• 91 - Citseko - "Je te crois"

    Meb acquiesça et rejoignit Citseko alors que le reste de la classe avait commencé à arriver progressivement. L'héritier d'argent murmura :

    -Tu ne crois pas que c'est précipité ? Ça ne vaut pas...

    Meb le coupa d'un ton sans réplique :

    -Je ne veux rien entendre.

    Lyert a raison, c'est ridicule. Il garda le silence, mais se décida à aller parler à Neghttris dès qu'il le pourrait. Il craignait qu'en s'adressant à Elférad, il ne dépasse les bornes. En passant par ses héritiers d'argent, ceux-ci verraient qu'il avait conscience qu'il n'avait pas autorité pour parler du problème directement avec Elférad. S'ils avaient quelques griefs contre lui, cela aiderait sans doute à les apaiser. Il les laisserait gérer comme ils le souhaitaient leur héritier d'or. S'il ne voulait pas que les choses s'aggravent pour Meb, il devait empêcher ce duel.

    Il n'eut pas l'occasion de s'adresser à Neghttris, Lyert ou Matior de la journée et dû se résoudre à aller se coucher le cœur lourd. Meb était toujours irritable sans qu'il ne veuille en expliquer la raison. Citseko tenta de l'interroger doucement, mais il se contentait de lui répondre que cela ne le regardait pas.

    Lorsqu'il fut couché, il réalisa que s'il voulait parler aux garçons, il devrait les trouver directement dans leur chambre. Celle de Lyert et Matior puisque Elférad est dans celle de Neghttris maintenant. Sa pensée dévia vers sa rencontre avec Gzadien dont il n'avait pas parlé et se demanda comment ces deux-là en était arrivé là. Contente-toi de tes problèmes. Il se tourna pour s'endormir.

    L'adolescent se leva tôt, s'empressant d'éteindre son réveil avant que Meb n'ouvre les yeux. Il guetta un instant, pour s'assurer que son ami était encore endormi. Silencieusement, il s'habilla et attendit près de la porte, le déclic de l'ouverture. C'était un jour de repos. Par conséquent, il devrait sans doute réveiller Matior et Lyert, mais il ne voyait pas d'autre solution. Au moins, il ne risque pas d'y avoir grand monde dans le couloir.

    Dès que la porte fut ouverte, il se glissa dans le couloir à temps pour apercevoir deux autres portes qui s'ouvraient. Il s'arrêta net en se demandant s'il ne devait pas rentrer pour attendre qu'ils passent. Citseko fut soulagé de voir qu'il s'agissait des trois héritiers d'argent de Elférad. Il allait leur parler quand Neghttris le devança, s'approchant à pas lents comme s'il craignait d'effrayer un animal :

    -Écoute, avant toute chose, ce n'est pas nous qui t'avons attaqué. Je ne sais pas comment te le prouver...

    -Je te crois.

    Ils murmuraient tous deux pour ne pas être entendus. Neghttris s'arrêta :

    -C'est vrai ?

    -Je voulais venir t'en parler.

    Le soulagement détendit le corps de Neghttris :

    -Oh, cool. Viens.

    Ils rejoignirent Matior et Lyert qui avaient attendu près de leur porte. Une fois dans la chambre, Citseko suivit l'exemple des garçons et s'assit par terre. Bien qu'ils soient en sécurité, ils continuèrent à parler à voix basse :

    -T'en veux ?

    L'adolescent prit un des biscuits du paquet que lui tendait Matior et Neghttris demanda :

    -Avant tout. Est-ce que tu peux nous raconter ce qu'il t'est arrivé ?

    Citseko fit de son mieux pour raconter dans les détails ce qu'il s'était passé. Quand il eut fini, il conclut :

    -C'est à cause de ça que Meb vous est tombé dessus hier. Je suis désolé.

    Matior croqua dans un biscuit :

    -Qu'est-ce qu'il a Meb ? Il avait l'air quand même drôlement furax pour une histoire pareille.

    Lyert lui envoya un coup dans l'épaule qui poussa Matior à reprendre :

    -Pas qu'il n'y ait pas de raison d'être en colère, hein. C'est juste qu'il ne semble pas être le genre d'héritier d'or à autant s'investir pour son héritier d'argent.

    Neghttris le dévisagea avec l'expression que l'on peut avoir quand une personne parle de choses que tout le monde sait, mais qui ne doivent pas être dites à haute voix. Citseko fut touché de la considération du jeune homme, mais il n'était pas aveugle :

    -Non, il ne l'aurait sûrement pas fait d'ordinaire. Il aurait probablement demandé des excuses.

