'est-ce que vous faites ?
Il avait la voix basse et brisée de ne pas avoir parlé depuis des jours. Son ami lui jeta un regard sévère :
-Je fais en sorte de vous remettre sur pied.
Il eut un rire sans joie :
-Comment ?
-Vigle vient de m'avouer que vous buviez plus que de raison.
-Une bouteille, c'est pas grand chose.
-Pour vous, c'est déjà trop. Autant vous le dire, j'ai dit à Vigle de jeter le reste. Désormais, vous ne boirez que de l'eau et vous mangerez. Regardez-vous, on dirait un tas d'os.
Lyan n'avait pas la force de lutter et se contenta de rouler sur le flan, lui tournant le dos. Le chevalier quitta la pièce sans rien ajouter. Mais après cela, il revint plus souvent, veillant à ce qu'il mange suffisamment et ne boive pas trop. A aucun moment, il ne lui parla de ses recherches sur la fuite de Xiline. Les soins de Salel et Vigle eurent raisons de la faiblesse de Lyan.
Un beau jour, il se réveilla se sentant plus solide. Il se leva, se lava, s'habilla avec un grand calme. Un coup léger sur la porte et Vigle entra un plateau dans les mains. Il s'arrêta bouche-bée sur le seuil, alors qu'il l'informait :
-Je vais manger à côté, merci.
Le chevalier hocha la tête, avant de repartir et Lyan le suivit et s'arrêta en observant la grande salle. La table de bois où il avait mangé avec son fils. La porte sur le mur de gauche où la chambre de l'enfant devait prendre la poussière. Il ferma les yeux fortement et inspira profondément. Lyan fut surpris de voir le soleil inonder la pièce car dans sa mémoire les derniers jours s'étaient déroulés dans une obscurité oppressante. Comme Vigle attendait patiemment à côté de la table, il alla s'asseoir et mangea sans se faire prier. Lorsqu'il eut fini, Lyan le laissa ranger, jeta un nouveau coup d'œil à la porte de son fils par réflexe et se plaça devant la fenêtre en attendant la visite de Salel. Il devait réagir, son fils était quelque part et il le retrouverait. Il devait aussi écrire à Kalia, la rassurer et son cœur se serra en l'imaginant seule avec le bébé, fuyant les chevaliers. Lorsque Salel entra, il l'observa avec surprise :
-Lyan ? Vous êtes rétabli ?
-Non, mais ce n'est pas grave.
D'un geste de la main, il invita son ami à s'asseoir. Vigle sortit de la cuisine et il lui lança:
-Vous pouvez partir pour le moment.
Le chevalier jeta un regard interrogateur à son supérieur et comme celui-ci hochait la tête, il obéit.
-Qu'as-tu appris ?
Salel se tourna vers son ami et fronça les sourcils sans répondre. Lyan insista :
-Dis-moi.
Le chevalier l'observa de haut en bas, le jugea encore un peu pâle, mais prêt à écouter.
-Ça ne va pas vous plaire.
-Je n'ai pas le sentiment que quelque chose m'ait plu jusque là.
Salel hocha tristement la tête et se lança :
-Comme prévu, Daron a succédé à l'empereur. Il est entouré d'hommes puissants qu'il a réussi à acheter.
Comme il ne poursuivait pas, Lyan le pressa :
-Et ?
-J'ai découvert des affinités entre Daron et la famille de votre femme. J'ignore comment Mme Zilla a pu connaître le pirate aux cheveux océans. Tout comme j'ignore si cela faisait parti du plan ou pas. Mais Daron avait projeté de tuer l'empereur depuis un certain temps, à ce qui se raconte. Pour cela, il trouva le moyen de s'acoquiner avec le capitaine, par l'intermédiaire de votre femme. Celle-ci tue l'empereur, une fois que le lien s'est suicidé. Le capitaine la fait échapper en apprenant qu'elle avait été arrêté, avec le soutien de Daron qui annule toutes surveillances. A présent, il recherche le lien.
Il y eut un silence durant lequel Lyan alla s'asseoir :
-Est-ce que tu en as parlé à quelqu'un ?
-Non, comme je vous l'ai dit, Daron s'est assuré le soutien des membres les plus éminents. Tenter quoique ce soit serait suicidaire.
Il acquiesça et réfléchit encore un temps avant d'ajouter :
-Si on se doute qu'il voulait tuer l'empereur, il y a forcément des opposants. Si nous arrivons à les réunir...il faut l'empêcher de trouver Kalia.
-J'ai autre chose à dire. Je sais comment retrouver votre fils.