    Lyert interrogea :

    -Qu'est-ce qu'il a alors ?

    -Je l'ignore. Cela fait un moment qu'il semble sur les nerfs. Il allait bien le jour où on m'a attaqué.

    Neghttris avoua :

    -Elférad n’est pas en meilleur état. Je vois bien qu'il a des insomnies, mais il ne veut rien dire. Il n'a même pas voulu parler de ce qui est arrivé entre Gzadien et lui.

    Matior renifla avec dédain :

    -Ouais, mais si tu veux mon avis, il n'y a pas que ces deux là qui ont des problèmes. Après-demain, Indilk, Tahiya et Qegh vont pouvoir revenir en classe et va falloir se tenir.

    Neghttris éleva la voix :

    -Justement. Ça ne vous étonne pas qu'on ait autant de problèmes tout d'un coup ?

    Lyert supposa :

    -C'est peut-être le contre-coup du Grand Jeu qui tombe maintenant. Après tout, même toi tu as perdu ton sang froid.

    Neghttris soupira d'un air contrit :

    -Je sais.

    Citseko osa dire un mot :

    -Je trouve aussi que c'est bizarre.

    Matior enfourna un autre gâteau :

    -Moi, je suis d'accord avec Lyert. Indilk a craqué, puis Qegh, puis Tahiya et maintenant Meb.

    Neghttris n'était pas convaincu :

    -Et la rupture avec Gzadien ? Je veux pas dire, mais ça ne m'étonnerait pas que ça joue sur l'état actuel de notre petit héritier à nous.

    Lyert répliqua :

    -T'as entendu ce qui est arrivé au groupe de Gzadien dans le Grand Jeu ? Franchement, ça ne m'étonnerais pas qu'il craque aussi.

    Matior l'appuya :

    -Ce qui a été transmis à Elférad.

    Neghttris fit remarquer :

    -On parle d'un traumatisme, pas d'une maladie.

    Matior haussa les épaules :

    -Pareil.

    Citseko glissa encore :

    -Concernant Meb, je ne vois pas ce qui aurait pu provoquer ça.

    Neghttris claqua des doigts :

    -Exact, revenons à notre problème principal. Éviter le duel.

    Lyert se gratta la joue en réfléchissant :

    -ça va pas être facile. Je ne comprends même pas pourquoi Elférad a accepté.

    Matior prit un nouveau gâteau :

    -Il a craqué.

    -Arrête donc de manger, toi.

    Il jeta un regard à Neghttris :

    -Bah, non. J'ai faim. Ce serait con que je m'arrête.

    Citseko recentra la discussion :

    -Je peux tenter de parler à Meb, mais jusque là, ça n'a pas été un franc succès.

    Il espéra qu'ils comprendraient que c'était sur Elférad qu'il fallait compter pour désamorcer la situation, mais Neghttris dit :

    -Je crois qu'Elférad n'est plus en état de faire de la diplomatie. Je suis presque sûr qu'il a accepté le duel parce que ça lui donnait une excuse pour taper sur quelqu'un.

    Il y eut un silence que Lyert rompit :

    -Qu'est-ce qu'on fait alors ?

    Nouveau silence. Meb ne m'écoutera pas. Elférad ne les écoutera pas. Timidement, il proposa :

    -Il faudrait trouver quelqu'un qu'ils écouteront tous les deux.

    -Quoi, comme un prof ?

    Citseko secoua la tête :

    -Je ne pense pas. Meb dit qu'ils sont tous achetés.

    Neghttris approuva :

    -Elférad ne ferait pas confiance à un prof non plus. Il faudrait quelqu'un de neutre... et qu'ils sachent qu'il est neutre.

    Matior ricana :

    -Tu comptes trouver ça où ? S'il ne lui reconnaisse pas un minimum d'autorité, ça ne va pas marcher non plus.

    Le visage de Neghttris s'illumina :

    -Heureusement, on connait quelqu'un qui correspond.

    Ils levèrent leur regard sur lui alors qu'il se levait pour sortir. Il les attendit dans le couloir et leur pointa une direction :

    -Là-bas.

    Ils se tournèrent tous dans la direction indiquée. A l'autre bout du couloir, du côté des filles, ils n'eurent aucune difficulté à distinguer la fourmi ailée de la Cinquième sur la porte de sa chambre.

     

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